Sports

La Ryder Cup, la compétition où les golfeurs se font mauvais garçons

Temps de lecture : 5 min

Cette discipline si policée et sage se transforme soudain en champ de bataille l’espace d’un week-end.

L'Américain Phil Mickelson lors de la première journée de la Ryder Cup 2016, le 30 septembre 2016. ANDREW REDINGTON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.
L'Américain Phil Mickelson lors de la première journée de la Ryder Cup 2016, le 30 septembre 2016. ANDREW REDINGTON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

L’Europe, qui échoue si souvent à trouver une unité politique, est bien meilleure et plus soudée sur les fairways et les greens quand vient le temps de la Ryder Cup, épreuve par équipes de golf où elle affronte les États-Unis tous les deux ans. Alors que le Brexit vient d’ébranler le Vieux continent, l’équipe européenne de Ryder Cup, conduite par le capitaine nord-irlandais Darren Clarke et composée de sept joueurs britanniques parmi les 12 sélectionnés, se présente dans le même état d’esprit et de corps pour affronter les Américains à Chaska, dans le Minnesota, où la 41e Ryder Cup s'est ouverte le 30 septembre.

Le vote de juin n’a rien changé dans l’organisation de ce groupe qui continuera à l’avenir d’être représenté par le drapeau européen avec des étoiles en or accrochées sur un fond bleu et de se tourner vers un même objectif: la victoire. Continuera-t-il à être aussi efficace, à l’image de ses trois dernières victoires en 2010, 2012 et 2014? C’est une autre question sachant qu’un quatrième succès consécutif –du jamais vu– constituerait une véritable humiliation pour les Américains.

En Ryder Cup, le golf, discipline si policée et sage, se transforme soudain en champ de bataille l’espace d’un week-end où les mots paraissent avoir autant de poids, voire plus, que certains coups. Dans le sport professionnel à la communication désormais si contrôlée, il est même étonnant de voir autant d’intox et de polémiques émerger publiquement en marge d’une compétition où il semble essentiel de montrer ses muscles dans tous les sens de l’expression. «On ne gagne pas la Ryder Cup avec sa bouche», a ainsi ironisé l’Espagnol Sergio Garcia à la veille de cette édition 2016, histoire de faire feu sur le capitaine américain, Davis Love III, qui a argué qu’il s’agissait peut-être «de la meilleure équipe américaine jamais assemblée» –ce qui n’est pas vrai– ou sur l’ancien champion américain Johnny Miller qui a estimé que l’équipe européenne était sans doute «la plus mauvaise depuis des années en Ryder Cup» –ce qui reste à prouver.

«Nick Faldo est aussi drôle que Saddam Hussein»

Dans des temps plus reculés, en 1967, à l’époque où cette Ryder Cup n’était encore qu’un match Etats-Unis-Grande-Bretagne, Ben Hogan, ancien champion illustre et capitaine cette année-là au Texas, n’avait pas hésité à présenter son équipe lors du dîner officiel avec la formule suivante: «Mesdames et messieurs, l’équipe américaine de Ryder Cup –les plus grands joueurs du monde.» Ce qui était vrai –les Etats-Unis l’avaient largement emporté– mais cette impolitesse vis-à-vis des visiteurs n’avait pas été jugée très correcte. En 1989, en Angleterre, Ray Floyd, le capitaine américain, avait marché dans les pas de Ben Hogan, toujours lors du dîner officiel, en désignant ses sélectionnés comme «les douze plus grands joueurs du monde». Hélas pour lui, les Européens lui avaient cloué le bec en décrochant le match nul (14 points à 14), synonyme pour eux de victoire, comme c’est la «règle», en tant que tenants du titre.

La liste de ces vacheries est relativement longue et pittoresque. Sans parti pris, elles émanent le plus souvent des Américains, peut-être blessés d’avoir laissé la main depuis que la compétition est devenue un match Europe-Etats-Unis à partir de 1979. Huit des dix dernières Ryder Cup ont été perdues par les Américains qui ne se sont pas toujours montrés très aimables à l’image de Scott Hoch qui, en 1997 à Valderrama en Espagne, avait donné sa vision de l’Anglais Nick Faldo: «Nick est aussi drôle que Saddam Hussein.» Mais les Européens n’ont pas été avares non plus de petites gentillesses, comme le capitaine Mark James en 1993: «A ce stade, la seule chose qui me fait peur au sujet des Américains, c’est la façon dont ils sont habillés.»

Il serait trop réducteur de laisser croire qu’Européens et Américains se détestent, mais leurs conceptions au moment d’aborder l’événement sont au moins différentes. Sur le circuit européen, où ils ont grandi en tant que professionnels, les joueurs continentaux ont toujours eu l’habitude de se côtoyer en dehors des parcours, lors de dîners notamment, alors que sur le PGA Tour, les Américains évoluent plus individuellement, chacun dans leur coin, si bien que la Ryder Cup ne paraît jamais complètement adaptée à leur personnalité et donc à leur communication souvent trop exagérée ou inadaptée à cette chorale occasion. «C’est la plus belle journée de ma vie de golfeur, s’était ainsi exclamé Anthony Kim lors de la dernière victoire américaine en 2008 dans le Kentucky. Je ne l’échangerais pas contre dix millions de dollars.» «C’est juste chouette de faire partie d’une équipe et sincèrement, cela ne nous arrive pas souvent», avait vaguement philosophé Tiger Woods, «petit» joueur de Ryder Cup au regard de son immense palmarès individuel.

«Du début jusqu’à la fin, j’ai été fréquemment insulté»

Au cœur de cette bataille des mots, la parole du public n’est pas non plus anodine en Ryder Cup. Lors de cette édition 2016, la foule du Minnesota aura voix au chapitre dans le scénario qui s’écrira sous nos yeux jusqu’à dimanche. «Certaines personnes ne savent pas faire la différence entre encourager leur équipe et s’en prendre à l’adversaire, avait pesté l’Anglais Lee Westwood dans le Kentucky en 2008. Du début jusqu’à la fin de mon parcours, j’ai été fréquemment insulté.» Au moins ne lui avait-on pas craché dessus comme à Boston en 1999 où la mère du champion écossais Colin Montgomerie, prise à parti verbalement, avait dû être exfiltrée en compagnie de son mari des griffes d’un public de plus en plus inquiétant. «Let’s kill them» («Tuons-les»), s’était même exclamé cette année-là David Duval, le joueur américain, avant les 12 simples du dimanche contre des Européens qui furent, en effet, exécutés au score comme de petits communiants envoyés soudain aux feux de l’enfer.

Si le langage n’est jamais très mesuré ou très doux en direction de l’adversaire, il peut ne pas être non plus très délicat au sein d’une même équipe une fois la défaite consommée. En 2014, l’Américain Phil Mickelson avait ainsi réglé ses comptes avec son capitaine Tom Watson en pleine conférence de presse finale, quelques minutes après un nouveau triomphe du Vieux continent. «Personne dans cette équipe n’était impliqué dans quelque décision que ce soit», avait-il pesté devant Watson et l’assemblée de journalistes. Comme les balles, les oreilles sifflent en Ryder Cup et jusqu’au bout du week-end et bien au-delà puisque le même Mickelson s’en est pris cette semaine, douze ans plus tard, à Hal Sutton, son capitaine de l’édition (largement perdue) de 2004. «C’est l’exemple où vous êtes dirigé par un capitaine qui vous place en situation d’échec et nous avons échoué de façon monumentale», s’est-il lâché en toute franchise.

Beaucoup ont oublié aussi que l’un des plus sublimes moments de l’histoire de la Ryder Cup, en 1969, quand Jack Nicklaus avait élégamment relevé la balle de son adversaire Tony Jacklin alors que ce dernier avait un putt pas évident à rentrer dont dépendait l’issue de toute la rencontre, s’était terminé dans des propos amers. Certes, le fair-play l’avait emporté au prix d’un match nul final entre les deux équipes, mais Sam Snead, glorieux capitaine, n’avait pu s’empêcher de fulminer: «Nous étions venus jusqu’ici pour gagner, pas pour être de gentils garçons.»

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