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Le parti démocrate américain peut maintenant affronter la question du racisme

Temps de lecture : 13 min

Hillary Clinton ose ce que les démocrates ne se seraient pas permis il y a quelques années: dénoncer les préjugés de la population blanche, au risque de froisser cet électorat.

Hillary Clinton à New York, le 16 février. Andrew Burton / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Hillary Clinton à New York, le 16 février. Andrew Burton / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Le lendemain du premier débat entre Hillary Clinton et Donald Trump, tout ce dont tout le monde voulait parler était le coup de grâce: Alicia Machado, «Mademoiselle Ménage», «D’où sortez-vous ça? D’où sortez-vous ça?», bref, l’altercation autour de l’ancienne Miss Univers. Pourtant, l’un des échanges les plus remarquables de la soirée s’est déroulé un peu avant, lorsque sans mâcher ses mots, Hillary Clinton a démontré à la fois l’incohérence crasse de Donald Trump et le chemin parcouru par le parti democrate en un quart de siècle. En l’écoutant attentivement, on aurait cru entendre la rapeuse Sister Souljah, mais à l’envers.

Tout cela est arrivé après que le modérateur du débat, Lester Holt, ait poussé Donald Trump dans ses retranchements à propos de son obsession concernant le lieu de naissance d’Obama:

«M. Trump, a-t-il déclaré, durant cinq années, vous avez propagé une fausse rumeur selon laquelle le premier président noir de la nation n’était pas né en Amérique. Vous avez questionné sa légitimité. Au cours des semaines écoulées, vous avez enfin reconnu ce que la plupart des Américains ont accepté comme une évidence depuis des années: le président est né aux États-Unis. Pouvez-vous nous dire pourquoi il vous a fallu tant de temps?»

Trump a naturellement tenté d’esquiver les reproches en déclarant que ces rumeurs sur le lieu de naissance provenaient du camp de Clinton, et étaient apparues durant la primaire démocrate en 2008. C’est totalement faux. Mais la réponse de Clinton fut bien plus intéressante que celle de Trump.

Les antécédents racistes de Trump

Elle n’a pas seulement nié cette accusation. Elle a enfoncé le clou de la manière la plus nette possible. Trump «a débuté sa carrière politique sur cette assertion raciste selon laquelle notre premier président noir n’était pas un citoyen américain», a dit Clinton. «Il ne disposait d’aucune preuve pour étayer son propos, mais il a persisté», a-t-elle continué, avant de tracer un lien entre cette obsession pour le lieu de naissance d'Obama et une critique plus large:

«Souvenez-vous que Donald a débuté sa carrière en 1973 en étant poursuivi par le Département de la justice pour discrimination raciale, car il refusait que des Noirs américains puissent louer des appartements dans une de ses résidences et qu’il s’était assuré que les gens qui travaillaient alors pour lui avaient bien saisi que telle était sa politique. Il a été en fait poursuivi à deux reprises par le Département de la justice. Son comportement raciste ne date donc pas d’hier.»

Le message de Clinton était simple: du début de sa carrière d’homme d’affaires au début de sa carrière politique, Donald Trump n’a cessé de tremper dans un bain saumâtre de préjugés et d’insinuations racistes.

Et ce n’est qu’après avoir décrit Trump comme l’incarnation et le bénéficiaire du sectarisme américain qu’elle lui a jeté à la figure l’affaire de Machado, l’ex-Miss Univers. «Une des pires choses qu’il a déclaré, il l’a dit lors d’un concours de beauté», a dit Clinton. «Il aime les concours de beauté, les soutenir et y assister. Et il a surnommé une femme "Miss Porcinette". Et puis il l’a appelée "Miss Ménage", parce qu’elle est originaire d’Amérique du Sud.»

Le tabou du racisme blanc

Dans la dimension narrative de cette élection, c’est Trump qui incarne le rôle du candidat «politiquement incorrect». Le candidat qui dit «ce que les gens pensent» et qui n’a pas peur des réactions que cela peut susciter. La plupart du temps, c’est du grand n’importe quoi. Car le politiquement incorrect de Trump n’est rien d’autre qu’une couverture pour ses préjugés abjects. Si personne, aux États-Unis, ne reproche au Mexique «d’envoyer des violeurs» de l’autre côté de la frontière, ça n’est pas parce qu’on ne peut plus rien dire dans ce pays; c’est parce que c’est n’importe quoi.

Or s’il est bien un sujet que les débats politiques évitent de mentionner, c’est celui du racisme blanc. Voilà pourquoi Clinton s’est vue critiquée vertement quand elle a parlé du «panier des pitoyables»: parce qu’elle avait violé une pratique politique –on ne s’attaque pas aux électeurs de son adversaire– pas parce que ce qu’elle disait était faux. «Règle numéro 1 des élections présidentielles. Se moquer de votre adversaire: OK. Mais se moquer de son électorat n’est jamais une bonne idée», a déclaré Michael Barbaro du New York Times sur Twitter.

L’erreur de Clinton avait été de parler ouvertement de racisme sans euphémisme. Et ce qui est frappant, malgré le retour de bâton, c’est qu’elle continue de pointer du doigt le racisme de Trump. Cela n’est pas rien de décrire, devant autant de télespectateurs, les théories fumeuses d’une naissance d’Obama hors des États-Unis comme un «mensonge raciste». Les candidats à la présidentielle ont l’habitude de s’affronter sur à peu près tous les sujets. Mais pas sur le racisme. Non parce qu’il n’est pas présent, mais parce que le sujet risque de vous aliéner les électeurs blancs qui ne sont jamais très heureux d’entendre des accusations de préjugés ou d’intentions racistes proférées à leur endroit.

Impensable il y a encore quatre ans

La semaine dernière, devant 85 millions de téléspectateurs, c’est pourtant ce que Clinton a fait, et d’une manière qui n’était pas même envisageable il y a quatre ans (quand Barack Obama faisait face à Mitt Romney et à ses appels du pied racistes en demi-teinte), il y a huit ans (quand Sarah Palin nourrissait sa célébrité naissante du ressentiment de certains Blancs) et certainement pas il y a trente ans, quand George H. W. Bush et le parti républicain jouèrent sur la peur des criminels noirs à des fins électorales, en écrasant grâce à cela le candidat démocrate Michael Dukakis.

Que s’est-il passé pour que Clinton –femme d’une grande prudence politique, avatar virtuel du centrisme démocrate actuel– se montre ainsi désireuse de dénoncer le racisme quand il pointe le bout de son nez? Pour qu’elle décrive des millions d’électeurs comme des gens «pitoyables» avec une vision du monde raciste et misogyne? Pour qu’elle disent les choses comme elles sont, au risque de se mettre à dos des électeurs?

Willie Horton. “Weekend Passes”/YouTube

La réponse est très simple. Clinton peut certes représenter le juste milieu de la politique du parti démocrate, mais ce juste milieu est très différent de son équivalent des années 1990, quand son mari était aux affaires. Clinton peut parler ouvertement du racisme blanc parce qu’elle n’a pas besoin du vieil électorat démocrate.

Dans les années 1990, les démocrates avaient besoin des électeurs blancs et luttaient pour les conserver, en raison du libéralisme affiché du parti et de son identification forte avec la communauté noire américaine et les intérêts politiques des Noirs. Les derniers mois de la campagne présidentielle de 1988 clouèrent le cercueil de cette politique. Utilisant le cas de Willie Horton, meurtrier condamné et qui, ayant obtenu une permission de sortie, avait séquestré et agressé un couple de Blancs chez eux, violant à deux reprises la femme, le parti républicain et George H.W. Bush avait dépeint le parti démocrate et son candidat, Michael Dukakis, comme dramatiquement et désastreusement «trop permissifs à l’égard des criminels». (Dukakis était gouverneur du Massachusetts, État qui avait condamné Horton et avait permis qu’il obtienne une permission, NdT.)

Et naturellement, cela signifiait «trop permissif à l’égard des Noirs.» Car Horton était un jeune homme noir et comme l’écrit le politologue Tali Mendelberg dans son livre The Race Card, «la couverture médiatique du message était très visuelle, donnant à cette affaire une imagerie racialement stéréotypée, comme l’effrayante photo d’identité judiciaire de Horton.» Dans une nation encore marquée par des crimes violents, Horton incarnait les stéréotypes de la criminalité des Noirs américains et symbolisait le laxisme présupposé des libéraux à l’égard des criminels noirs.

Bill Clinton jouait sur les deux tableaux

Dukakis est battu. A plate couture. Bush obtient plus de 53% des voix populaires et 426 voix du collège électoral, remportant 40 États. Une raclée, une des pires de l’histoire politique américaine. Et tirant les leçons de ce désastre, le candidat suivant des démocrates à la présidence, un certain Bill Clinton se promet que plus jamais son parti ne se fera «Willie Hortoner» de la sorte par le parti républicain –pour employer les mots plus crus de George Wallace, qu’il ne se fera plus «négrifier». (A la suite d'une déroute électorale, George Wallace, démocrate plutôt libéral, avait changé de discours, en draguant ouvertement les électeurs blancs les plus racistes et en adoptant un discours ségrégationniste. NdT.)

En 1992, Clinton joue sur deux tableaux. Il se lie aux électeurs noirs et à leurs communautés, et obtient massivement leur soutien, en faisant un usage avisé de certaines affinités. Il insiste sur son héritage culturel du Sud: Bill, le gamin pauvre de l’Arkansas, qui se sentait personnellement proche de la condition de nombreux Noirs américains.

Mais dans le même temps, Clinton répond aux craintes culturelles et au ressentiment politique de nombreux Blancs qui avaient abandonné Dukakis pour Bush. Au beau milieu de la campagne, il prend ainsi l’avion pour l’Arkansas afin de superviser l’exécution de Ricky Ray Rector. Ce dernier a tué deux personnes dont un agent de police- avant de tenter de se donner la mort, et est depuis cette tentative très lourdement handicapé sur le plan mental. Rector n’est alors plus en mesure de comprendre sa condamnation et le sort qu’il va subir, mais Clinton refuse de le gracier. «On peut me reprocher beaucoup de choses, aurait déclaré le gouverneur de l’Arkansas après l’exécution, mais personne ne peut dire que je suis laxiste en matière de criminalité.»

L'influence du hip-hop

Il continue dans cette voie en acceptant de prononcer un discours lors de la réunion de la Rainbow Coalition de Jesse Jackson à l’été 1992. En plus de Clinton, Jesse Jackson a également invité Sister Souljah, rappeuse et activiste qui fait alors la une des journaux pour des propos qu'elle a tenus à chaud, après les émeutes de Los Angeles. «Si des Noirs tuent des Noirs tous les jours, pourquoi ne pas prendre une semaine pour tuer des Blancs?», déclare-t-elle dans une interview au Washington Post.

Des sentiments équivalents s’expriment dans sa musique, ce qui est d’autant plus problématique que l’audience du hip-hop, qui devient un véritable objet culturel de masse, va en grandissant. Clinton profite de cette réunion pour condamner Sister Souljah et prendre ses distances avec Jesse Jackson, dans un discours clairement destiné aux Blancs modérés. «Si on inverse les mots ‘Blancs’ et ‘Noirs’, dans ce qu’a déclaré Sister Souljah, on pourrait croire que David Duke en est l’auteur», dit Clinton.

Ces deux actions lui permettent de gagner les voix des ouvriers et salariés blancs sceptiques, qui s’inquiétaient de voir un parti démocrate prisonnier des électeurs noirs et de leurs intérêts. Une fois devenu président, Clinton poursuit son pas de deux, en poussant une loi anti-criminalité controversée et en signant une réforme visant à mettre un terme à la «dépendance» des ménages noirs à faibles revenus.

C’est une politique indexée sur les peurs des Blancs. Le parti démocrate de Bill Clinton compte sur des électeurs peu enclins –voire hostiles– au libéralisme racial. Renforcé par l’économie ainsi que par ces mouvements culturels, Clinton va peu à peu se revendiquer au centre de la vie politique américaine. Il est réélu confortablement et termine son second mandat avec les plus forts taux de popularité d’un président américain de mémoire de journaliste, et ce malgré les scandales et une tentative d’impeachment.

La classe ouvrière blanche gagnée par Trump

Mais cela tient du passé. Aujourd’hui, ces électeurs –et parmi eux des millions de Blancs américains de la classe ouvrière– sont perdus pour le parti démocrate, un mouvement déjà entamé sous George W. Bush et qui s’est accéléré sous la présidence d’Obama. Les démocrates aujourd’hui ont moins d’électeurs blancs –et d’électeurs blancs ouvriers en particulier– qu’auparavant. Ces électeurs sont aujourd’hui derrière le parti républicain. Derrière Trump, qui a transformé, durant les primaires, la vaste majorité dont il bénéficiait au sein de la classe ouvrière blanche en majorité écrasante, ce qui devrait (normalement) lui permettre de gagner l’Ohio et l’Iowa et d’autres États du Midwest.

Mais ce retour de bâton en a bizarrement entraîné un autre. Le succès de Trump chez les Blancs de la classe ouvrière s’est fait au dépend de l’implantation historique du parti républicain chez les Blancs à haut-revenus et diplômés, qui préfèrent désormais Hillary Clinton. De plus en plus, l’électorat démocrate est cisaillé entre les électeurs sceptiques à l’égard du libéralisme culturel et racial et ceux qui votent pour.

Bill Clinton a pris ses distances avec tout ce qui pouvait ressembler à des politiques identitaires ou à du libéralisme traditionnel. Pas Hillary Clinton. Voilà qui démontre une des vérités profondes de la politique américaine: le racisme –virulent ou implicite– est l’adversaire des coalitions politiques progressistes. Il est un obstacle à la création de ces coalitions, ou bien contribue à les défaire.

La désertion du parti démocrate par la majorité des Blancs lui a presque coûté la présidence pendant 20 ans, et les efforts entrepris pour la regagner ont donné naissance à un centrisme aussi décevant et en trompe-l’œil. Mais aujourd’hui, les Blancs ne sont plus l’alpha et l’oméga des bonnes fortunes présidentielles pour les démocrates, ce qui a donné à de nombreux membres du parti l’espace dont ils avaient besoin pour aller vers davantage de libéralisme. Et à regarder les débats entre les ténors du parti démocrate au cours des dernières années –qui se demandent comment étendre l’État providence et pas si l’État providence devrait être étendu– ça marche.

Les démocrates ont les mains libres pour réformer

Ce qui veut dire que les principaux bénéficiaires de ce changement de politique sont les Noirs, les Latinos et les jeunes, qui forment aujourd’hui une portion critique de la base électorale du parti. Ils demandent des réformes de la justice criminelle, des réformes de l’immigration et de plus vastes réformes économiques –autant de questions qui ont été soulevées lors de la campagne pour les primaires de Bernie Sanders– et cela ne pose plus de problème aux politiciens démocrates à l’échelon national.

Le danger, comme nous l’avons vu dans cette élection, c’est qu’une telle politique prive les démocrates d’une partie de leur ancien socle électoral. Et dans les élections non-présidentielles, elle les place clairement dans une position désavantageuse. Il est dur de reprendre la Chambre de représentants quand vous n’attirez plus les votes des ouvriers blancs du Midwest.

Mais cela constitue également une opportunité. Un parti démocrate qui n’a plus besoin que de gagner à sa cause une minorité d’électeurs de la classe ouvrière blanche est un parti qui peut aller vers davantage de libéralisme sur le plan racial, mobiliser ses partisans noirs et latinos et attirer à lui les Blancs libéraux. Il peut mettre en place des réformes importantes dans le domaine de l’immigration, défendre les droits LGBTQ et dénoncer certaines tendances néfastes sans menacer sa capacité à remporter des élections nationales. Les démocrates peuvent même, sur le plan national, jouer un nouveau pas de deux, en faisant en sorte que leurs adversaires expriment publiquement leurs préjugés afin de les condamner tout aussi publiquement. Pas uniquement pour attaquer leurs adversaires, mais pour mobiliser leurs partisans. Pour montrer dans quel camp ils sont et qu’ils ne courtisent pas les mauvais électeurs.

L'électorat d'Obama

C’est précisément ce qu’a fait Clinton en parlant des «pitoyables» et ce qu’elle a fait il y a une semaine en prenant ouvertement ses distances avec les racistes, tout comme son mari avait utilisé Sister Souljah pour démontré son indépendance à l’égard des intérêts noirs. Cela n’est possible que parce que le parti démocrate du président Clinton appartient au passé, et qu’il est remplacé par celui bâti par le président Obama et ses alliés; un parti démocrate plus libéral et plus cosmopolite, qui ne voit plus son futur dans l’adhésion des ouvriers blancs qui votent républicain.

Hillary Clinton est plus que jamais en bonne position pour gagner cette élection présidentielle; et à moins d’assister à un extraordinaire –et malgré les récents évènements, peu probable– effondrement du soutien populaire de Trump, elle l’emportera avec une coalition à la Obama, renouvelée, avec les Noirs et les Latinos; les jeunes; et un nombre sans précédent de Blancs modérés périurbains. Elle va se retrouver au centre de la politique américaine, pas en s’appuyant sur certains préjugés en vogue, mais en les rejetant.

Pourtant, la liberté rhétorique que permet cette mutation en matière raciale et générationnelle de la politique démocrate n’est pas sans conséquences néfastes. Les larges coalitions sont souvent les plus fragiles, et c’est particulièrement le cas ici. La coalition Obama/Clinton n’est pas assez étendue ni assez forte pour remporter la Chambre des représentants et il semble, de plus en plus, qu’elle ne sera pas non plus en mesure de gagner le Sénat.

Hillary Clinton serait alors présidente sans posséder les deux majorités dont elle a besoin pour appliquer son programme. Et si elle ne parvient pas à appliquer son programme, elle ne pourra pas tenir ses promesses auprès de ses électeurs. Et comme nous l’avons déjà vu avec le parti républicain, lors de la primaire présidentielle de cette année, les leaders politiques qui ne tiennent pas leurs promesses sont des leaders très vulnérables.

Les démocrates ont bâti un nouveau centre qu’une autre Clinton va présider. Combien de temps tiendra-t-il? Voilà une question qui aura d’énormes conséquences pour l’avancée des droits aux États-Unis.

Jamelle Bouie Journaliste

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