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Identité nationale: un problème d'intégration pas d'identité

Etre Français, c'est quoi? , mis à jour le 06.11.2009 à 0 h 49

L'identité française est forte, historique et métissée.

Slate.fr lance un appel à ses lecteurs: C'est quoi, pour vous, être français? Envoyez-nous vos contributions, vos témoignages, à etrefrançais.slate @ gmail.com. Nous publierons vos tribunes.

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Je suis européen, français, d'une vielle souche normande aux profondes racines périgourdines. L'ordre est important et j'espère qu'avant de passer à trépas, il sera précédé d'une dimension mondiale, encore utopique aujourd'hui, hélas.

Internationaliste par essence, j'ai néanmoins besoin d'un marqueur identitaire fort. Je le retrouve en partie dans la nation française et ce qu'elle représente de plus noble. Que signifie être Français ?

C'est d'emblée refuser les conceptions dépassées, écœurantes aujourd'hui, de la nation fermée du XIX° assimilée à la culture et plus encore ses dérives obscènes du XX° où elle fut teintée de race et de religion. Le droit du sang m'est totalement insupportable et la vision d'une nationalité exclusivement héritée est aux antipodes de ce que je défends.(...)

Je pars de la nation ouverte d'Ernest Renan, puis bifurque assez rapidement pour laisser Barrès, Maurras et leurs tristes héritiers dans leurs errances, pour enfin intégrer à plein les dimensions cardinales que la nation française se doit de cultiver: la générosité de l'accueil et l'indispensable humanisme.

Où sont passés nos mythes?

Chaque nation possède ses mythes fondateurs, nous avons la révolution et de Gaulle, mais aussi structurants soient-ils, ils ne suffisent pas. Surtout, ils risquent d'exclure de fait ceux que nous avons le devoir d'accueillir et d'intégrer, et qui amènent dans leurs bagages, leurs propres mythes, ceux qui nous enrichiront. La monnaie fut également l'un des piliers de la nation. Certains disent que nous l'avons perdue, je pense que nous l'avons partagée et ce n'est pas du tout pareil...

Pas de race, de culture, de religion donc, moins de mythes et de monnaie, mais alors, quels sont les piliers de la nation française?

La langue française, que l'on parle très largement au-delà de nos frontières dans une sphère de francophonie de plus en plus essentielle au sein d'un monde que ne vibrera bientôt plus qu'au son de deux ou trois cordes. La démocratie et les valeurs qui lui sont associées, héritage précieux du libéralisme intellectuel des lumières. Reste pour nous à définir un meilleur équilibre entre liberté, égalité et fraternité, tant nous hypertrophions les deux dernières. A trop placer la république devant la démocratie, nous nourrissons un Etat dont l'obésité écrase la société civile. Or, la vivacité de celle-ci est indispensable à la cohésion de la nation. (...) La laïcité est, je pense, le troisième pilier de la nation. La France a trouvé la solution à l'inévitable séparation de l'église et de l'Etat à sa manière, c'est à dire par la loi et le conflit. C'est inexportable et souvent incompréhensible de l'étranger, mais ça fonctionne et c'est essentiel.

L'étendard sanglant est levé

 

Le cadre est donc clair à mes yeux, mais quid de la méthode? La nation française, fait unique, est une construction militaire de l'Etat. Elle fut donc forgée en partie par la violence ou la contrainte et nous devons l'assumer. Assumer le ralliement des duchés et provinces par la force armée, assumer les hussards de la république apprenant la nation aux bretons et autres alsaciens à grand coups de règles sur les doigts, assumer la creuset national version caserne et clairons, assumer la noria de Verdun, assumer les rabibochages de façade de la libération, tout assumer certes, mais en revendiquant un droit d'inventaire particulièrement critique. Laissons de côté règles, entonnoirs, canons de 75 et continuons à construire la nation d'aujourd'hui comme elle se bâtit dans les faits, par le mélange.
La France est l'un des tous premiers pays du monde par le métissage de sa population. Au-delà des idées reçues sur un prétendu racisme endémique, les chiffres montrent bien au rebours un brassage et un mélange impressionnant. Près de 15% des naissances sont de couples mixtes, impossible de trouver intégration plus forte que celle qui consiste à faire des enfants. Voilà ce qu'est la nation française aujourd'hui et voilà comment on la construit.

Ségrégation éthno-socio-spatiale

Le débat qui s'ouvre aujourd'hui est totalement à côté de la plaque, comme souvent on privilégie les postures et les ronds de jambes, on tourne autour du pot pour éviter d'affronter les vraies questions. La France n'a pas un problème d'identité nationale, mais un problème d'intégration, ce qui est bien différent. Les émeutes de 2005 nous ont révélé de par leur violence à quel point l'intégration d'une partie de la population à complètement failli et tant que l'on considérera comme normale ces situations de ségrégation éthno-socio-spatiale absolument insupportables, nous faillirons.


Appliquons la loi SRU à la lettre, surtout le chapitre sur la mixité sociale et gardons une carte scolaire qui oblige l'acceptation des différences. La solution viendra par le brassage et le mélange et c'est de cette manière que la nation française se construit aujourd'hui.

Je suis donc français parce que je partage avec les autres le souci de garantir les trois piliers de la nation, au-delà du reste. Comme français, je me retrouve dans la diversité croissante de la société d'aujourd'hui, cosmopolite et multiculturelle, dont la mixité constitue un atout considérable pour l'avenir. Je suis français enfin car sans oublier mon héritage et mes racines, je leur privilégie la communauté de destin qui me lie à mes compatriotes. Plutôt que des polémiques rances et stériles, la réflexion que nous devrions entamer est celle qui nous permettrait de construire enfin collectivement, au-delà d'un projet national, un dessein de société.

Thomas Pouchin, lecteur de Slate.fr

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Image de une: Pawel Kopczynsk/iReuters, supporters français en juin 2000

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