Thomas Legrand: le retour «des» droites
La droite modérée, orléaniste et décentralisatrice s'oppose à nouveau à la droite bonapartiste, colbertiste et centralisatrice.
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Il y a deux façons de lire ce qui se passe autour de la question de la suppression de la taxe professionnelle voulue par le Président et refusée par une partie significative de la majorité. Soit on s'en moque et l'on dit c'est le désordre à l'UMP (ce n'est pas faux mais une fois qu'on a dit ça on n'a rien dit de passionnant), soit on constate avec soulagement que le Parlement vit encore puisque la fronde peut être aussi bien vue comme un débat, comme si les parlementaires de la majorité avaient décidé de délacer leurs gros godillots. On va d'ailleurs pouvoir bientôt savoir où est la vérité. Pugilat ou vrai débat?
Le Parlement a-t-il vraiment plus de pouvoir qu'avant, comme le prétend l'exécutif ? Ou bien, au bout du compte, comme pour le bouclier fiscal, comme pour la taxe carbone, comme pour la loi HADOPI, les parlementaires vont-ils s'empresser, au coup de sifflet du Président de refaire un double nœud à leurs grosses chaussures de bons petits soldats? On sera bientôt fixé. Si tous les députés et tous les sénateurs pouvaient voter selon leurs consciences, sur les conditions proposées pour la suppression de la taxe professionnelle, tout le monde sait qu'il y aurait une majorité pour s'y opposer ou sérieusement l'amender. Si, au bout du compte ce n'est pas le cas, si des amendements importants ne sont pas intégrés par le ministre du budget, il ne faudra plus laisser Jean-François Copé parler «d'Hyperparlement» ou de «coproduction législative» et il faudra rayer, sur la liste des promesses tenues par le Président, la ligne «revalorisation du Parlement».
Ce débat laisse réapparaitre les anciennes droites telles qu'elles avaient été classifiées par René Rémond, dés 1954 dans son livre référence, «Les droites en France». René Rémond, puisant dans les profondeurs historique du conservatisme français distinguait trois droites. La droite Bonapartiste, la droite orléaniste et la droite légitimiste. A la fin du XXème siècle, ces trois droites pouvaient être schématiquement représentées par les gaullistes du RPR (bonapartistes), les libéraux et européens de l'UDF (Orléanistes) et l'extrême droite du Front National (entre bonapartisme et légitimisme). Des distinctions que l'on aurait pu croire disparues avec l'avènement de l'UMP, grande formation unifiée de la droite Française dont le ciment serait un certain libéralisme économique assumé mais limité par le modèle social français accepté.
Et voila que subitement l'on retrouve donc les traces d'une droite bonapartiste, colbertiste et centralisatrice, contre une droite modérée, que l'on dirait orléaniste et décentralisatrice. La fin de l'affichage libéral -du fait de la crise- permet à la première droite, celle du capitalisme d'Etat d'exceller dans la réforme (mais le maintien) des structures de l'interventionnisme: grand emprunt, carte militaire, carte hospitalières, carte judiciaire, découpage électoral autoritaire et aujourd'hui, refonte des collectivités locales et de la fiscalité locale.
Alors modifier les structures, les compétences et les modes de représentations des départements et des régions ne veut pas forcément dire que l'on veille rompre avec le mouvement de démocratisation locale initié par Pierre Mauroy au début des années 80, mais, décider que l'on réforme la fiscalité locale, c'est-à-dire les conditions de ressources des collectivités, avant de discuter de ce que seront les territoires, c'est bien le signe que l'exécutif veut reprendre les rênes. C'est mécaniquement la preuve d'une tentation de recentralisation. Tous ce passe comme si l'on voulait revenir à la déconcentration (c'est-à-dire allonger le bras de l'exécutif) plutôt que de développer la démocratie locale.
Face à cette tentation, la droite des régions et départements (celles des barons locaux ou celle de la proximité selon qu'on aime ou pas) se rebiffe. C'est un débat qui parait assez anachronique et qui ne cadre pas tout à fait avec l'affirmation très sarkozienne de la campagne et du début du quinquennat de modernisation de notre démocratie.
Il est assez significatif, enfin de constater que celui qui mène la fronde (ou le débat) dans la majorité est Jean-Pierre Raffarin, celui là même qui, il y a quelques semaines posait publiquement la question, audacieuse et pertinente, du déséquilibre institutionnel qui se manifeste par une trop grande concentration des pouvoirs à l'Elysée. La façon de gouverner de Nicolas Sarkozy, le fait d'ailleurs de gouverner plus que de présider est de plus en plus contesté dans ses propres rangs. Voilà, sans doute, le fait politique dominant de cette mi-mandature.
Thomas Legrand
Lire également: Hyperprésident et Hyperparlement et Ve ou VIe république, Nicolas Sarkozy va devoir choisir.
Image de Une: Jean-Pierre Raffarin Stephane Mahe / Reuters
Mis à jour le 30/05/2010 à 16h25













































article intéressant et combien réaliste de l'état de l'assemblée nationale. Les élus n'ont plus de retenue, le petit doigt sur le pli du pantalon est devenue la règle.
Les questions des élus et les réponses diffusées sur la chaîne LCP montrent combien les "représentants de la nation!!!" dans leur majorité sont au niveau du débat d'un village.
La représentation nationale est pathétique.
Mais il est vrai que pour 5000€ de salaire plus 5000€ pour le secrétariat!!!! plus 9000€ pour les frais et autres avantages être godillot n' a pas que des inconvénients.
A ce sujet Mme Aubry & M. Coppé pouvez-vous faire voter une loi sur l'obligations aux députés de justifier leurs dépenses, hors salaire, merci pour la démocratie et la transparence dans notre pays.
M. Raffarin se réveille tant mieux car il a été le grand godillot de M. Chirac l'homme qui a été élu en 2002 par pour ses compétences mais pour éviter l'arrivée du front national dans notre pays.
La droite n'est plus un parti libéral responsable qui refonde l'économie de marché tout en protégeant les plus faibles. La droite est un parti GODILLOT sans âme.
Triste politiques dans un si beau pays.
Je vois pour ma part une autre explication à ce tohu-bohu qui inclut cette lettre de 65 députés pour un grand emprunt à plus de 50 milliards.
Les hommes politiques vivent de l'argent qu'ils utilisent. Jean Léonetti, qui est en pointe sur le grand emprunt a augmenté les impôts locaux dans sa ville d'Antibes jusqu'à 100% pour ce qui est de la taxe d'habitation. On lisait dans Nice Matin les réactions de petits propriétaires éberlués en recevant leur feuille d'imposition... Et pourquoi cette augmentation ? Car il lui faut de l'argent pour continuer à régner. Quand la bulle immobilière s'est constituée, les élus locaux ont utilisé la manne des droits de mutation en créant des dépenses. Quand la manne s'arrête brutalement, il leur faut toujours de l'argent, ils augmentent donc les impôts, d'autant plus facilement qu'ils ont été réélus en 2008. Quand N. Sarkozy veut transformer la taxe professionnelle, ils voient encore toute une partie de leurs recettes remise en question. Et si l'état ne compense pas, ils vont devoir encore augmenter les impôts...
Les élus, comme N. Sarkozy, ont la culture de la dépense, on le voit aussi avec le grand emprunt où nos pétitionnaires se poussent pour réclamer beaucoup d'argent à distribuer. Orléanistes ou Bonapartistes ? Bof, dépensiers surtout.
La clef de lecture est pertinente.....et transposable aux réformes de l'organisation de l'offre de soins. Puisque derrière la création des Agences Régionales de Sante se trame la volonté de déconcentration affichée clairement par le gouvernement.
La grande majorité des directeurs d'ARS proviennent du corps de la préfectorale et les président du conseils de surveillance de ces agences seront les préfets de Région.
Ces derniers avaient perdus la compétences santé en 96 lors de la création des ARH ; ils ne s'en sont jamais remis et considèrent que la décentralisation opérée jusqu'à présent a conduit au creusement des inégalités et une perte d'efficacité.
La pseudo-décentralisation orchestrée par l'Etat est téléguidée ; il place ses pions afin de pouvoir infléchir à sa convenance sur la trajectoire des politiques mises en oeuvre.
Rien de plus profitable et de plus sain que ce qui arrive actuellement et dont se fait écho cet article. La stratégie mise en place par Nicolas Sarkozy a constitué a saper l'opposition, qu'elle fusse de l'extrême droite ou de la gauche au sens large, par tous les moyens possibles. Division, réecupération, provocation à la frontière en vue d'une agression future, motivation à la trahison, sensibilisation des ambitions. Tandis que dans son camp il organisait le monopole des pouvoirs en crachant sur toutes les têtes qui dépassaient et en promettant le bâton (ou le crochet de boucher, Sarkozy a l'allégorie sanglante et l'allusion funeste) à ceux qui échappaient à son appétit de séduire. Dans le contexte qui se profile, où le beau portrait de présidence hyperactive et à l'efficacité au rasoir est entrain de s'effriter au profit d'un portrait de plus en plus en relief d'une monopolisation familiale du pouvoir (au sens étroit du terme ou au sens large). Où l'apparance démontre de l'appât rance, le futur s'annonçait mal. Il n'est jamais bon qu'un pays ne connaisse pas d'opposition. Il n'est jamais heureux de tout détruire autour de soi au fait de se garder au pouvoir. Le monologue est stérile et devient carrément dangereux quand ceux qui ont besoin d'un dialogue n'ont plus ni voie ni voix. Reste à savoir si cela va se concrétiser ou comme le fait remarquer monsieur Legrand, tout ça va rentrer sagement dans l'ordre sous les vétupérations sanglantes de Joe Dalton. Pourvu que ça dure, comme disait la mère de Joséphine.