Culture

À Hollywood, le consultant scientifique a le beau rôle

Temps de lecture : 3 min

À l’occasion de la 26e édition de la Fête de la Science, du 8 au 16 octobre 2016, CINE + propose une programmation spéciale La science fait son cinéma, avec un documentaire inédit sur la collaboration entre scientifiques et cinéastes, Land of Science. Saupoudrez un film d’un peu (ou beaucoup) de science, voilà la recette du succès, dont l’ingrédient principal n’est autre qu’un consultant scientifique.

The famous red eye of HAL 9000 / Cryteria via Wikimedia Commons
The famous red eye of HAL 9000 / Cryteria via Wikimedia Commons

CONTENU SPONSORISE - «Le décryptage des scientifiques». Ceci n’est pas une analyse d’un projet de loi sur la bioéthique mais bien un format de critiques ciné. Parce que le public d’Interstellar ou Seul sur Mars a envie de savoir si le film dans lequel il s’est plongé est scientifiquement crédible, interview d’experts à l’appui (Slate ne fait pas exception).

Pas étonnant alors que, pour rendre vraisemblables les pérégrinations spatiotemporelles des personnages interprétés par Matthew McConaughey et Anne Hathaway ou la survie martienne du botaniste incarné par Matt Damon, les cinéastes aient fait appel en amont à des consultants scientifiques. Lesquels peuvent même intervenir lors de la promotion du film; on n’a jamais autant entendu parler des trous noirs par l’astrophysicien Kip Thorne, consultant sur Interstellar, que lors de la sortie du film, en 2014.

Immersion du public

Paradoxe: l’objectif premier de cette inclusion de sciences dures, disséquée par CINE+ dans son documentaire Land of Science, est de servir la fiction, en facilitant l’immersion du public dans le film, explique le scénariste, réalisateur et enseignant en audiovisuel Sébastien Conche. «Le consultant scientifique a pour fonction de renforcer la plausibilité du monde imaginaire et soutenir le merveilleux du conte», écrivait-il en 2012 dans un article intitulé «Consultants scientifiques, hard science et Hollywood». Heurter la logique rationnelle des spectateurs conduirait à les expulser du récit. Saupoudrer le scénario d’éléments plausibles permet de les plonger dans le film.

Une analyse que partage Jacques Jouhaneau, auteur de l’article «De la réalité scientifique au réalisme cinématographique», paru dans l’ouvrage Le cinéma et la science (CNRS Éditions, 1994): «Certains cinéastes justifient par l’appel à des consultants scientifiques leurs choix scénaristiques et sont en ce sens des héritiers de Méliès. Ces films restent une extrapolation de nos rêves d’enfant. La science n’est qu’un prétexte.»

Servir l’intrigue

Le consultant scientifique endosse alors un rôle de caution… et la science se fait outil de propagande hollywoodien? Pas si grave, selon Marcel Dalaise, réalisateur de films scientifiques pour CNRS Images, pour qui, «dès que l’on peut faire rêver sur la science, c’est un bien. À moins d’une invraisemblance grossière, cela ne nuit pas à la science.» Sans compter que l’on retrouve à l’arrière-plan une petite dose de pédagogie scientifique. Surtout depuis la création en 2008 outre-Atlantique par l’Académie des sciences américaine du Science & Entertainment Exchange Program, qui fait le lien entre cinéastes scientifiquement sourcilleux et chercheurs.

On reste toutefois bien loin d’une démarche scientifique, comme le rappelle le réalisateur Marcel Dalaise: «Au cinéma ce n’est pas de la vulgarisation scientifique, ce n’est qu’une image de la science, celle que le cinéaste veut avoir dans son film.» Résultat: ce n’est jamais la vérité scientifique toute nue qui apparaît à l’écran, seulement la théorie qui servira le plus l’intrigue et plaira à tous les spectateurs férus de science, y compris néophytes.

Car, en plus de faciliter l’immersion, il ne faudrait pas oublier que ce saupoudrage scientifique vise aussi à séduire un public toujours plus amoureux des sciences, en atteste l’attrait pour les youtubeurs scientifiques ou pour les séries comme Big Bang Theory. Certes, le premier film mettant au générique un consultant scientifique, La Femme sur la Lune, de Fritz Lang, qui a tenu compte des conseils du spécialiste de l’astronautique Hermann Oberth, date de 1929, signale Sébastien Conche.

Rester dans les mémoires

Mais la crainte de se faire «basher» par le public pour cause d’invraisemblance scientifique n’a fait que prendre de l’ampleur avec internet et les réseaux sociaux. «Les créateurs de film veulent que leur œuvre ne soit pas has been mais qu’elle dure, précise le scénariste et réalisateur. Or ce sont les films les plus crédibles scientifiquement qui restent dans les mémoires. La preuve: qui se souvient de The Core, film-catastrophe dans lequel les personnages vont en mission jusqu’au cœur du noyau terrestre?»

Tandis que le futur de 2054 de Minority Report reste bien ancré dans les esprits, à tel point que le film est devenu un étalon de l’avenir qui nous guette. Preuve que la science mêlée à la fiction peut avoir pour effet, outre celui d’attirer les foules devant les écrans, de susciter la réflexion, voire des vocations pour empêcher l’avènement de ces scénarios hollywoodiens pas toujours utopiques.

La science fait son cinéma.

Du 7 octobre au 14 décembre.

Sur les chaînes CINE+, disponibles dans les offres CANAL.

Slate.fr

Newsletters

Le voguing, grand absent de la série «Pose»

Le voguing, grand absent de la série «Pose»

En dépit de son succès critique, la série diffusée actuellement sur Canal+ passe à côté de son sujet.

Pour prendre conscience du talent d'Aretha Franklin, il faut écouter «One Step Ahead»

Pour prendre conscience du talent d'Aretha Franklin, il faut écouter «One Step Ahead»

Depuis l’annonce de sa mort, les tubes de la chanteuse tournent en boucle. Superbes, certes, mais pas autant que «One Step Ahead», chanson qui résume parfaitement cette facette intimiste moins connue de la reine de la soul.

L'esthétique des laveries automatiques londoniennes

L'esthétique des laveries automatiques londoniennes

Joshua Blackburn adore les laveries automatiques. De là lui est venue l'idée du projet Coinop_London: dresser le portrait de Londres à travers ses laveries. «J'aime l'idée de se concentrer sur une petite tranche de la vie urbaine pour voir ce...

Newsletters