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Votre aquarium est un désastre écologique

Poisson rouge | Kai Schreiber via Flickr CC License by

Poisson rouge | Kai Schreiber via Flickr CC License by

Les poissons ne vous disent pas merci.

Il y a ceux «dont le plaisir ultime consiste, assis sur le canapé, à contempler [leur] réservoir d'eau de mer en débouchant une bouteille de vin et en écoutant Les Quatre Saisons de Vivaldi». Ceux qui se passionnent pour la technologie de pointe avec laquelle est équipé leur aquarium, ou encore ceux qui «se réjouissent d'avoir le contrôle sur leur prétendu océan miniature».

Si le journaliste Bernd Brunner se moque ainsi des propriétaires d'aquariums, c'est qu'il est urgent, selon lui, d'abandonner ce hobby qui, sous couvert de célébrer la diversité du monde marin, contribue à sa destruction, comme il l'explique dans l'hebdomadaire Die Zeit.

Pour remplir les aquariums des millions d'amateurs de faune marine que compte la planète, 500 à 600 millions de poissons d'agrément sont pêchés chaque année dans les rivières et les océans du globe, selon l'organisation de recherche environnementale Worldwatch Institute. Rien qu'en Allemagne, 80 millions de poissons nagent aujourd'hui dans un bocal.

Hécatombe

Les collectionneurs de poissons d'eau de mer vivants sont ceux qui causent le plus de dégâts, précise le journaliste: «Contrairement aux poissons d'eau douce, qui proviennent souvent d'élevages, la plupart des poissons de mer sont issus de zones maritimes dans lesquelles se trouvent des récifs de corail très menacés.» Ces poissons exotiques sont majoritairement capturés dans les eaux des Philippines, d'Indonésie ou encore d'Australie. Bien que ces poissons représentent une part infime des poissons que l'on trouve dans les aquariums, eu égard aux contraintes techniques et au coût que représente l'entretien d'un aquarium rempli d'eau salée, leur pêche est une hécatombe:

«De nombreux animaux meurent avant d'arriver dans le commerce, entre autres parce que dans certains pays la pêche au poison est encore une réalité. Les conditions de transport sont également insuffisantes. De nombreux poissons meurent à cause du manque de nourriture et du stress.»

Selon le site du mouvement d'alterconsommation Slow Food, cette technique de pêche consiste à répandre du poison dans les zones de pêche, comme du cyanure par exemple:

«La pêche au cyanure par exemple s'étend des récifs décimés et dévastés des Philippines –où on estime que 65 tonnes de cyanure sont déversées chaque année– à des récifs isolés à l'Est de l'Indonésie et d'autres pays de l'ouest du Pacifique.»

Relique kitsch

Les poissons d'eau douce, eux, proviennent majoritairement d'élevages de masse d'Asie du sud-est, ce qui selon Die Zeit ne représente donc pas une alternative satisfaisante d'un point de vue écologique.

Évoquant les débuts de l'aquarium, qui aurait été inventé au XIXe siècle par la naturaliste française Jeanne Villepreux-Power, une des pionnières de la biologie marine, pour observer les spécimens qu'elle étudiait, Die Zeit déplore que ces bocaux soient aujourd'hui «des reliques kitsch du passé, qui nous montrent des animaux emprisonnés dans un environnement factice.» Et appelle donc les propriétaires à se montrer responsables. En d'autres termes: à regarder des documentaires sur le monde marin sur leur écran plat plutôt que de loucher sur de pauvres poissons arrachés à leur biotope tournant mornement autour d'une épave de bateau pirate miniature.

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