France

Voici les images à retenir de la ravageuse enquête d’«Envoyé spécial» sur l’affaire Bygmalion

Vincent Manilève, mis à jour le 30.09.2016 à 20 h 17

Comme prévu, le reportage de France 2 a tapé fort.

Nicolas Sarkozy, le 1er mai 2012 au Trocadéro. PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP.

Nicolas Sarkozy, le 1er mai 2012 au Trocadéro. PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP.

Tout le monde attendait (ou redoutait) la diffusion de ce reportage, tant il promettait de mettre à mal Nicolas Sarkozy, en pleine campagne pour la primaire de la droite et du centre. Jeudi 29 septembre, «Envoyé spécial» se penchait sur l’affaire Bygmalion, du nom de cette société chargée de l’organisation des meetings de Nicolas Sarkozy en 2012 et accusée d’avoir falsifié des factures de campagne pour dissimuler le dépassement par la campagne du président sortant du plafond de dépenses autorisé par la loi.

L’enquête, extrêmement fouillée, tourne principalement autour de Franck Attal, directeur général d'Event & Cie, filiale de Bygmalion qui s’est occupée de l’organisation des meetings. Il a donc assisté aux premiers dérapages des comptes, de plus en plus importants à chaque meeting. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu'elle a livré son lot d’images marquantes.


La première date à retenir est celle du 7 mars 2012, après seulement cinq meetings. Guillaume Lambert, le directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, reçoit une note très inquiétante sur le montant des dépenses déjà effectuées. Les experts-comptables lui expliquent que les dépenses totales de campagne pourraient atteindre 23.150.971 euros, soit 642.000 euros de plus que le montant autorisé par la loi.

Mais quatre jours plus tard à peine, le meeting de Villepinte fait exploser les compteurs: un écran géant de 120 mètres de long, un parterre de stars et une réalisation hollywoodienne qui coûteront en tout 5.619.405 euros, un montant dont l’UMP avait été averti deux jours avant. Cela représente près de 25% des dépenses totales autorisées pour la campagne d’un candidat.

Franck Attal affirme que, pour tenir le rythme d’une campagne loin d’être finie, l’UMP et Bygmalion ont alors mis en place un système de fausses factures permettant d'imputer au parti de droite des dépenses profitant en réalité à la campagne du candidat sortant. Sur la première image, on voit le prix réel des prestations et, sur la seconde, les prix faussés indiqués sur les factures finales. Par exemple, un poste vidéo est indiqué à 30.397 euros au lieu de 236.000 euros. Ainsi, le meeting de Marseille aurait coût 770.677,28 euros, et pas 100.104 euros comme les comptes l’ont officiellement montré.


Jérôme Lavrilleux, directeur adjoint de la campagne, affirme que ces fausses factures ont été mises en place après l’élection. Pourtant, «Envoyé Spécial» a pu se procurer une facture particulièrement impressionnante. Le 29 mars 2012, Jérôme Lavrilleux a signé un document qui montre qu’un paiement de 2,1 millions d’euros de l’UMP vers Bygmalion a été effectué pour de fausses prestations.

Avec de telles dépenses, il était difficile pour l'émission de ne pas être tenté par la comparaison avec les meetings du rival de Nicolas Sarkozy, François Hollande. L’impressionnant meeting du Trocadero, qui a marqué la fin de campagne du candidat de droite, a eu lieu le 1er mai 2012 devant un déluge de drapeaux tricolores.

Au même moment, François Hollande tient un meeting à Nevers, dans une ville certes bien moins grande. Le contraste, symbolisant la différence de moyens déployés, est saisissant.

Enfin, et c’est peut-être le moment le plus cocasse du reportage, il illustre les liens qui unissent Franck Attal et Nicolas Sarkozy. Lors d’une audition chez le juge dans le cadre de l’enquête sur les fausses factures, l’ancien président affirme: «En février 2012, je n’ai jamais entendu parler de Bygmalion. […] Je ne connais pas M. Attal.» Or, le 19 février 2012, quatre jours après l'annonce de candidature, c’est Franck Attal qui organise le meeting de Marseille et qui montre la voie vers la scène au président-candidat.

Franck Attal est actuellement mis en examen pour «complicité de financement illégal de campagne électorale». De son côté, Nicolas Sarkozy, qui a fait l'objet d'une demande de renvoi en correctionnelle du parquet pour le chef de financement illégal de campagne électorale, a refusé de répondre aux demandes d’interviews d’«Envoyé Spécial». 

Vincent Manilève
Vincent Manilève (353 articles)
Journaliste
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