Sciences

On pourrait s’implanter de faux souvenirs pour être plus heureux, mais faut-il le faire?

Temps de lecture : 2 min

Cette pratique qui se développe pose de vraies questions éthiques.

Extrait du film «Eternal Sunshine of the Spotless Mind», sorti en 2004.
Extrait du film «Eternal Sunshine of the Spotless Mind», sorti en 2004.

La réalité semble dépasser de plus en plus facilement la fiction. Dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind, le réalisateur Michel Gondry imaginait une clinique capable d’effacer les souvenirs douloureux de ses patients, la plupart du temps amoureux.


Aujourd’hui, Robert Nash, un psychologue de l’Aston University, explique sur le site de la BBC que les scientifiques pourraient bientôt aller encore plus loin en remplaçant les mauvais souvenirs par d’autres, plus heureux et fabriqués de toute pièce. On sait depuis longtemps que nos souvenirs peuvent être faussés, notamment si une personne de votre entourage installe une fausse suggestion dans votre cerveau.

Robert Nash cite ainsi une expérience qui montre que «les gens à qui l’on a, à tort, expliqué qu’ils avaient été malades durant leur enfance à cause d’un yaourt à la pêche périmé étaient plus à même d’éviter d’en remanger quand ils étaient adultes».

Il est donc théoriquement possible d’envisager des procédures de remplacement de souvenirs. Mais dès lors, la question éthique paraît évidente: doit-on mentir à un patient, et surtout, doit-on changer la perception qu’il a de sa propre vie?

Selon un sondage publié dans l’étude que le psychologue a mené pour la revue Applied Cognitive Psychology, «beaucoup de gens, semble-t-il, sont assez ouverts à l’idée de manipuler délibérément les souvenirs, si cela pourrait bénéficier au patient», mais mois s’il fallait se l’appliquer à eux-mêmes. En revanche, certains estiment que mentir à un patient sur ses souvenirs d’enfance est tout sauf éthique, et qu’il y avait peut-être un risque de manipulation malsaine de la part du thérapeute.

«Ce serait beaucoup trop dangereux, explique une Britannique interrogée dans l’étude. La première utilisation que je verrais consisterait à persuader les personnes homosexuelles qu’elles “devraient” être hétérosexuelles. Combien de temps avant qu’un parti au pouvoir l’utilise pour “soigner” les gens qui ont voté pour l’opposition? Cela semble un peu tiré par les cheveux maintenant mais cela le serait moins s’ils en avaient vraiment le pouvoir.»

Autre risque, celui de perdre son authenticité, sa personnalité, son histoire personnelle. Veut-on vraiment oublier qui l’on est pour être heureux? «Même si le jour où votre médecin vous prescrira une séance de faux souvenirs n’arrivera jamais, réfléchir à ces questions éthiques nous rappelle que les souvenirs font partie de nos biens les plus précieux, conclut Robert Nash. Et peut-être que les faux souvenirs peuvent être aussi précieux.»

Slate.fr

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