Economie

Après les TGV d'Alstom, l'État va-t-il acheter du lait, des Airbus ou faire bâtir 300 tours Eiffel?

Eric Le Boucher, mis à jour le 04.10.2016 à 15 h 54

Le sauvetage d'Alstom par l'achat de rames de TGV pour des lignes inter-cités pourrait donner des idées à bien d'autres secteurs en difficulté. Courage, achetons!

SEBASTIEN BOZON / AFP

SEBASTIEN BOZON / AFP

Qu’à cela ne tienne. Il faut ce qu’il faut. On n’a rien sans rien. Pour sauver 400 emplois à Alstom-Belfort à huit mois de l’élection présidentielle, le gouvernement a décidé que l’État achèterait lui même des rames de TGV. Comme la SNCF n’en a plus besoin, elle vient de faire le plein de son carnet de commande, l’idée est de les mettre sur les liaisons hors SNCF, les inter-cités comme Bordeaux-Marseille et Lyon-Turin. Des trains à grande vitesse pour rouler sur les lignes à petite vitesse? La locomotive est surdimentionnée. Et alors? Il faut ce qu’il faut.

L’idée est à suivre. Il y a beaucoup de choses à sauver en France à huit mois de l’élection. Il faut donc agir. La boîte à idées est ouverte, façon Alphonse Allais.

Les trains d’accord mais les bateaux? Alstom détenait les Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire. La situation est très bonne, 6.000 emplois, et des embauches pour fabriquer les grosses commandes de gros paquebots. Mais sait-on jamais? Si les croisiéristes changent d’avis et si le tourisme plonge? Il faut prévoir. L’État doit acheter des palaces flottants. Mettons une dizaine. Qu’en faire? Loger des réfugiés. On devra casser les ponts pour remonter les bateaux jusqu’à Paris. Face aux Tuilleries, belle vue garantie.

Des Airbus sur l'autoroute

Pour créer des emplois chez Airbus, c’est facile. L’État doit acheter des avions. Première idée: mettre des A380 sur les lignes intercités, genre Paris-Nantes ou Lille-Montpellier. Surcapacité? C’est là le truc: les prix vont baisser. Et, comme pour la SNCF réticente, si Air France fait la tête, on pourra refiler les avions pas cher à Raynair ou Germanwings. Faut ce qu’il faut. Deuxième idée, couper les ailes des avions et en faire des bus Macron. Top ça, vous voyez le luxe: l’Airbus qui double sur l’autoroute?

L’État doit aussi, pour sauver l’acier français et les vallées lorraines, refaire mille tours Eiffel

Les Alpine de Renault sont un pari risqué. Les 290 emplois de l’usine de Dieppe pourraient être menacés. L’État doit acheter des bolides. Pas seulement pour les donner aux gendarmes, comme dans les années 1970. Non, cela ne suffira pas. Le mieux est de les filer à La Poste. Voilà enfin le moyen de remplir la promesse du J+1. La postière vroom-vroom!

L’État doit aussi, pour sauver l’acier français et les vallées lorraines, refaire mille tours Eiffel. Ensuite, soit les donner à qui veut, soit en faire des antennes, des éoliennes ou, l’idéal, tendre des cordes entre elles pour faire sécher le linge de la République.

Résoudre la crise du lait

Passons à l’agriculture puisque l’industrie n’est pas seule à souffrir, loin de là. Les producteurs de lait sont en crise. Le prix est trop bas, les capacités en excès. L’idée Alstom est que l’État achète mettons pour bien faire 5 millions de tonnes, un cinquième de la production nationale. Voilà de quoi assainir le marché qui se sauve. Qu’en faire? Ah, qu’en faire? Les donner à boire aux enfants des écoles, ça fera gauche-Mendes.

Mais, j’en suis sûr, après une interministérielle de huit heures, le gouvernement renoncera à ce débouché. Les ligues anti-lait sont devenues trop puissantes, elles partiront en guerre contre la caséine maléfique. Alors? Les mettre au frigo? Oui, mais Bruxelles les vide les frigo. Donc? La solution Alstom est de donner ce lait à boire aux vaches. Ça ne peut pas leur faire de mal, à elles.

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (521 articles)
Journaliste
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