France

L'éditeur de Zemmour est manifestement désespéré

Claude Askolovitch, mis à jour le 01.10.2016 à 11 h 07

Un incroyable encart publicitaire pour son nouveau livre le montre.

Eric Zemmour au tribunal à Paris le 6 novembre 2015 | BERTRAND GUAY / AFP

Eric Zemmour au tribunal à Paris le 6 novembre 2015 | BERTRAND GUAY / AFP

Ça a débuté comme ça. On m’appelle parce qu’un marchand de bouquins s’est acheté des encarts publicitaires dans les journaux à propos d’un type antipathique, et c’est l’argument de vente, l’antipathie. La tête de Zemmour devant son dernier livre et la légende, «l’ennemi public numéro un est numéro un des ventes», et à l’appui de la légende, des méchancetés parues dans la presse, attestant du soufre zemmourien. Donc: «Il faut déradicaliser Zemmour» Libération; «Délire islamophobe» L’Obs; «Souverainiste réactionnaire» Le Monde.

On m’appelle. C’est une amie indignée. «L’islamophobie est un argument publicitaire maintenant!» Je fais mine d’être blasé, mais elle a raison, et en même temps, bienvenue en France. Au Pays d’Eric Zemmour, on me la baille belle que l’éditeur de Zemmour fasse du Zemmour. Je veux dire que le bonhomme était déjà devenu célèbre et riche avec les arguments que l’on sait, dans ce pays où cette semaine encore, un supposé reportage d’une grande télévision s’en allait attiser sans tabou la grande trouille des mahométans, où les sondages, souvent réalisés de bonne volonté, attestent ou nourrissent la défiance et la peur que les musulmans inspirent, où l’aimable François Fillon a un problème musulman et le républicain Manuel Valls une détestation du burqini, où ce mot même, «islamophobie» est déminé par des gens très bien, vraiment très bien, tels Mme Badinter ou Monsieur Debray, qui nous invitent à ne pas nous laisser intimider…. Et donc, dans le remugle, et il y a de vrais problèmes... Donc dans cet amalgalme, que Zemmour, qui a une antériorité, se vende sur les méchancetés qu’il incarne -ces méchancetés étant vécues par de bonnes parts de l’opinion comme l’expression même du bon sens et de notre droit naturel à défendre la France, la vraie… Patati, patata.

Ennemi public: argument de vente

On peut éventuellement contester que Zemmour, au vu du tapis rouge qui lui est déroulé, soit un ennemi public.

Mais c’est un argument de vente aussi.

Ce qui est bien, dans cette histoire, c’est que le geste de l’éditeur tombe le masque. Albin Michel, grande maison, n’a pas honte de son auteur. Il le promeut pour ce qu’il est. S’en surprend-on? On pouvait faire semblant, avant. Un éditeur est comme avocat, il prend ce qu’il a. Et puis les temps sont durs. Et en veut-on à Gallimard de Drieu la Rochelle? Et… Donc Albin Michel n’a pas honte de cet idiot qui disait que l’Allemagne ne saurait gagner une coupe du monde de football depuis qu’elle est métissée. Albin Michel n’a pas honte de cet imbécile qui professe que le Maréchal Pétain était un bonheur juif. Albin Michel est tranquille avec ce… Avec cet auteur qui marche!

Mais pourquoi parler de Zemmour.

Penser à ne JAMAIS être édité chez ces gens-là?

De toute manière, je vends moins que lui.

Jaloux. Non. C’est l’époque qui veut ça. J’aurais dû m’entrainer au zemmourisme mais pour cela, il faut être doué.

La revendication de l’islamophobie est une des publicités les moins mensongères qui soit

Sérieusement. Cette publicité rappelle quelque chose. Ce type est ancré socialement. Il a des amis, des commensaux, des flatteurs, un éditeur, des correcteurs chez cet éditeur qui mettent ses idioties en bon français, des attachés de presse qui les vendent, on l’a reçu chez Albin Michel le jour où il signe ses dédicaces, il prend un café, il est chez lui. Il est chez lui chez Albin Michel qui publie les chroniques qu’il a d’abord déclamées sur RTL où il est chez lui dans le studio de Calvi et avant de Bazin et avant encore de tous les autres et chez lui sur le plateau de Ruquier avant et chez lui à Itélé où j’étais chez moi aussi. Chez lui. Tranquille. Chez lui en considérant que les africains qui se noient en Méditerranée sont des envahisseurs, en reprenant la comparaison entre l’avortement et le génocide, en considérant que tout musulman prend le djihadiste assassin en modèle… Chez lui. La revendication de l’islamophobie est une des publicités les moins mensongères qui soit.

Les journaux contre Zemmour?

Nuançons pourtant. L’argument de vente est peut être moins ignoble, plus sioux. Ce n’est pas, «achetez zemmour qui est islamophobe», c’est, «achetez Zemmour, que les media qui n’aiment pas le peuple traitent d’islamophobe». Toute la différence est là. Zemmour, le peuple! Zemmour, qui dit le vrai, et que la presse de gauche, la terrible trinité de l’Obs, de Libé et du Monde, voue aux gémonies, voudrait interdire, mais heureusement, il se bat, et grace au peuple, grace à toi lecteur, il survivra!

C’est du Zemmour, donc. Et puis après tout. C’est vrai que Libé ne l’aime pas alors que Valeurs actuelles lui offre sa cover et le FigMag le salarie! Donc?

Donc ce qui est drôle, c’est le côté bidon de cette aventure. Tout ça pour ça. Présenté en martyr par son marchand de bouquins, Zemmour qui n’est certes pas un martyr n’est même pas vraiment attaqué par ses supposés persécuteurs. Ça prend deux minutes à vérifier. Non, Libération ne veut pas «déradicaliser» Zemmour. C’est une tribune libre d’un médecin mécontent, musulman il faut dire, qui était titrée ainsi, pas un éditorial de Joffrin! Non, l’Obs non plus n’a pas traité Zemmour d’islamophobe. C’était, sur le site de libre opinion du journal, Le Plus, une analyse d'un contributeur, qui soulignait que, sur RMC, Jean-Jacques Bourdin s’était opposé au discours (au «délire islamophobe») zemmourien; ce n’était pas une philippique de Jean Daniel qui aurait engagé le journal de la gauche intellectuelle, mais l’évocation de la réaction de bon sens d’un journaliste populaire sur une radio populaire! Et Le Monde n’a pas commis de critique où Zemmour serait fustigé comme «souverainiste réactionnaire», ce qui d’ailleurs n’est pas insultant. C’était une incise banale, dans un article des «décodeurs», la rubrique du Monde.fr consacrée au fact-checking, qui passait en revue quelques-une des bourdes contenues dans les dernier opus zemmourien, sur le mode espiègle? Parce que de fait, il en dit, des bêtises.

La nécessité de l'opprobre

Nous voilà bien. Une réfutation factuelle, des tribunes libres, Bourdin. Zemmour n’est même pas fustigé! La publicité ne repose donc sur rien, sinon sur un besoin de croire: une nécessité de l’opprobre. Elle n’est plus là. Il fut un temps, c’est vrai, où l’Obs, justement, pouvait mettre Zemmour en Une comme un homme dangereux. On est passé à autre chose. Zemmour est sans nul doute antipathique, mais banalement. C’est d’ailleurs embêtant, mais enfin… On ne hurle plus quand il apparait, sinon par habitude, ou quand il fait preuve d’inventivité perverse -ainsi sur Vichy et les juifs… Mais autrement, on ne lui oppose plus qu’une résignation désole, méprisante, silencieuse. Sauf à être payé pour cela, tel son contradicteur historique Nicolas Domenach, désormais traité par l'exalté de «collabo», sans que leurs employeurs ne semblent s'en émouvoir, on ne lui répond pas. Il est, dans son délire, entouré de sa secte prolifique, inaccessible au raisonnement, comme à la colère. On s’en fout, en somme.

Si Albin Michel a dégainé cette publicité, c’était pour nous faire croire que c’était encore vrai, que Zemmour était encore en vie… En fait, non

Conviction intime. Zemmour est terminé. L’irruption de ce petit juif -cet israélite, pardon- qui récitait des madrigaux d’extrême droite à la France émoustillée a épuisé son potentiel de scandale. Le zemmourisme est une banalité, et l’âme fasciste frétille dans un pays somnambule. Zemmour n’est plus le sujet. Buisson en atteste, ou Philippe de Villiers, bon vendeurs de livres sans nuance ni paradoxe. Voici revenus les vrais de vrais, qui n’ont pas besoin d’en rajouter pour paraître gaulois, comme un Zemmour ou un Sarkozy. Tout s’est remis en place et lui n’est plus qu’un vieux clown, déjà, au numéro rodé, capable encore de jolis sketches -ah, les prénoms français!- mais au fond dépassé. Je ne m’inquiète pas pour lui. Il vend, certainement, et dans ses tournées de province, ça doit encore marcher, et bien encore! Evidemment. On va l’aimer longtemps, dans le pays fidèle. Mais nous sommes déjà dans un revival. Si Albin Michel a dégainé cette publicité, c’était pour nous faire croire que c’était encore vrai, que Zemmour était encore en vie… En fait, non.

Pourquoi se fâcher?

Cher Francis Esmenard, éditeur parisien, qui défend ton auteur et pour qui rien n’est grave et j’en suis certain, si d’aventure le vent tournait, tu publierais des livres fraternels auxquels tu accorderais la même promotion qu’à la compilation de Zemmour, pour peu que le public en demande,… Cher Christopher Baldelli, ennemi du politiquement correct, capitaine de la plus populaire des radios de France, que même Zemmour ne parvient pas à rendre antipathique, puisqu’elle est celle de Ruquier, de Duhamel, de Lizarazu, de Fogiel, de Bern, qui tous ensemble sont la France et n’en pensent pas moins mais ne te le diront-ils si au petit matin, l’autre les écoeure et chasse le Sarrasin… Chers vous et aussi les autres, tout va bien. Nous devons, tant c’est dur pour les media, faire tourner l’économie de la petite rage et dans cette histoire, parce qu’il faut bien vivre, on va nous faire croire que Zemmour est un réprouvé. S’il faut en passer par là? Allons-y. «Zemmour est un salaud.» Pas de copyright. Ne me remerciez pas, si j’ai pu aider.

Claude Askolovitch
Claude Askolovitch (122 articles)
Journaliste
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