Faites un geste pour la planète: roulez en Porsche

Comment une voiture de collection peut être plus écolo qu'une hybride.

C'est une journée d'août étonnement fraîche pour la saison, et je fonce dans les virages d'une deux voies, bien installé au volant d'une Porsche 911 argentée de 1966. Son propriétaire, assis à la place du passager, col de chemise relevé, tente d'adopter un air nonchalant alors que j'accélère et que je passe la troisième. Les arbres deviennent flous.

«Il y a des radars par ici» me prévient-il. «Vous feriez peut-être mieux de ralentir.»

Il a raison, et pas seulement à cause des radars. S'il est tentant de laisser la Porsche dépasser les 130 km/h, il est plus facile de repérer les défauts d'une voiture de seconde main à vitesse plus réduite, quand le vent et le bruit du moteur ne couvrent pas les frottements, cliquetis et autres secousses.

D'un pur point de vue logique, en termes de moyen de transport pratique, la fusée en forme de crapaud que je suis en train d'essayer est un choix effarant. Elle est aussi difficile qu'onéreuse à réparer, et vomit du carbone comme une vraie usine à charbon. Elle ne dispose que de ceintures ventrales, pas d'airbag et pèse moins lourd que le tiers d'un gros 4X4. Avec ça, une collision frontale ne pardonne pas. Pourtant elle est incroyablement belle, et c'est exactement ce que je cherche. Je bave devant la Porsche 911 depuis que j'ai 10 ans. Et j'ai enfin le moyen de faire une place à cette voiture dans ma vie.

Au printemps 2007, ma femme et moi avons vendu notre Volvo et avons choisi les transports en commun. Depuis, fini les embouteillages, le garage, l'essence et les frais d'assurance. Avec l'argent économisé, j'ai ouvert un compte en banque «hot rod» [voiture ancienne bricolée] dédié à la conduite plaisir. Les transports en commun financent ma Porsche.

Je parcours 32 000 km chaque année entre ma maison à Baltimore et mon travail à Washington D.C. Je prends le train et le métro. Les billets (plus les voitures de location pour les vacances, le bus, les pneus de vélo et un taxi de temps en temps) me coûtent autour de 3 100 dollars par an soit 6 000 dollars de moins qu'en Toyota Camry. Je verse la différence dans mon fonds Porsche.

Comme beaucoup d'Américains, j'adore conduire. Mais dans les grandes villes et leurs environs, «conduire» signifie généralement rouler au ralenti dans les bouchons, prisonnier de voitures aussi utilitaires et peu inspirantes que des lave-linge. C'est abrutissant et sale. Et c'est cher, aussi. Selon l'American Automobile Association, si je devais effectuer mes 32 000 km de transports dans une Toyota Camry, je dépenserais 9 100 dollars par an en essence et en frais comprenant l'assurance, l'entretien et la dépréciation. S'il y avait un indicateur sur le tableau de bord pour mesurer l'argent dépensé à chaque mile parcouru, l'aiguille serait bloquée à 45,5 cents. Et, selon les statistiques du ministère des Transports, ces trajets libéreraient plus de 6 800 kg de CO2 dans l'atmosphère. Une Toyota Prius réduit ces chiffres quasiment de moitié-un petit coup de vert, mais rien comparé aux transports en commun associés à quelques virées le week-end dans une voiture classique.

À l'instar de nombreux anciens ados amateurs de hot rods, j'ai vu le quotient de coolitude de mes voitures baisser à mesure que ma carrière professionnelle et mes aspirations s'élevaient. J'ai grandi dans les années 1980, dans une ville à une heure au nord-est de Détroit. À 16 ans, je faisais le tour du centre-ville le samedi soir dans un pickup Chevrolet de 1960 que mon père et moi avions repeint en rouge. Ensuite ce fut une Chevrolet Nova 1963. À la fin de mes études, je conduisais une Plymouth Belvedere 1966 avec un V8 de 440 cubic inches sous le capot et un pont arrière positraction-l'une des voitures les plus rapides parmi les plus rapides de ma classe. J'adorais ces voitures qui m'inspiraient une vraie tendresse, comme des petites amies de lycée, bien que toutes m'aient laissé en rade au bord de la route plus souvent qu'à mon tour.

La chute dans la catégorie des génériques m'est arrivée quand j'ai vendu la Plymouth pour payer l'université. Elle s'est poursuivie au cours des 17 années qui ont suivi dans un brouillard de Volkswagen, Subarus et même une Chevrolet Cavalier bleu clair particulièrement atroce. Après notre mariage, ma femme et moi avons eu deux Volvo, à chaque fois le pur symbole du break comme moyen de transport sûr, fiable et insipide. L'agréable grondement du tuyau d'échappement des vieilles voitures continuait de me faire tourner la tête, mais une suceuse de carburant ne convenait pas à mon style de vie.

Si l'on doit croire ce qu'affichent les autocollants des pare-chocs, les autos gloutonnes en carburant ne devraient convenir à aucun style de vie. Les hot rods, comme les SUV, symbolisent les mauvaises politiques de l'anti-écologie. L'industrie automobile, ravie de commercialiser ce sentiment, a réagi en proposant des voitures frugales en carburant, des hybrides ou tout électriques, et promet des véhicules «encore plus verts.» Pourtant, abandonner votre Prius et mettre une voiture ancienne dans votre garage est peut-être la meilleure chose à faire pour la planète.

Les données scientifiques montrent que réduire le kilométrage effectué dans des automobiles personnelles est bien plus efficace pour diminuer les émissions de carbone qu'améliorer la consommation d'essence. Et c'est exactement l'effet d'une voiture complètement inadaptée aux transports quotidiens. Conduire une voiture ancienne pour une bonne petite virée de temps en temps, c'est comme savourer un cookie tout chocolat au lieu de s'envoyer une boîte de confiseries réduites en matières grasses. Un petit bout ça ne peut pas faire de mal. Et c'est bon pour le moral.

Abandonner la voiture comme moyen de transport quotidien peut sembler décourageant, mais se défaire ce cette habitude est assez simple, au moins en ville, où l'accès aux bus, au métro, aux taxis et aux pistes cyclables fait de la possession d'une voiture une marque de paresse suprême. Le samedi, j'enfourche mon Trek pour parcourir les 4 km jusqu'au magasin d'alimentation Whole Foods et je rapporte les courses à la maison dans un grand sac à dos de randonnée. Les conserves et autres produits lourds vont dans le fond. Les tomates et les pêches sur le dessus. Quand il pleut ou qu'il neige, je prends le bus.

Si cela vous semble une tannée, voyez plutôt mes amis qui ont une voiture-les tickets de parking, les sabots, les fenêtres brisées, les rétroviseurs en miettes et les objets volés. La conduite en ville est chère, frustrante et sale. Pourtant, même les Américains les plus progressistes continuent de payer l'impôt automobile pour un véhicule qu'ils n'aiment pas.

Dans Risky Business, le personnage de Tom Cruise s'affranchit avec l'aide d'une très belle prostituée et d'une voiture stupéfiante. Pour cet adolescent rural, la Porsche 928 au nez de requin qui finit dans les eaux du Lac Michigan est pratiquement aussi exotique que Rebecca De Mornay. Et tout aussi hors de portée. En 1983, un modèle de base de la Porsche 928 coûtait presque 40 000 dollars, soit le prix d'une jolie maison dans ma ville.

Un quart de siècle plus tard, beaucoup d'anciennes voitures de rêve, la Porsche 928 comprise, sont retombées au prix d'un bon vieux minibus d'occasion. De superbes 928 partent aujourd'hui pour 10 000 dollars. Un exemplaire correct en vaut la moitié. Mais quand quelque chose casse, la réparation est très chère, en imaginant que vous trouviez un garagiste qui se souvienne comment travailler sur une machine de cet âge-là. La lutte pour entretenir une voiture de sport servant au quotidien a poussé plus d'un propriétaire dans un siège d'Hyundai. Les voitures anciennes, ce sont des jouets, pas des moyens de transport.

Certains ont les deux. Ils effectuent leurs trajets réguliers dans des cocons climatisés à transmission automatique et gardent leur décapotable du week-end bien au chaud dans le garage. La plupart d'entre nous, cependant, sont obligés de faire un choix. Et la plupart ne font pas le bon. Quand ma Porsche tombera en panne, je la désosserai pour la réparer. Si elle est immobilisée pendant un an, j'irai au travail comme d'habitude-en train.

Au bout de deux ans et demi, mon compte affiche 15 000 dollars. Je ferais sans doute mieux de tout investir à Wall Street ou de rembourser mes prêts d'étudiant. Au lieu de ça, j'ai fait des essais au volant de Porsche vintages dans tout le mid-Atlantic, passé un temps fou au téléphone avec des propriétaires dans des États aussi lointains que celui de Washington (côte ouest), et perdu des heures de sommeil à écumer Internet à la recherche de la «bonne».

Alors que je fuis la ville à toute berzingue dans la Porsche 1966 à la vitre latérale lézardée, c'est le moment de prendre une décision. Cette voiture, c'est la Porsche parfaite pour les 16 000 dollars qu'en demande son propriétaire. Mais ce n'est pas cher pour ce modèle, et il y a une bonne raison à cela. Une bulle de peinture au-dessus de l'aile arrière révèle une carrosserie en mauvais état. Des boursouflures de rouille apparaissent sous les portières. Pire encore, le propriétaire ignore combien de kilomètres affiche le moteur refait.

C'est une version magnifique, mais très imparfaite, de la voiture de mes rêves. Je vais vers un terrain vague, je me gare et je prends la place du passager. Le propriétaire me reconduit au métro. Et mon compte hot rod continue de grossir.

Joe Eaton, journaliste à Washington, D.C. Il blogue sur l'automobile sur Rumblenote.com.

Traduit par Bérengère Viennot

Lire également sur l'automobile: Des berlines surpuissantes pour frimer... discret et Pourquoi Toyota vend une voiture à 250 000 euros?

Image de Une: Porsche 911 GT3


Partager cet article