Culture

Le scientifique, ce nouveau héros hollywoodien

Temps de lecture : 3 min

À l’occasion de la 26e édition de la Fête de la Science, du 8 au 16 octobre 2016, CINE + propose une programmation spéciale La science fait son cinéma, avec un documentaire inédit sur la représentation du scientifique au cinéma, Sciences/Fiction. Parce qu'après plus d'un siècle de pellicules, le personnage a bien changé.

Matthew McConaughey dans le film «Interstellar». (via Allociné)
Matthew McConaughey dans le film «Interstellar». (via Allociné)

CONTENU SPONSORISE - Il a l'air impavide, derrière le casque de sa combinaison. Dans Interstellar, Matthew McConaughey paraît presque flegmatique dans son rôle de pilote et ingénieur d'une expédition spatiale censée trouver à l'humanité un nouveau foyer. Pourtant, l'acteur prend toute la place et transforme cette épopée scientifique en une véritable aventure.

Un peu à l'image de l'adaptation des scientifiques au cinéma. Quoi ? Vous n'avez pas remarqué que la science est devenue bankable dans les salles obscures ? Il n'y a qu'à voir les derniers biopics (les films biographiques) sur grand écran : Imitation Game (2014) raconte l'histoire d'Alan Turing – interprété par l'immense Benedict Cumberbatch –, mathématicien à la base de l'intelligence artificielle. Une merveilleuse histoire du temps (2014) narre la jeunesse du physicien Stephen Hawking et The Man Who Knew Infinity (2016) raconte l'histoire du mathématicien Srinivasa Ramanujan.

Films rentables

Cet essor de films centrés sur les scientifiques va de pair avec l'évolution de la science-fiction au cinéma. Alors qu'il n'y avait que six films de science-fiction en moyenne parmi les cinquante films les plus rentables dans les années 90, le nombre est monté à environ vingt-cinq dans la première décennie des années 2000. Comme en témoigne le succès d'Interstellar, les spectateurs sont friands de ces aventures mêlées à la science.

Et le scientifique, personnage principal, a muté dans ce sens, bien aidé par les réalisateurs. Dans la superproduction Avatar, James Cameron a confié que le personnage de Sigourney Weaver, une xénobotaniste, avait été créé parce que «les scientifiques sont en général des minables ou des méchants [dans les films, ndlr]. Je voulais rendre hommage à leur intelligence et à leur passion».

Une recherche Google permet de vérifier l'idée de Cameron. Si on tape «scientist in movies», l'idée qu'Internet a du scientifique est au mieux un personnage extravagant, au pire un fou dangereux. La preuve, il y a même le Dr. Denfer, le méchant de la trilogie Austin Powers.

C'est l'image du Dr. Frankenstein dans les films des années 30 qui instaure l'idée que l'homme (ou la femme) de science est un savant fou. Une personne vieille avec les cheveux blancs en pétard, une hygiène dentaire à revoir, des blouses blanches inquiétantes et un rire diabolique. La série James Bond continue à les dépeindre selon le prisme du geek ou de la personne à interner. Soit il rencontre un Q fan de petits gadgets, soit il affronte un méchant comme le Dr. No.

Personnages plus complexes

Le fait de le dépeindre comme un aventurier cesse ces fantasmes. Dans les années 50, Hollywood a un coup de cœur pour Jules Verne et tourne plusieurs histoires, comme Voyage au Centre de la Terre. Près de cinquante ans après, une autre version est diffusée sur grand écran. Le scientifique est désormais joué par Brendan Fraser, plus connu pour son rôle de tueur de momie dans les films La Momie. Pas vraiment l'image du chercheur coincé.

Entre les deux films, les studios hollywoodiens ont compris que les scientifiques sont des aventuriers. Depuis, les personnages sont plus complexes, loin des stéréotypes. Même Disney s'y est mis avec son film Les Nouveaux Héros, qui met en scène de jeunes scientifiques qui deviennent des super-héros. «Le scientifique n'est plus cette espèce de farfelu qui veut conquérir le monde ou le modifier. Il est là pour guérir le monde», estime Guillemette Odicino, journaliste et critique cinéma, dans le documentaire Sciences/Fiction que diffuse CINE+.

En 2010, un livre nommé Unscientific America : How Scientific Illiteracy Threatens Our Future estime pourtant que le cliché du scientifique fou est encore dominant à Hollywood. Il cite notamment des études du chercheur en communication de l'Université de Pennsylvanie George Gerbner, au milieu des années 80. Cette étude montrait que les scientifiques, en comparaison avec les autres métiers, souffraient à la télévision de «stéréotypes négatifs et étaient plus susceptibles d'être victimes de violences».

Des aventuriers

Mais dans un rapport pour le ministère américain du Commerce, Gerbner et ses collègues actualisèrent leurs recherches et conclurent ainsi leur analyse : «Il n'y a aucune raison de prétendre qu'il y ait systématiquement un portrait négatif des scientifiques. Des changements ont eu lieu à Hollywood depuis notre enquête initiale, où les scientifiques étaient montrés comme des personnes malfaisantes, dérangées mentalement et sexuellement... Ce n'est plus le cas.»

Comme le dit si bien Cooper et Matthew McConaughey dans Interstellar : «Nous nous sommes toujours définis par notre capacité à surmonter l’impossible. Et nous comptons ces moments. Ces moments où nous osons viser plus haut. Briser des barrières. Toucher les étoiles. Faire de l’inconnu du connu. Nous comptons ces moments, fiers de nos prouesses. Mais nous avons perdu tout ça. Ou peut-être avons-nous juste simplement oublié…oublié que nous sommes encore des pionniers. Et que nous n’en sommes qu’au début. Notre apogée ne peut pas être derrière nous ! Car notre destin est au-dessus de nous». Des aventuriers, on vous dit.

La science fait son cinéma.

Du 7 octobre au 14 décembre.

Sur les chaînes CINE+, disponibles dans les offres CANAL.

Slate.fr

Newsletters

Le voguing, grand absent de la série «Pose»

Le voguing, grand absent de la série «Pose»

En dépit de son succès critique, la série diffusée actuellement sur Canal+ passe à côté de son sujet.

Pour prendre conscience du talent d'Aretha Franklin, il faut écouter «One Step Ahead»

Pour prendre conscience du talent d'Aretha Franklin, il faut écouter «One Step Ahead»

Depuis l’annonce de sa mort, les tubes de la chanteuse tournent en boucle. Superbes, certes, mais pas autant que «One Step Ahead», chanson qui résume parfaitement cette facette intimiste moins connue de la reine de la soul.

L'esthétique des laveries automatiques londoniennes

L'esthétique des laveries automatiques londoniennes

Joshua Blackburn adore les laveries automatiques. De là lui est venue l'idée du projet Coinop_London: dresser le portrait de Londres à travers ses laveries. «J'aime l'idée de se concentrer sur une petite tranche de la vie urbaine pour voir ce...

Newsletters