A quand le Spotify du film?

François-Luc Doyez, mis à jour le 04.11.2009 à 13 h 30

Si Deezer et Spotify ont réglé le problème de la diffusion de musique via Internet, le cinéma et la télévision cherchent encore la bonne solution.

CC Flickr / bossco

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Répression et incitation. Voilà ce que prévoyaient les accords de l'Elysée, signés en 2007, avec la mise en avant de la  notion de « riposte graduée », qui a amené Hadopi. Et en contrepartie, une offre légale « plus facilement accessible, plus riche et plus souple ». Avec Deezer et Spotify, la musique a réussi l'objectif. L'industrie de l'audiovisuel, pas encore.

Mais si les majors du disque ont accepté la diffusion en streaming, c'est parce que leur manque de ressources ne leur laissait pratiquement pas le choix. L'industrie du cinéma, contrairement à la musique, a d'autres revenus que ceux de la vente de CD et de DVD: les places de cinéma.  L'affluence dans les salles ne semble pas souffrir pas de la diffusion illégale des films sur Internet. En France, 101.60  millions de place ont été vendues en 2008 contre 87.20 en 2005. Et en 2009, selon les prévisions de l'Observatoire européen de l'audiovisuel, et sauf énorme succès du type Bienvenue chez les ch'tis, le chiffre ne connaîtra qu'une  baisse de -4.4%. Une stabilité favorisée aussi par les opérations marketing, comme le printemps du cinéma et la fête du cinéma (rallongée de 3 à 7 jours en 2009).

Mais comme en musique, les ventes "matérielles" de DVD chutent. Selon le SEVN ( Syndicat de l'Edition Vidéo Numérique ) le marché français a baissé de 7,5 % l'an dernier. En quatre ans, la perte est estimée à 600 millions d'euros pour le secteur, soit près d'un tiers du marché. Mais pour l'instant, l'industrie du cinéma préfère voir ses ventes de DVD décliner, plutôt que d'organiser une diffusion légale sur Internet, certainement moins rentable.

Plusieurs sites de VOD comme tf1vision, m6vod, et mk2.com existent pourtant. "Mais la diffusion des films est très contrôlée, on ne peut pas passer outre les ayants-droits qui demandent des sommes très élevées pour la diffusion des films sur Internet", explique Christian Bombrun, le directeur Général Adjoint de M6 Web, «les sites de Vod sont bloqués entre les exigences des ayants-droits et la faible consommation». Même si le marché de la VOD va doubler en 2009, les internautes ont encore du mal à payer 4,99 euros pour un film, dont une copie est disponible gratuitement...

Pour limiter la diffusion illégale de leurs programmes, les chaines ont, elles, lancé des sites de catch-up tv (de rattrapage). Avec une offre relativement faible: les recettes publicitaires du web ne sont pas suffisantes pour l'instant. M6 tente une nouvelle solution avec un abonnement mensuel de 5,99 euros. Mais le nombre de séries et de visionnages possibles restent limités. «Avoir une partie payante, c'est dans l'air du temps, Youtube réfléchit aussi à offrir du contenu en payant», estime Christian Bombrun, «il faut diversifier nos sources de revenus, mises à mal par l'arrivée des chaînes de la TNT, et la crise publicitaire».

Mais les chaînes craignent de concurrencer leur antenne avec la diffusion sur Internet. En mettant leurs programmes disponibles à tout heure, elles risquent de faire baisser leurs audiences. Et donc leurs recettes publicitaires, autrement plus importantes que celles du net. Avant de s'y investir complètement, les chaînes préfèrent attendre que le marché de la publicité sur le net augmente.

L'industrie audiovisuelle française pourrait rapidement payer la faiblesse de son offre légale, avec un nouvel arrivant. Hulu, le site de Disney, de NBC Universal et de la FOX, après s'être imposé aux Etats-Unis, 38,12 millions de visiteurs uniques au mois de juillet, veut arriver en Europe. Il arrivera dans quelques mois en Irlande et en Grande Bretagne, et vise ensuite la France. Hulu qui diffuse gratuitement les séries des chaines américaines et des films Warner Bros et Sony Pictures pourrait bien constituer la solution que les internautes attendent.

Pour contrer la menace Hulu, TF1, M6 et Canal + pensent donc à monter une plate-forme commune. «Nous discutons avec TF1 et Canal +, mais pas seulement», précise Christian Bombrun, «nous rencontrons d'autres chaînes, mais aussi des fournisseurs d'accès à Internet et des sites comme YouTube et DailyMotion. Plus il y aura de partenaires, meilleur sera le projet. Mais ce ne sont que des discussions, il n'y a aucun projet d'alliance à court terme».

Mais en attendant ce joint-venture français, Hulu risque de s'imposer sur le marché européen. Et les producteurs américains pourraient en profiter pour récupérer l'exploitation de leurs programmes sur le net... Pour l'instant, quand M6 ou TF1 négocie avec les studios américains, les droits de diffusion comprennent tous les réseaux. Mais la situation pourrait changer. Les studios américains, actionnaires de Hulu pourraient décider de diffuser en exclusivité sur le net des films, et des séries comme Dr House, Desperate Housewives ou The office, dont ils détiennent les droits.

«A moyen terme, c'est possible», reconnaît Christian Bombrun. «Mais les chaînes ne risquent pas de disparaître, les revenus publicitaires de la télévision restent largement supérieurs. Et la télévision est toujours est un moyen de promotion formidable pour les contenus. Regardez Sons of anarchy: pratiquement personne ne connaissait la série avant qu'elle ne passe sur M6».

Même si Hulu ou le projet des chaînes françaises échouent, c'est peut-être un projet indépendant qui s'imposera en quelques mois, comme Spotify et Deezer l'ont fait pour la musique. «Mais c'est la course aux contenus actuellement», estime Christian Bombrun, «les acteurs sont très nombreux sur ce marché. Entre les studios, les producteurs, les chaînes, les fournisseurs d'accès à Internet et les sites déjà existant, il va être très difficile à un nouvel entrant de s'imposer». Plusieurs projets, comme Joost et babbelgum étaient d'ailleurs très attendus, mais n'ont jamais réussi à constituer un catalogue de programmes suffisant.

Actuellement c'est Voddler, accessible uniquement sur invitation pour l'instant, qui crée beaucoup d'attentes. Le projet a déjà séduit Disney et Paramount qui viennent de signer un accord  pour la diffusion de leurs films. Comme Spotify, Voddler propose d'installer un logiciel pour diffuser le contenu gratuitement, précédé de publicités. Comme Spotify, Voddler est suédois, basé à Stockholm. Une ville qui, après avoir abrité The pirate bay, site emblématique du téléchargement illégal, pourrait bien devenir le quartier général de l'offre légale.

François-Luc Doyez

Image de une: CC Flickr / bossco

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