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Le bouclier anti-missile américain ne sert à rien contre l'Iran

Slate.com, mis à jour le 05.11.2009 à 23 h 10

Un système anti-missiles protégeant un pays n'a de valeur que s'il est efficace à 100%. La technologie ne le permet pas aujourd'hui.


L'administration Obama présente son nouveau système de défense antimissile comme une alternative supérieure au système d'interception coûteux (et non testé) que Bush avait prévu d'installer en Europe de l'Est. La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a expliqué le mois dernier dans le Financial Times que «cette nouvelle approche [était] plus pertinente et plus intelligente que le précédent projet», précisant qu'il serait déployé plus vite et à un moindre coût, de façon à «éviter de perdre du temps ou de gaspiller l'argent des contribuables».

Ce discours peut donner l'impression d'être en face d'une combinaison gagnante mais, en réalité, la principale différence entre l'ancien projet et le nouveau est que le système préconisé par l'administration Obama ne sera pas situé aux portes de la Russie. Sinon, il sera tout aussi inefficace que le projet initial d'un point de vue stratégique.

Il existe grosso modo deux types de défense antimissile. Le premier consiste en une défense antimissile tactique, comme le système Patriot, qui protège un champ de bataille contre des fusées conventionnelles de courte portée. La seconde catégorie est dite «stratégique»: un système de défense antimissile national. Il s'agit d'une protection contre des missiles nucléaires ennemis. Conceptuellement, le premier système de défense antimissile est raisonnable. Celui du second genre, en revanche, ne l'est pas. Pire, il pourrait exacerber les conflits, et ce pour une raison assez simple.

Un système de défense antimissile tactique ayant une efficacité de 70% (en étant optimiste) est tout à fait défendable. Si on arrive à intercepter 7 missiles conventionnels sur 10 qui visent l'Amérique, c'est une bonne chose - indiscutablement. En revanche, le fait de neutraliser 7 têtes nucléaires sur 10 est inutile, car une seule suffit pour dévaster gravement le pays. Un missile à charge nucléaire qui transperce le bouclier antimissile serait aussi destructeur qu'un million de missiles conventionnels.

Ainsi, même après l'installation et l'activation d'un système de défense antimissile national, le fait d'être menacé par l'Iran n'aura pas été effacé. Qui plus est, les calculs stratégiques de Washington par rapport à Téhéran demeureront inchangés. Les Etats-Unis devront continuer de s'inquiéter des missiles iraniens, car la destruction de ne serait-ce qu'une ville ou une région américaine serait trop lourde de conséquences.

Telle est la situation. Pour qu'il en soit autrement, il faudrait que le dispositif de défense antimissile puisse intercepter 100% des engins nucléaires. Un objectifs irréalisable à ce jour, quelle que soit la technologie utilisée.

Installer un bouclier antimissile pourrait même encourager des ennemis des Etats-Unis à constituer des stocks de missiles et de têtes nucléaires pour s'assurer que certaines de leurs armes déjouent le système de défense américain. Si on veut inciter la Corée du Nord à construire davantage de missiles, le meilleur moyen est de l'encercler d'intercepteurs de missiles.

Enfin, un système de défense antimissile national pourrait également  pousser les futurs dirigeants américains à mettre en œuvre des politiques risquées - qu'ils n'auraient pas envisagées dans d'autres circonstances - en se croyant, à tort, protégés contre une attaque. Dans ce cas, la défense antimissile risque d'être contreproductive et de déclencher une guerre nucléaire.

Si vous vous dites que c'est une simple possibilité théorique, prenez l'exemple des ouragans: des Américains mettent fréquemment en danger leurs vies et leurs biens en faisant construire leurs maisons sur des terrains exposés, sachant que les assurances les «couvriront».

L'équipe d'Obama estime que son nouveau plan offrira une meilleure protection, plus rapidement, face à la menace des missiles iraniens. Mais, en l'occurrence, «meilleur» ne veut pas forcément dire «suffisant».

Washington aurait besoin d'un système de défense antimissile parfait. Tout le reste est stratégiquement inutile, voire franchement dangereux.

Yousaf Butt, travaille dans la division astrophysique de haute énergie du Centre astrophysique  Harvard-Smithsonian.

Traduit par Micha Cziffra

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Image de Une: Tests télévisés de lancement de missiles par l'Iran Reuters

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