Monde

La course à la Maison-Blanche n'est plus dans un État proche de l'Ohio

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 30.09.2016 à 16 h 30

Longtemps objet de tous les regards, vu comme un État indispensable aux deux partis pour l'emporter, il pourrait être gagné cette année par Trump même en cas de victoire d'Hillary Clinton.

Lors d'un meeting de Donald Trump à Canton (Ohio) le 14 septembre 2016. JEFF SWENSEN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Lors d'un meeting de Donald Trump à Canton (Ohio) le 14 septembre 2016. JEFF SWENSEN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

En 2004, l'Ohio avait été au cœur de la nuit électorale américaine, donnant finalement la victoire à George W. Bush au terme d'un scrutin très serré. En 2008, il avait vite fourni une avance insurmontable à Barack Obama, au point que certains sites, comme Slate.com, avaient annoncé très tôt son élection sur la foi de cette victoire. En 2012, c'est encore l'Ohio qui avait officiellement fait gagner le président sortant, avec une marge (trois points) très proche de son avance au plan national.

Trois élections qui avaient une nouvelle fois donné raison au dicton «As goes Ohio, so goes the nation» («Comme vote l'Ohio, vote la nation»). Le dernier candidat à avoir remporté l'Ohio sans gagner l'élection est Richard Nixon face à John F. Kennedy, en 1960. Encore vu comme décisif il y a à peine un mois, l'Ohio fait pourtant désormais figure de mode un peu passée. Décoté, négligé, il a de quoi avoir le moral à zéro.

Dans la présidentielle américaine, il y a toujours un État qui est tellement disputé qu'il semble indispensable aux deux candidats pour s'ouvrir les portes de la Maison-Blanche: c'est ce qu'on appelle le point de bascule. En 2016, l'Ohio semble loin de ce statut:

«Il est possible que Clinton voie un chemin potentiel vers la Maison-Blanche sans gagner l'Ohio, mais ce n'est pas le cas de Trump», expliquait récemment le stratège républicain John Feehery.

Alors que Clinton est en tête des sondages nationaux, la moyenne des sondages réalisée par le site RealClearPolitics donne Trump en tête de deux points environ dans l'État, et constamment devant depuis la mi-septembre. Le site FiveThirtyEight, qui tempère les sondages d'une pincée de prévisions liées à la situation économique, annonce une victoire de Trump de 1,5 point le 8 novembre. Bref, si Trump gagne l'Ohio, il est très possible que cela ne lui suffise pas pour remporter l'élection; dans le cas où Clinton l'emporterait, cela risque d'être le signal d'une victoire globale assez confortable.

Si le gouverneur de l'Ohio, John Kasich, a été l'un des plus sérieux concurrents de Trump pendant la primaire, l'État fait figure de terrain très favorable au candidat républicain. Avec des inégalités persistantes et des poches de fort chômage, beaucoup de cols bleus déclassés et peu d'Hispaniques, il est une miniature de l'Amérique rêvée de Trump. Le sénateur sortant, le républicain Rob Portman, part largement favori pour sa réélection, avec une organisation de terrain puissante sur laquelle peut surfer le candidat à la Maison-Blanche. Un reportage de CBS News décrivait récemment comment une partie de l'électorat démocrate de l'État se détourne de Clinton pour voter Trump, cet homme qui n'est pas un «Républicain de country-club» mais un «Républicain en col bleu». Un reporter envoyé dans le comté d'Ottawa, le seul qui vote constamment pour le vainqueur de la présidentielle –une sorte de miniature de l'Ohio lui-même–, dressait un constat proche.

Hillary Clinton doit se déplacer dans l'État le 3 octobre (et Bill Clinton les 4 et 5) mais elle ne s'y était auparavant pas rendue depuis un mois. Au point que des observateurs se sont interrogés sur la possibilité qu'elle soit consciemment en train de lâcher l'Ohio pour consacrer du temps et des ressources à d'autres terrains plus gagnables, qu'il s'agisse d'États traditionnellement démocrates ou d'endroits où la candidature Trump passe mal. «Est-il temps de dire “Adieu, Ohio”?», s'interrogeait récemment, à propos de la campagne démocrate, le journaliste de CNN Jeff Zeleny. Le New York Times confirme cette réflexion stratégique des Démocrates et en conclut que «l'Ohio perd soudainement en importance cette année», Michael F. Curtin, un élu de l'État, le comparant à un «iceberg en train de fondre».

Reste à savoir qui le remplacera comme État qui «résume» l'Amérique et joue les faiseurs de roi, pardon, de président. Certains ont suggéré qu'il pourrait s'agir cette année de la Pennsylvanie, d'autres du Colorado ou encore de la Floride, qui avait déjà joué ce rôle lors de la si controversée élection de George W. Bush en 2000.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (849 articles)
Rédacteur en chef de Slate.fr. Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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