Economie

Comment éviter une nouvelle crise financière

Eliot Spitzer, mis à jour le 10.11.2009 à 6 h 45

La commission Angelides, créée par le Congrès américain, doit éclairer les zones d'ombre qui subsistent sur l'origine de la crise.


Quand on met en place une commission, c'est généralement pour retarder une décision difficile à prendre, ou pour qu'un consensus puisse s'établir sur une réponse douloureuse à un problème sérieux. Mais rarement pour creuser réellement une question. La commission Angelides, créée cet été par le Congrès américain pour enquêter sur la crise financière, pourrait toutefois être une commission de ce type, si elle parvient à recueillir les données concrètes qui nous échappent encore sur certaines questions cruciales et qui permettront de prendre les bonnes décisions à l'avenir.

Nous en savons déjà bien plus sur ce qui s'est passé l'an dernier que lorsque la légendaire commission Pecora a été mise sur pied en 1932, pour enquêter sur le Krach de Wall Street. Nous savons quelles pratiques bancaires et quels échecs des mécanismes de régulation nous ont amenés droit dans le mur. Mais il reste d'importantes zones d'ombres à éclaircir pour la commission: quatre questions d'ordre structurel qui n'ont pas encore reçu l'attention qu'elles méritent, ainsi qu'une transaction spécifique qui demeure très, très ambiguë.

Première question structurelle sur laquelle Phil Angelides et ses collègues devraient se pencher: que savaient les conseils d'administration de l'état des sociétés qu'ils contrôlaient et pourquoi les ont-ils si peu protégées? La commission devrait chercher quelles informations les membres des conseils d'administration avaient entre leurs mains en matière de risque et de levier financier, et déterminer dans quelle mesure ces informations étaient justes. Nous avons besoin de comprendre exactement de quoi les administrateurs de Citi, Lehman, Merrill, Goldman et Bank of America étaient au courant. Retracer le chemin de l'information permettra aussi de comprendre si le risque a été mal évalué à la source, s'il a été ignoré par ceux qui étaient tout au bout de la chaîne, ou s'il a été filtré au cours de cette chaîne.

Deuxièmement, la commission Angelides devrait fouiller dans les processus de rémunération des entreprises. Qu'ont dit et fait précisément les conseillers en rémunération et les comités de rémunération, et pourquoi? J'ai une fois enquêté dans ce domaine et je suis tombé sur un véritable embrouillamini de conflits et un flux de l'information aberrant. (Si vous avez le temps et l'envie de lire l'histoire terrifiante d'une défaillance d'entreprise, consultez le rapport de Dan Webb sur le package de rémunération de Dick Grasso.) La commission devrait disséquer les emails, trouver les métriques qui ont été utilisées par les conseillers en rémunération et déterminer quelles informations avaient reçues les comités de rémunération de chacune des entreprises renflouées par l'Etat. Je parie qu'elle trouverait un tas de conflits d'intérêt - par exemple des consultants dont la paie dépend du bon vouloir des PDG dont ils sont censés déterminer les packages de rémunération.

Troisièmement, les agences de notation doivent être mises à nu. Nous savons qu'il y a un conflit d'intérêt inhérent dans la façon dont elles sont payées, mais nous ne savons pas finalement si leurs capacités d'analyse sont bonnes, mauvaises, ou quelque part entre les deux. En examinant leurs véritables modèles financiers, on devrait découvrir s'ils étaient aussi sophistiqués que possible - ou  inexcusablement désordonnés.

Quatrièmement, la commission doit étudier à la loupe la branche new-yorkaise de la réserve fédérale. La Fed de New York était au cœur de chaque transaction majeure pendant la crise. Et c'est elle qui supervisait surtout, avant la crise, les établissements et les marchés de crédit. Comment a-t-elle évalué le risque, l'effet de levier financier et la stabilité de la dette qui s'était accumulée ces dernières années ? Qu'ont dit les responsables de la Fed new-yorkaise aux responsables des banques avant et pendant la crise ? La Fed a réussi à passer à travers les mailles de la surveillance pendant des années ; il faut y mettre fin. Cette enquête est essentielle. Tim Geithner, l'ancien patron de la Fed de New York, et Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, ont mal anticipé l'impact des défauts de paiement des subprime sur les marchés de crédits en général. Etait-ce à cause d'un mauvais travail d'analyse au sein de la Fed ? La réponse aura d'énormes implications sur la question de l'institution à laquelle il faut confier le fameux pouvoir de régulation du "risque systémique".

La commission Angelides devrait enfin également demander à voir tous les documents concernant le prêt d'AIG, ceux de la Fed comme ceux d'AIG.

Si la commission parvient à enquêter sur ces cinq points et promet de rendre public ses documents, on sera que ce qu'elle dit est vrai et elle aura vraiment servi l'intérêt public. La rancœur populiste n'est pas meilleure guide politique que la rhétorique libertaire. Seuls des faits prouvés - des informations que la commission peut rassembler - permettront au débat de s'élever au-dessus de ces deux positions.

Eliot Spitzer, ancien gouverneur démocrate de l'Etat de New York

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