Culture

Cycles École à l’écran, une récréation et une formidable leçon de transmission

Temps de lecture : 2 min

Au cours des semaines qui viennent, deux programmations contribuent à un survol instructif des représentations de l’école, et de l’enseignement, au cinéma.

L'Argent de poche, de François Truffaut.
L'Argent de poche, de François Truffaut.

Abbas Kiarostami aurait été content, lui pour qui les enjeux de transmission (plutôt que d’enseignement) étaient essentiels, y compris à sa pratique de cinéaste. Cet automne, deux grandes programmations se consacrent aux représentations de l’école au cinéma, selon deux axes différents.

Sous l’intitulé Épique école, le mois du documentaire, comme son nom l’indique, montre 32 films relevant de ce genre, selon des modalités très variable. Le Forum des images, de son côté, présente 70 titres à l’enseigne de son programme Cas d’école(s), principalement ce qu’il est convenu d’appeler des films de fiction.

Où est la maison de mon ami? d'Abbas Kiarostami

Kiarostami est d’ailleurs le seul à figurer dans les deux programmes avec des films différents, le chef-d’œuvre Où est la maison de mon ami? ici, l’admirable documentaire Devoirs du soir là –tandis que Nicolas Philibert se retrouve également dans les deux programmes, mais avec le même Être et avoir.

Sans bien sûr prétendre à aucune exhaustivité, le rapprochement de ces deux programme permet une vue d’ensemble de la manière dont le cinéma aura pris en charge les enjeux liés à l’école.

L'institution scolaire en question

Épique école s’ouvre avec le récent et remarquable Révolution École 1918-1939, de Joanna Grudzinska, et fait une bonne place aux expérimentations pédagogiques. Surtout, avec notamment des films de Jean-Michel Carré (invité d’honneur de la manifestation), Frederick Wiseman, Johan Van Der Keuken ou Mariana Otero, le programme interroge les attentes envers l’institution scolaire en termes de démocratie, d’égalité des chances, de construction d’une appartenance commune au monde et à la société.


«Enseignants, héros ordinaires», «Intégration, inclusion, une école de la mixité» et «Enseigner autrement, apprendre différemment», les intitulés des trois sections du programme, y compris avec ses hésitations légitimes sur le vocabulaire, dessinent le périmètre d’une réflexion «citoyenne».

Elle inclut le retour sur des expériences historiques, comme celle du pédagogue soviétique Makarenko, ou Summerhill en Angleterre et Barbiana en Italie, et documente les souffrances et les paradoxes auxquels est confronté de «corps enseignant» devenu dans bien des cas un grand corps malade.

La programmation du Forum des images ne néglige évidemment pas ces angles d’approche, avec des films tels qu'Entre les murs, L’Esquive ou Nous, princesses de Clèves.

L'école qui opprime et l'école qui libère

Au motif de l’école qui enferme et opprime, contre laquelle Zéro de conduite de Jean Vigo demeure le manifeste inégalé et dont Les Enfants de Marguerite Duras offrira la critique la plus fine (et la plus drôle), répond la richesse et la subtilité de la relation maître-élèves/disciples, génialement mise en scène par Madadayo, le dernier film d’Akira Kurosawa.

Madadayo d'Akira Kurosawa

De François Truffaut (Les 400 Coups, L’Argent de poche) à Yasujiro Ozu (Le Fils unique, Il était un père, Bonjour) et à Federico Fellini (Amarcord), c’est moins l’école que l’enfance qui est au centre de nombre de films présentés –ou l’adolescence, chez Christophe Honoré (La Belle Personne) ou Noémie Lvovsky (Camille redouble). Seule justification de leur présence, mais de taille: ce sont des bons films.

Juliet Berto et Jean-Pierre Léaud dans Le Gai Savoir de Jean-Luc Godard

Plus rares et plus stimulants sont à cet égard les films qui ont entrepris de se faire eux-mêmes enseignants. Non pas tant ceux qui illustrent par l’image un cours –ce que fit jadis, parfois remarquablement, la télévision scolaire, et ce qu’explorent de manière encore balbutiante les MOOC.

Mais ceux qui s’appuient sur les ressources propres au langage cinématographiques, au montage, à la circulation entre image et son, aux changements d’axes et de distance –exemplairement ceux du Jean-Luc Godard des années 1967-1980.

Mais le peu de suite qu'aura eu cette tentative, ou ce qui fut, malgré la reconnaissance, la solitude de Kiarostami, indique aussi, malgré des films passionnants mais restés marginaux, tels L'Apprenti de Samuel Collardey, la difficultés de mobiliser les ressources pourtant immenses du cinéma en la matière. Sauf bien sûr, et c'est au fond l'essentiel, lorsque des pédagogues, enseignants ou non, s'en emparent avec passion.

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