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Après la mort de son meilleur ami, elle crée un chatbot qui parle comme lui

Capture Twitter

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Une autre idée de l'immortalité qui pourra bientôt vous permettre de discuter avec vous-même.

Black Mirror, série télévisée Britannique diffusé depuis fin 2011, dresse une image sombre de l’avenir, où les technologies prennent un tournant sinistre dans nos vies. Le premier épisode de sa deuxième saison, «Be Right Back», raconte l’histoire d’une jeune femme, Martha, qui se sert d’un logiciel recréant la façon d’écrire et de parler de son petit copain Ash, décédé lors d'un accident de voiture. Celui-ci est même cloné en androïde doté d’intelligence artificielle. Mais cette imitation rend le deuil insupportable, un rappel de l'existence d'Ash, qui ne sera jamais lui, authentiquement. 

De la fiction à la réalité, il n'y a qu'un pas que vient de franchir Eugenia Kuyda. Cette jeune femme russe a créé un chatbot avec pour base de données des textos, photos, e-mails et interactions sur réseaux sociaux de son meilleur ami Roman Mazurenko, mort à 34 ans percuté par une voiture à Moscou. The Verge raconte l’histoire de l’héritage digital de Mazurenko dans un long portrait au sujet de son alter ego artificiel.

Empreinte post-mortem

Entrepreneuse basée à San Francisco et sous la tutelle du prestigieux incubateur Y Combinator, Kuyda est déjà à la tête de Luka, start-up qui expérimente avec un chatbot permettant de faire des réservations aux restaurants. À la suite de la mort de son meilleur ami, Kuyda s’embarque dans un projet émotionnellement risqué et qui soulève de nombreuses questions complexes sur note empreinte digitale post-mortem, le deuil et notre relation à la mort.

«En lisant les messages de Mazurenko, il est venu à l’esprit de Kuyda qu'ils pourraient servir de base pour un autre type de bot –un bot qui imiterait la manière de parler d’un individu. À l’aide de réseaux neuronaux qui se développent très rapidement, peut-être pourrait-elle à nouveau parler avec son ami», rapporte The Verge.

Dans le domaine de l’intelligence artificielle, un réseau neuronal fonctionne comme le système nerveux humain. Il imite la capacité du cerveau à apprendre, absorber de l’information et à combiner le tout en une réponse réfléchie. Jusqu’à présent les messageries de ce type restent superficielles, et les conversations entre logiciel et interlocuteur humain limitées. Mais des avancées technologiques ont permis aux réseaux neuronaux de devenir plus sophistiqués dans leur imitation des fonctions du cerveau humain. 

Les ingénieurs travaillant pour Kuyda ont ainsi formé un réseau neuronal en y intégrant plus de 30 millions de lignes de texte en russe. Le bot a ensuite été entraîné à s’exprimer avec le ton de Mazurenko: charmant, sarcastique et avec du caractère, selon ses proches. Pour cela, Kuyda y a intégré des centaines de messages qu’elle avait échangé avec Mazurenko. Des dizaines d’amis et de proches y ont contribué avec leurs propres correspondances.

Parler avec… soi-même

Finalisé en mai 2016, le bot discute depuis avec plusieurs amis et membres de la famille de Mazurenko. Quelques conversations ont été relayées de façon anonyme à The Verge.

Le bot de Mazurenko n’est pas la seule innovation à prévoir un futur où notre empreinte digitale pourra contribuer à notre postérité. La société Eternime souhaite permettre à ses clients de sauvegarder leurs souvenirs et personnalité sous forme digitale pour ensuite être réutilisés dans un tchatbot après leur mort. L’objectif est de devenir «virtuellement immortel».

Eugenia Kuyda a également lancé un concept permettant de créer un bot… de soi-même et de discuter avec lui. Nommé Replika, l’application n’est pas encore disponible mais vous pouvez désormais réserver votre prénom sur son site. Certains ont déjà eu la possibilité de s’adresser à leur imitation virtuelle, ce qui ne va sans ses conséquences creepy. Idée de génie ou avertissement envers une société de plus en plus individualiste et narcissique?

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