Santé / Boire & manger

Quand les superaliments deviennent un outil de discrimination sociale

Temps de lecture : 3 min

Durant cinq jours, une journaliste de MotherBoard a investi 420 dollars pour se faire livrer un régime le plus sain possible à domicile. Et son bilan n'est pas des plus extatiques.

Capture d'écran du site de Sakara
Capture d'écran du site de Sakara

Ankita Rao, une journaliste de MotherBoard, a décidé de changer son comportement alimentaire pour se garantir une vie saine et équilibrée. Elle a donc fait appel à Sakara, une société new-yorkaise qui propose de livrer à ses clients des repas à domicile. Cette enseigne branchée, prisée par les mannequins filiformes de Victoria Secret, est notamment recommandée par Lena Dunham.


Sur le site de Sakara, on promeut non-seulement un programme alimentaire équilibré mais toute une «philosophie» de vie en accord avec lesdits repas pour hit girls pressées.

«Nous sommes une société de livraisons de repas organiques, basée sur un régime à base de superaliments, sans glutens et riches en plantes. Chaque repas est fait avec amour par notre chef expert et livré chez vous dans les plus brefs délais», promet Sakara sur sa page d'accueil.

Un programme qui coûte la bagatelle de 420 dollars pour cinq jour soit 28 dollars le plat en barquette. Recyclable.

Les superaliments et la discrimination sociale

Au terme de sa semaine, Ankita Rao n'a pas été des plus convaincue. Certes, elle a mangé de la salade et des graines midi et soir, agrémentées parfois d'un peu de humus. Si les plats étaient délicieux et originaux et les ingrédients fournis par des producteurs locaux, elle a pour autant rapidement ressenti une désagréable et persistante sensation de faim. Une problématique que les fondatrices de Sakara ont immédiatement réfuté:

«Nous mangeons cette nourriture tous les jours avec mon mari et nous arrivons facilement à une sensation de satiété», a lui expliqué la blonde et chic Danielle DuBoise, ancien mannequin diplômée d'une école de diététique.

Plus qu'un simple service de cuisine –dont le but premier serait de nourrir les clients–, Sakara est avant tout un mode de vie. Celui de gens riches, sains et réconfortés de consommer des aliments qu'un simple quidam ne pourrait se procurer au quotidien.


À l'ère de la nourriture instagrammable et de l'exhortation anxieuse à une alimentation «healthy» et alors que 69% de la population américaine est en surpoids, la nourriture est devenue plus que jamais un outil de discrimination sociale aux États-Unis, constate la journaliste de MotherBoard. Et derrière cette affirmation implicite –«dis-moi ce que tu manges et je te dirai de quel milieu tu viens»– s'assume également l'idée que ceux qui investissent dans leur superalimentation se garantissent inéluctablement une plus longue espérance de vie.

PSA: TAKE CARE OF YOURSELF. Words from #sakaralite and muse, @katehudson

Une photo publiée par Sakara Life (@sakaralife) le

«Aucun superaliment ne va vous sauver», explique pourtant Krishnendu Ray, directeur du département d'étude de l'alimentation à l'Université de New York. Pour cet auteur et enseignant, les américains aisés sont obsédés par la longévité et le régime idéal:

«Cela créé une individualisation massive, une quête absurde pour une nouvelle forme de narcissisme que l'on pourrait intituler: “comment puis-je vivre éternellement?” [...] Ce qui est terrible avec cette obsession de la classe aisée pour la “bonne” nourriture c'est que les gens sont obsédés par ce qu'ils mangent –le kale, le quinoa– comme si c'était des choses magiques dont ils voulaient s'entourer pour être en bonne santé et se protéger le plus possible, sans pour autant se préocupper de ce que mangent les autres.»

Slate.fr

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