Santé

L'«autophagie», du Nobel de médecine au recyclage écologique des déchets

Temps de lecture : 3 min

Le prestigieux prix suédois, attribué à Yoshinori Ohsumi, vient compléter celui accordé en 1974 au Pr Christian de Duve. Leurs travaux de biologie cellulaire ne sont pas sans résonances avec les préoccupations écologiques de dégradation et de recyclage.

Yoshinori Ohsumi, prix Nobel de médecine 2016. TORU YAMANAKA / AFP
Yoshinori Ohsumi, prix Nobel de médecine 2016. TORU YAMANAKA / AFP

«Autophagie». Pour un peu, le thème des recherches de Yoshinori Ohsumi effraierait. Lauréat du Nobel de médecine et de physiologie 2016, ce spécialiste japonais de biologie cellulaire est primé, à l’âge de 71 ans, pour son décryptage de l’une des faces obscures du vivant: les processus de dégradation et de recyclage de certains composants cellulaires. Des processus étroitement associé à la perpétuation de la vie mais qui ne sont apparus, en tant que concept biologique, que dans les années 1960, soit à la même époque que le développement des notions écologiques de recyclage. Est-ce un hasard?

Autophagie, du grec αυτο, «soi-même», et φαγειν, «manger». On parle aussi d’«autolyse» –un terme également utilisé pour désigner le suicide ou, en médecine légale, la destruction du corps après la mort. A l’échelon de la cellule d’un organisme vivant il s’agit, schématiquement, de comprendre de quelle manière l’entité cellulaire se dégrade du fait même de quelques-uns de ses organites, dénommés lysosomes. On peut distinguer ici une forme de métamorphose paradoxale et microscopique, invisible aux yeux de la majorité des mortels. Car c’est bien la dégradation programmée des constituants intracellulaires qui permet le maintien de la vie via l’homéostasie cellulaire.

De nombreux processus physiologiques aux frontières du pathologique

Yoshinori Ohsumi a d’abord démontré l’existence de mécanismes d’autophagie chez des levures, en les «affamant». Puis il s’est patiemment attelé à décrypter les principaux gènes clés impliqués dans ces processus. Il a ensuite poursuivi ses travaux en montrant que des mécanismes comparables sont à l’œuvre dans les cellules humaines.

Ce patient et brillant travail a conduit à une nouvelle dimension dans notre lecture de la manière dont nos cellules recyclent normalement leur contenu. Mais il a aussi ouvert la voie à la compréhension de l'importance fondamentale de l'autophagie dans de nombreux processus physiologiques aux frontières du pathologique, comme l'adaptation du corps à la famine ou sa réponse aux agents infectieux. Le comité Nobel souligne aussi que ses travaux ont permis de prendre la mesure génétique du phénomène: des gènes impliqués dans les mécanismes d’autophagie peuvent être impliqués dans divers mécanismes observés lors de maladies cancéreuses ou neurologiques.

Tout avait commencé, ici, au milieu du siècle passé avec la découverte de la très grande hétérogénéité du contenu de chacune des cellules qui constituent les tissus eux même constitutifs des organes. On a ainsi identifié différents constituants, chacun spécialisé dans certaines activités du métabolisme cellulaire: des «organites» (organelles en anglais). Il y avait là des «compartiments cellulaires» contenant des enzymes capables de digérer les protéines, les hydrocarbones et les lipides.

«Nous exploitons d'une manière exagérée toutes les ressources du monde»

Le Comité Nobel prend soin de rappeler ce que les travaux du nouveau lauréat doivent à ses prédécesseurs –et tout particulièrement aux travaux de Christian René Marie Joseph, vicomte de Duve (1917 - 2013), prix Nobel de médecine 1974 pour la découverte du lysosome et, au-delà, du concept d’autophagie. Au-delà du noyau et de ses doubles hélices d’ADN, celle nouvelle donne conférait une dimension dynamique au reste de l’ensemble cellulaire. Il ya avait là une machinerie qui retraitait les éléments constitutifs de la cellule et lui permettait ainsi de continuer à vivre tout en s’adaptant aux besoins, fluctuants, de l’ensemble. L’image souvent retenue pour le lysosome est ainsi celle de la «station d’épuration».

Perfectionnant les techniques de séparation des constituants cellulaires par centrifugation précédemment mise au point mises au point par le biochimiste belge Albert Claude (1898-1983) le Dr Christian de Duve avait ouvert de larges espaces qui ont conduit à la naissance de la biologie cellulaire, et il a ainsi mis en évidence que les cellules ne peuvent vivre sans absorber, détruire et recycler. C’est cette même dynamique qui commençait, alors, à prendre une nouvelle dimension avec l’envol politique de la réflexion écologique.

Humaniste et auteur prolixe (ses principaux ouvrages ont été édités en français chez Odile Jacob), Christian de Duve avait multiplié les contacts avec la presse peu avant sa mort. Il déclarait alors son inquiétude pour l'avenir de l'humanité et de la planète: «Nous exploitons d'une manière exagérée toutes les ressources du monde, confiait-il. Nous risquons d'aller à notre perte si nous ne faisons pas quelque chose.» Yoshinori Ohsumi poursuivra-t-il l’œuvre, pédagogique et politique, de son illustre prédécesseur?

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