Monde

Les talibans, vainqueurs de la présidentielle afghane

Françoise Chipaux, mis à jour le 02.11.2009 à 16 h 09

Le retrait du concurrent de Karzai pour le second tour de l'élection est un échec pour Obama.

L'Afghanistan ne réussit pas à Barack Obama. Alors que le président américain étudie toujours la demande de ses généraux d'augmenter le nombre de soldats déployés dans le pays, les mauvaises nouvelles ne cessent de s'accumuler. La dernière en date, l'annulation du deuxième tour du scrutin et la déclaration du président Hamid Karzai vainqueur après le retrait du Dr Abdullah, consacre l'échec d'une élection censée  marquer un nouveau départ pour une guerre qui s'enlise.

La légitimité du président Karzai ne peut que pâtir de cet échec et il est à craindre qu'elle aggrave les tensions ethniques dans un pays très divisé par 35 ans de guerre. Qui pourrait oublier que le président sortant n'avait accepté la tenue d'un second tour, rendu obligatoire par les fraudes massives en sa faveur, que contraint et forcé par les pressions des Etats-Unis. A aucun moment, le président Karzai n'a déploré les ratés d'un processus électoral auxquels il a contribué en nommant ses obligés à la tête de la commission électorale «indépendante» et en refusant de les voir remplacer pour le deuxième tour. Difficile dans ces conditions d'espérer les réels changements nécessaires pour obtenir un gouvernement qui mérite le soutien des Afghans.

La démission révélée dernièrement d'un haut fonctionnaire américain ancien officier des Marines qui servait en Afghanistan — après l'Irak — a suffisamment jeté le trouble dans l'administration Obama pour que celui-ci soit reçu par plusieurs hauts responsables dont Richard Hoolbroke, le «Monsieur» Afpak du président Obama. «Je ne comprends plus et n'ai plus confiance dans les objectifs stratégiques des Etats-Unis en Afghanistan, écrit Matthew Hoh [PDF]. Notre soutien au gouvernement afghan dans sa forme présente creuse le fossé entre le peuple et le gouvernement. Les défaillances du gouvernement comparés au sacrifice de vies américaines et aux dollars dépensés apparaissent innombrables et ne cessent d'augmenter». Et Hoh de dénonce notamment «la corruption à grande échelle, un président dont les confidents et principaux conseillers incluent des trafiquants de drogue et des criminels de guerre qui se moquent de nos lois et de notre lutte contre la drogue...».

Les doutes exprimés par Hoh, haut représentant civil américain dans la province de Zaboul dans le sud de l'Afghanistan, sont ceux qui troublent de plus en plus fréquemment les acteurs du terrain qui vivent au quotidien une situation qui s'est détériorée régulièrement depuis plus de cinq ans, alors que le nombre des troupes étrangères ne cesse d'augmenter.

Avec le renforcement des troupes, les victimes ne cessent aussi de s'accroître. Alors que l'année 2008 était déjà, avec 295 morts, une année record pour les pertes au sein des troupes de l'Otan, l'année 2009 atteint déjà le chiffre de 455 décès. Le mois d'octobre a été l'un des plus sanglants pour les troupes internationales. Les diverses stratégies évoquées depuis plusieurs semaines au sein de l'administration américaine soulignent la difficulté pour la communauté internationale à se fixer un objectif commun et à établir des paliers permettant de mesurer l'état des progrès.

Rien ne pourra se faire toutefois sans l'adhésion des Afghans et le véritable défi pour la communauté internationale est d'obtenir la coopération du président Karzai pour un changement complet de cap. Une transformation radicale qui induira pour lui des décisions difficiles. Le président Karzai doit choisir s'il continue avec le soutien des chefs de guerre qui n'ont aucun intérêt à un Afghanistan stable et respectueux de la loi et de l'ordre ou s'il rompt avec un passé haï par la population pour enfin donner la priorité à la compétence et l'honnêteté dans son gouvernement et par là même avec le temps dans son administration. Il n'y a pas de solution rapide en Afghanistan mais après huit ans de présence étrangère la patience des Afghans s'amenuise comme le soutien des opinions publiques occidentales pour une guerre à la victoire impossible.

Le spectacle affligeant du scrutin présidentiel ne peut que renforcer les doutes et le président Obama a toutes les raisons de ne pas faire de choix précipité. De ce fiasco, seuls les talibans qui dénonçaient un processus démocratique «imposé de l'étranger» sortent «vainqueurs». Personne n'avait pourtant besoin de leur offrir ce succès.

Françoise Chipaux

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Un soldat américain patrouille dans la province de Helmand, le  20 octobre 2009. REUTERS/Asmaa Waguih.

Françoise Chipaux
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