FranceLife

Identité nationale: aimer la France et la quitter

Etre Français, c'est quoi? , mis à jour le 03.11.2009 à 8 h 41

Pot-pourri de vos contributions, expatriés et hexagonaux

Image de une: REUTERS/Philippe Wojazer, Nicolas Sarkozy, mai 2009

Image de une: REUTERS/Philippe Wojazer, Nicolas Sarkozy, mai 2009

Slate.fr lance un appel à ses lecteurs: C'est quoi, pour vous, être français? Envoyez-nous vos contributions, vos témoignages, à etrefrançais.slate @ gmail.com. Nous publierons vos tribunes. Voici des contributions de lecteurs souvent expatriés et pétris de plusieurs cultures.

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Je suis ce que l'on appelle un expatrié. Certains trouvent à cette dénomination un aspect péjoratif. On m'a fait plusieurs fois la remarque que l'Etat avait payé mes études, et que «je suis allé me vendre ailleurs» (dixit l'un des mes professeurs). Un président de la République n'a-t-il pas dit : «La France, on l'aime, ou on la quitte...»?

Pourtant, je ne l'ai pas quittée par désamour, juste pour continuer mes études... un peu naïvement. Cela fait maintenant onze ans... Pourtant, je vous assure que je ne suis pas de ceux qui dénigreraient leur nationalité, et critiqueraient la France sur tous les sujets. J'ai même essayé plusieurs fois de «rentrer» en France, en y cherchant un nouvel emploi. Bizarrement, cela n'a pas marché. Apres avoir insisté, on m'a vaguement expliqué que mon profil n'était plus vraiment formaté pour le modèle français (!!). Je dois vous avouer que cela fait mal d'entendre cela... Serais-je devenu moins français?

Je pense que l'on se trompe totalement au sujet du débat sur l'identité nationale. Car il est tout simplement dépassé. Pour une raison très simple, l'Europe est faite, et il est bien trop tard pour revenir en arrière. Trop d'hommes politiques semblent avoir oublié que les frontières européennes sont tombées. Je suis français, ma femme a la nationalité argentine et autrichienne. Notre enfant est né en Allemagne, où nous vivons. Je vous laisse deviner sa nationalité. Une chose est sûre, je ne vais pas l'éduquer en fonction de son passeport. L'amour de la patrie n'a pas trop de sens pour nous. Je préfère voir mes enfants s'enrichir de cette multiculture(sic) dans laquelle nous vivons en permanence. Dès lors, comment parler d'identité nationale?

L'Europe offre la libre circulation et il est possible à tous citoyens européens de travailler dans un autre pays de l'Union Européenne, à quelques exceptions (qu'elles soient pratiques et logiques, ou politiques et malsaines) près. Certes, les Européens sont encore bien trop timides pour se lancer, le grand brassage n'est pas encore engagé, mais ce n'est qu'une question de temps. Bientôt les Français (ils sont déjà 100 000 à Londres!) travailleront a l'étranger, et reviendront en France pour les vacances. Bien sûr, cela sera compensé par d'autre Européens qui se plairont à travailler en France. Les portes de l'Europe sont ouvertes! Alors à quand un passeport européen? Car je me sens avant tout européen, point!

Cette idée de nationalité française n'intéresse que ceux qui ne veulent pas d'Europe. Comme disait feu San Antonio, ce sont des «has been». Cela ressemble à un baroud d'honneur de leur part. Il est trop tard pour changer le cours des choses. L'Europe se forme, lentement mais sûrement, les valeurs que nous devons mettre en exergue sont des valeurs de communion, propres à tous les Européens, et non des valeurs de différentiation. Ce débat est aussi inutile que la fronde des parlementaires français pour garder le numéro de leur département sur les nouvelles plaques d'immatriculation... De grâce, ne confondons pas être Français et être franchouillard!

Bien sûr, il y a des moments où je me sens logiquement français: je serai toujours un supporter de l'équipe de France, quelque soit le sport... et je n'ai jusqu'ici jamais omis de voter. C'est peut être cela mon paradoxe. Expatrié, je n'ai pas payé un seul impôt français depuis plus de dix ans, mais j'ai tout de même mon mot à dire, en votant...

J'ai lu récemment, sur Slate.fr qu'être français, «c'est manger de fromage». En Allemagne, on a l'habitude de dire que du fromage français sur du pain allemand, cela relève de l'accord parfait....

expat_de, lecteur de slate.fr

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Pourquoi pas réfléchir tous ensemble à ce qu'est l'identité française d'aujourd'hui? Sans doute bien plus l'honneur d'avoir apporté au monde les Droits de l'Homme plutôt que le fétichisme qui consiste à se crisper sur le symbole de l'hymne nationale. Sans doute le goût d'un art culinaire particulièrement raffiné, même si le couscous est le plat préféré des français. Sans doute ce lien privilégié avec l'Afrique et certains pays d'Asie, qui explique dans le temps de l'Histoire ce visage parfois métissé des français d'aujourd'hui. Mais aussi, pour moi être française aujourd'hui c'est vouloir être européenne demain, et dépasser les limites exigües de l'Etat-Nation.

Leïla Touati, lectrice de Slate.fr

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Je ne sais pas vraiment ce que signifie être français, bien qu'il me semble l'être: c'est ce que dit mon passeport. Cependant quelques réflexions me viennent à l'esprit. Tout d'abord, moi qui vis à l'étranger depuis plus de dix ans, j'ai toujours été content d'être français et européen parce que cela signifiait avoir une histoire (celle du respect et de l'émancipation de l'individu) et la respecter. Depuis 2007, j'ai honte régulièrement du comportement des gens qui ont été élus pour représenter le pays, de l'image qu'ils donnent au monde, et surtout des actes qui montrent leur mépris des autres et leur arrogance bien peu justifiée. Ensuite la définition implicite (un débat, mon oeil! les conclusions ont déjà été tirées en mai 2007 avec le vote sarkoziste des électeurs du FN) de l'identité nationale que l'on cherche à nous faire valider me semble être: aimer la patrie, aimer la famille, aimer le travail. C'est une autre histoire que l'on prend alors comme point de référence, une histoire d'abandon et d'asservissement. Ce qui m'amène à penser qu'aimer son pays, c'est aimer ses dirigeants au fil de l'histoire, parce qu'ils agissent pour le bien commun. Qui a parlé de rupture?

Rackam le rouge, lecteur de Slate.fr

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Je suis européen de conviction et Breton de coeur, ma femme est coréenne, mon fils est né à Londres et mon travail se situe essentiellement en Chine; être français à l'heure d'une mobilité globale se traduit surtout par un passeport.

Ce sésame qui nous ouvre les portes du monde avec une facilité qui contraste avec les chemins de croix que subissent certains pour simplement fuir les traitements subis dans leur mère patrie et demander dans le pays des Droits de l'Homme le droit à être Homme. Quel désenchantement lorsqu'ils atteignent [la France]. (...) On sait de par le monde que le Français est caricaturalement grincheux et souvent prompt à se plaindre, mais ce qui se révèle cruel dans le cœur de ceux que nous accueillons c'est ce voir à quel point nous avons pu ériger des frontières au sein même de notre propre territoire.
Quelle honte. Être Français est une chance, sans aucun doute, mais c'est aussi une responsabilité: un devoir d'égalité. Nous nous devons de traiter avec respect ceux qui n'ont pas eu la même opportunité.

Pierre-Yves Graffe, lecteur de Slate.fr

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Heureusement il n'y a pas de test de dégustation de fromage pour être français car mon fils aurait tout faux détestant le fromage à un plus haut point! En revanche, il vient d'acheter une voiture française (Renault), travaille chez des français pour des français ou des européens.... Ceci vaut cela.... Moi, je m'appelle Marie-France, mon identité est dans mon prénom...

Marie-France Muller, lectrice de Slate.fr

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Image de une: REUTERS/Philippe Wojazer, Nicolas Sarkozy, mai 2009

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