Monde

Comment la Suède est devenue exportatrice de djihadistes

Temps de lecture : 2 min

Plus de 300 personnes ont quitté le pays pour la Syrie ou l’Irak, un chiffre gigantesque pour ce pays paisible.

Stockholm | eGuide Travel via Flickr CC License by
Stockholm | eGuide Travel via Flickr CC License by

Qui imaginait que la Suède, ce pays que l’on connaissait plus pour sa capacité à éviter les conflits ou, chez Slate.fr, pour sa «génération de petits cons», serait l’un des pays qui voit le plus de personnes partir faire le djihad?

C’est pourtant ce qu’explique la BBC dans long article sur ces départs en masse à travers tout le pays, et Göteborg en tête. Dans cette ville portuaire de 500.000 habitants, «au moins cent hommes et femmes sont partis pour rejoindre des soldats du calife proclamé». La BBC raconte que, dans cette ville où un tiers des habitants ont des origines étrangères et son souvent musulmans, la banlieue d’Angered fait face à de grandes difficultés pour intégrer les populations originaires d’autres pays: les familles immigrées atterrissent ici car la location d’appartements dans le centre-ville est trop complexe, la police a quasiment déserté les lieux et le prosélytisme se développe de plus en plus facilement. Qui plus est, «deux tiers des enfants ont lâché l’école à l’âge de 15 ans, et le chômage s’élève à 11%, un pourcentage élevé en Suède. Ce sont ces jeunes vulnérables qui sont la cible des extrémistes.»

Un de ces jeunes, interrogé par le journaliste, détaille le discours tenu par l’un des extrémistes venu le voir un jour. «Ce gars a été un criminel tout comme moi et a fait pleins de sales trucs. Et maintenant il vient te voir et te dit “Tu dois changer. […] Tu n’auras rien de la part du peuple suédois”.»

Cet antagonisme avec la Suède est ses institutions est au cœur de leur discours. Les enfants d’immigrés estiment qu’ils sont discriminés et abandonnés par le système, ce qui alimente une rancune contre leur pays. «Beaucoup de jeunes à qui j’ai parlé se sentent déconnectés du pays d’où viennent leurs parents, mais ne se sentent pas Suédois non plus», écrit le journaliste.

En avril dernier, la RTBF consacrait ainsi un article à Osama Krayem, l'accompagnateur du kamikaze du métro Maelbeek, un Suédois originaire de Malmö. Pour Magnus Ranstorp, directeur de recherche au Centre d'études des menaces asymétriques du Collège de la défense nationale suédoise (CATS), l’homme était un pure produit du «cocktail désormais classique entre exclusion sociale, radicalisation idéologique» et criminalité.

Le mois d’avril est d’ailleurs très important en Suède car c’est à ce moment-là seulement que le pays a changé sa loi pour rendre illégaux les départs à l’étranger pour les personnes ayant des intentions terroristes. Mais désormais, bien au-delà de sa législation, conclut la BBC, le pays va devoir s’interroger sur son modèle d’intégration, tant réputé jusque-là pour son multiculturalisme et son progressisme.

L’enquête très intéressante de la BBC est à lire ici.

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