France

Sarkozy n'en est pas à son premier copié-collé

Vincent Glad, mis à jour le 02.11.2009 à 17 h 41

Heureusement, le discours de Dakar n'a été prononcé qu'une fois.

Cet article a été écrit dimanche 1er novembre par Vincent Glad pour le site bienbienbien.net, auquel il contribue. Il est également journaliste à Slate.

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Le Petit Journal de Canal + a fait l'événement cette semaine en découvrant que deux discours de Sarkozy sur l'agriculture étaient purement et simplement copiés-collés. Chez BienBienBien, on s'est demandé s'il s'agissait d'une simple bourde ou d'un système organisé de pompage de discours. Après avoir fouillé les archives de l'Elysée, nous sommes en mesure de révéler l'existence d'emplois fictifs de nègres à la Présidence de la République: au moins 4 discours ont été recopiés de la fois précédente...

Les agriculteurs, faut toujours leur dire 3 fois

Le Petit Journal avait remarqué que le discours de Poligny du 19 octobre était pompé sur celui du 19 février à Daumeray. Mais en fait, ce discours vient d'encore plus loin puisqu'il a été prononcé la première fois le 2 avril 2008 au Congrès de la FNSEA à Nantes. Jouons au jeu des 7 erreurs.

Nantes, 2 avril 2008

Un agriculteur est avant tout un entrepreneur, un entrepreneur qui ne compte pas ses heures, qui porte la responsabilité d'investissements importants, qui doit relever des défis humains, financiers, techniques, administratifs souvent considérables. C'est un chef d'entreprise, un agriculteur, mais qui doit s'adapter en permanence au climat, au marché aux technologies, aux réglementations. Pour se lancer dans l'agriculture, il faut d'abord de l'esprit d'entreprise. Pour s'y maintenir il faut de la ténacité. Pour y réussir il faut du talent. Bref, pour être un agriculteur, il faut être passionné et travailleur.

Daumeray, 19 février 2009

Un agriculteur, c'est d'abord, et je ne me lasserai jamais de le dire, un entrepreneur, un entrepreneur qui ne compte pas ses heures, qui porte la responsabilité d'investissements importants, qui doit relever quantité de défis humains, financiers, techniques, administratifs considérables. C'est un chef d'entreprise, un agriculteur, mais qui doit s'adapter en permanence au climat, au marché, aux technologies et aux réglementations. Pour être un agriculteur, on me l'a dit d'ailleurs, tout à l'heure, il faut être passionné et il faut être travailleur.

Poligny, 27 octobre 2009

Un agriculteur est donc un entrepreneur, mais un entrepreneur qui ne compte pas ses heures, qui porte la responsabilité d'investissements importants, qui doit relever tous les jours des défis humains, financiers, techniques, administratifs considérables. C'est un chef d'entreprise qui doit s'adapter en permanence au climat, aux marchés, aux technologies, aux réglementations. Pour se lancer dans l'agriculture, il faut d'abord de l'esprit d'entreprise. Pour s'y maintenir il faut de la ténacité. Pour y réussir il faut du talent. Bref, pour être un agriculteur, il faut être un travailleur, il faut être passionné.

Notons quand même les états d'âme du nègre qui se dit à Daumeray que la manœuvre est trop grosse pour ne pas être vue et qui écrit donc «Un agriculteur, c'est d'abord, et je ne me lasserai jamais de le dire, un entrepreneur». Mais comme ça passe, la précaution est enlevée à Poligny quelques mois plus tard.

Le site MaCommune.info a découvert qu'un autre passage de ce discours (concernant l'identité nationale) a été également recopié 3 fois, mais cette fois-ci dans une autre intervention le 11 septembre 2007.

Les commerçants, faut toujours leur dire 2 fois

Quand on est Président, il y a des discours corvées, dont on se passerait bien. Le meilleur exemple est le discours de la traditionnelle «remise du brin de muguet» aux commerçants de Rungis. Sarkozy en déjà fait 2, on lui souhaite bien du courage pour les 3 suivants.

Elysée, 30 avril 2008

Vous connaissez mon attachement à cet endroit extraordinaire qu'est le marché de Rungis. C'est un endroit qui est extraordinaire parce qu'il est plein d'humanité et qu'il recèle beaucoup de valeurs, au premier rang desquelles le sens du travail. Rungis ce sont des  professionnels de très haut niveau attachés à la qualité des produits alimentaires qui y transitent et qui font la renommée de la France. [...] Vous incarnez les métiers de proximité et les 1 300 entreprises présentes sur le marché de Rungis font de vous des acteurs du lien social avec l'ensemble de nos compatriotes. Le Marché International de Rungis est une vitrine extraordinaire des produits et des terroirs français que vous faites vivre quotidiennement et qui s'impose comme le plus important marché de gros de produits frais au monde, ce qui n'est pas rien. Vous me donnez l'occasion de vous dire à quel point l'évolution des prix agricoles est un sujet essentiel.

Elysée, 30 avril 2009

Le Marché d'Intérêt National de Rungis est un endroit extraordinaire dans lequel je me sens bien parce que ceux qui  s'y trouvent ont mis la valeur travail au cœur de leur projet de société. Vous représentez des professionnels de très haut niveau attachés à la qualité des produits alimentaires, qualité qui fait la renommée de la France. [...] Vous incarnez des métiers de proximité qui gagnent en succès dans la crise que nous traversons, et les 1 300 entreprises présentes sur le marché de Rungis font de vous des acteurs du lien social avec l'ensemble de nos compatriotes. Rungis est une vitrine extraordinaire des produits et des terroirs français que vous faites vivre. Vous vous imposez comme le plus important marché de gros de produits frais au monde, ce qui est une réussite exceptionnelle. Vous me donnez l'occasion de vous dire à quel point je suis attaché au développement d'une production agro-alimentaire de qualité en Europe.

Les Français de l'étranger, quand y en a un, ça va, c'est quand y en a plusieurs...

Pire que le discours du muguet, il y a les réceptions des Français de l'étranger lorsque le Président est en voyage officiel. L'exercice n'est vraiment pas facile: après avoir débité quelques banalités sur le pays en question, il faut bien papoter avant de boire le champagne. Nicolas Sarkozy en profite toujours pour rappeler qu'il a tenu un de ses engagements de campagne: la gratuité de l'école pour les Français de l'étranger qu'il impose progressivement année par année. Attention, disque rayé (heureusement que Sarkozy s'extrait un peu de ses notes, sinon on aurait certainement le droit à un copié-collé intégral)

N'Djamena, Tchad, 27 février 2008

Alors certains disent mais pourquoi vous avez commencé par la terminale? Il eut fallu commencer par la maternelle. J'ai commencé par la terminale parce que c'est l'année la plus chère. Et si j'avais commencé par la maternelle, on m'aurait dit pourquoi vous commencez par la maternelle, alors qu'il fallait commencer par la terminale? Alors il fallait faire un choix, je l'assume.

Tunis, Tunisie, 29 avril 2008

Alors, enfin, on me dit pourquoi tu as commencé par la terminale. Si j'avais commencé par la maternelle, on m'aurait pourquoi tu as commencé par la maternelle. Eh bien j'ai commencé par la terminale, parce que c'était plus cher et je me disais que je me ferais moins attraper en commençant par la terminale que par la maternelle.

Luanda, Angola, 23 mai 2008

Alors on me dit: «mais pourquoi vous avez commencé par la terminale?», si j'avais commencé par la maternelle on m'aurait dit: «pourquoi vous avez commencé par la maternelle?». D'abord, il fallait bien commencer par quelque chose, et j'ai pensé que c'était plus utile de commencer par l'année qui coûte le plus cher.

Athènes, Grèce, 6 juin 2008

Evidemment, il y a certains qui disent: pourquoi vous n'avez pas commencé par la maternelle? J'aurai commencé par la maternelle, on m'aurait dit pourquoi je n'ai pas commencé par la terminale. Mais surtout, j'ai voulu commencer par l'année la plus chère pour que vous puissiez constater la générosité des pouvoirs publics français!

Prague, République Tchèque, 16 juin 2008

On me dit: «pourquoi avez- vous commencé par la terminale?». Si j'avais commencé par la maternelle on m'aurait dit: «pourquoi avez-vous commencé par la maternelle?». J'ai commencé par la terminale parce que je pensais que c'était l'année la plus chère. Et puis il fallait bien commencer par quelque chose.

Madrid, Espagne, 27 avril 2009

On m'a dit: «mais pourquoi avez-vous commencé par la terminale, vous auriez pu commencer par la maternelle?». Si l'on avait commencé par la maternelle, on m'aurait dit: «pourquoi n'avez-vous pas commencé par la terminale?». Moi, j'ai souhaité que l'on commence par la terminale pour une raison simple: c'est parce que la scolarité est plus chère en commençant par la terminale qu'en commençant par la maternelle et qu'il m'a semblé plus juste de faire les choses ainsi.

Brasilia, Brésil, 7 septembre 2009

On me dit: «pourquoi  vous ne commencez pas par la maternelle?» Parce que par la terminale, cela coûtait plus cher! Si j'avais commencé par la maternelle, on m'aurait dit: «pourquoi, vous ne commencez pas par la terminale?».

Les jeunes, faut toujours leur dire 2 fois

Les nègres de Sarkozy sont parfois plus malins qu'ils n'en ont l'air. Comme un lycéen qui pompe sur son voisin et réécrit soigneusement ses phrases pour essayer de ne pas se faire choper, le discours sur l'emploi des jeunes du 15 juillet tente de nous faire croire que c'est du tout neuf. Mais il ne trompera personne: si les phrases sont parfois retravaillées, la structure est strictement la même que celle du discours du 24 avril.

Jouy-le-Moutier, 24 avril 2009

Premier principe, le refus des fausses solutions. Je les entends bien ceux qui disent «vous savez, si vous nous laissiez faire partir des seniors en préretraites, cela ferait de la place pour les jeunes...». On a raconté ce mensonge aux Français pendant trente ans. Certains y ont cru. Et le résultat, c'est que nous subissons à la fois les taux d'emploi des jeunes et des seniors parmi les plus faibles de l'OCDE. Qui peut oser dire que c'est une stratégie gagnante? Si elle l'était, la France ferait assurément depuis trente ans la course en tête.

Deuxième idée fausse, celle d'un emploi au prix d'une précarisation accrue. Je veux que les jeunes accèdent à un vrai emploi, à un vrai contrat de travail. Je ne peux pas comprendre une conception de la jeunesse qui conduirait à sous-payer les jeunes, à leur donner moins de garanties. Franchement, faire cela, est-ce miser sur la jeunesse?

Troisième principe, tout faire pour proposer aux jeunes des emplois dans le secteur marchand, dans les métiers dynamiques de notre économie, qui connaissent de vrais besoins et qui seront les premiers à rebondir après la crise. Et lorsqu'on proposera aux jeunes des emplois dans le secteur non marchand, il faudra que ce soit pour leur permettre d'acquérir descompétences transférables ensuite dans le secteur privé.

Troisième idée fausse, une nouvelle usine à gaz, qu'on mettrait des mois à mettre en place, à laquelle personne ne comprendrait rien et dont on se rendrait compte, in fine, qu'elle n'a eu aucun effet. [...]

Mon deuxième principe, c'est d'apporter une réponse à tous les jeunes. [...]

Elysée, 15 juillet 2009

Le premier [principe], c'est le refus des fausses solutions. [...] Si vous saviez le nombre de gens qui viennent me dire "laissez-nous faire partir des seniors en préretraites, cela fera de la place pour les jeunes...". [...] Que les choses soient entendues, je suis prêt au partenariat, à la concertation, au dialogue mais cela fait trop longtemps que l'on raconte des balivernes aux Français. S'il suffisait de faire partir les plus de 55 ans en préretraites pour donner du travail aux jeunes, on se demande bien pourquoi la France est de tous les pays européens celui qui a le moins de quinquagénaires au travail et le plus de jeunes au chômage. [...]

La deuxième idée fausse, et je vais fermer la porte avec la même force, est que les jeunes ne pourraient accéder à l'emploi qu'au prix d'une précarisation accrue. Je le dis tout net, je ne l'accepterai pas. Les jeunes doivent avoir un vrai emploi, une vraie formation, un vrai contrat de travail. Ce n'est pas en sous-payant les jeunes, en leur donnant moins de garanties qu'on leur donne confiance et qu'on prépare
l'avenir. [...]

Troisième idée fausse, c'est croire aux remèdes miracles, aux usines à gaz, qu'on mettrait des mois à mettre en place, auxquelles personne ne comprendrait rien et dont on se rendrait compte, in fine, qu'elles n'ont eu aucun effet. [...]

Deuxième principe, Je voudrais que l'on apporte une réponse à tous les jeunes. [...]

Troisième principe, tout faire pour proposer aux jeunes des emplois dans le secteur marchand, dans les métiers dynamiques de notre économie, qui connaissent de vrais besoins et qui seront les premiers à rebondir après la crise. Et lorsqu'on propose aux jeunes des emplois dans le secteur non marchand, il faut que ce soit pour leur permettre d'acquérir des compétences qui seront transférables du secteur non marchand au secteur marchand.

A noter que le nègre du Président, certainement un peu fatigué, n'a pas tout recopié. Dans le discours du 24 avril, il y a 5 grands «principes». Dans le discours du 15 juillet, surprise, il n'y en a plus que 3. Sarkozy qui perd ses principes ? Peut-être l'usure du pouvoir.

[Edit 1: Rajout de la découverte du site MaCommune.info. Edit 2: Rajout des Français à l'étranger]

Vincent Glad

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Image de Une: Nicolas Sarkozy lors de son discours à Poligny, REUTERS/Philippe Wojazer

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