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Un magazine allemand «gèle» sa page d'accueil pendant toute une journée

Capture d'écran - Stern.de

Capture d'écran - Stern.de

Par solidarité avec les millions de victimes de la guerre en Syrie, Stern a mis la page d'accueil de son site en pause pendant 24 heures.

«Aujourd'hui, nous gardons le silence.» Pendant toute la journée du 7 octobre 2016, la page d'accueil du site de l'hebdomadaire allemand Stern a affiché ce message en lettres capitales sur fond noir, en dessous d'une photographie des immeubles en ruine de la ville syrienne d'Alep. Par solidarité avec les millions de victimes de la guerre qui sévit en Syrie depuis cinq ans, la rédaction du magazine a pris la décision de mettre son site d'actualités en pause pendant 24 heures, et de questionner sa façon de couvrir cette guerre:

«Nous, les journalistes, n'avons pas le droit de rester sans voix. Nous devons décrire. Rapporter. Analyser. Mais plus nous prenons notre devoir au sérieux, plus la souffrance des gens à Alep et de la Syrie toute entière nous laisse sans voix. Au lieu d'avoir des réponses, nous avons toujours plus de questions.»

Celles-ci, par exemple:

«Comment pouvons nous parler de la souffrance quotidienne? Qu'est-ce que provoque notre couverture [de la guerre]? Avons-nous suffisamment couvert ce sujet? À cette dernière question, nous devons être sincères et répondre «non». Non, nous n'avons pas suffisamment couvert ce sujet.»

En guise de mea-culpa, la rédaction a donc décidé de «s'y prendre pour une fois de manière totalement différente», de «se défaire des réflexes journalistiques normaux» et de «se taire» plutôt que de couvrir la guerre en Syrie «plus fort, plus vite et plus» que les autres médias.

Ce jour-là, seules des photographies prises à Alep et dans d'autres villes syriennes étaient en ligne sur sa page d'accueil. Des photos du quotidien des Syriens survivant dans les villes bombardées: un jeune homme jouant de la guitare dans un champ de ruines, des enfants jouant sur les restes d'un manège. Les images sont fortes, frappantes, et ce sans qu'une goutte de sang ne soit montrée.

Ce geste, même s'il est vain, a ému beaucoup d'internautes, qui ont témoigné leur gratitude envers le magazine sur les réseaux sociaux. À l'instar de ce commentaire sur la page Facebook du Stern, dont le post annonçant cette journée de silence a été partagé plus de 4.000 fois:

«La première contribution journalistique qui m'a vraiment ému depuis des années! Ce signe ne rate pas sa cible, au contraire! J'espère que cela touchera aussi tous les responsables politiques, ceux qui ont plus de portée que nous, simples citoyens!»

Mais beaucoup d'internautes ont cependant vu dans ce geste une prétentieuse et bien-pensante leçon d'éthique journalistique frisant l'info-spectacle. Quelques points Godwin ont même été marqués au passage.

«Et demain alors, rien que des photos de victimes des nazis, ou bien après-demain de cheminées d'usines?»

La revue spécialisée Meedia tient tout de même à préciser qu'au-delà de ce débat, le geste de la rédaction de Stern n'est pas gratuit. Cette pause volontaire a en effet un coût certain pour sa société éditrice: en renonçant à mettre en ligne des informations durant 24 heures pour témoigner de sa solidarité avec le peuple syrien, le magazine a renoncé à des revenus publicitaires d'un montant à quatre zéro.

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