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Voilà ce que l'accord de l’Opep va changer dans votre vie

Gilles Bridier, mis à jour le 29.09.2016 à 16 h 09

Les prix à la pompe ne changeront peut-être pas beaucoup, mais cela aura un impact politique.

Garden City, Texas, le 5 février 2015
SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Garden City, Texas, le 5 février 2015 SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

L’accord surprise intervenu dans la nuit de mercredi entre les quatorze pays producteurs de pétrole réunis au sein de l’Opep, ne va pas dans l’immédiat bouleverser le marché. La décision prise vise avant tout à stabiliser la production, aujourd’hui à un niveau élevé. Mais il exprime un retournement dans l’attitude des pays membres et leur stratégie qui, à moyen terme, aura forcément une incidence sur le prix du baril et la facture pétrolière des pays importateurs comme la France.

Nous assisterons bientôt à une remontée prochaine des cours. Mais pas demain. D’abord, le plafond auquel l’Opep fait référence se situe peu ou prou au niveau de la production globale de ses membres aujourd’hui. Il s’agit donc d’une stabilisation, pour éviter les dérives constatées depuis 2014 qui se sont traduites par une augmentation de la production Opep de près de 10% en deux ans… alors que l’offre se diversifiait avec l’arrivée du pétrole de schiste.

Ensuite, il reste encore à établir les nouveaux quotas, et surtout à les faire respecter par les membres, ce qui n’est pas toujours le cas.

Enfin, une stabilisation de la production Opep doit être accompagnée par une décision identique de la part des autres opérateurs qui assurent les deux tiers de l’approvisionnement mondial en or noir; ils devraient suivre, leur intérêt n’étant pas de brader leurs exportations. Reste que l’arrivée des Etats-Unis parmi les exportateurs de pétrole bouleverse les rapports de force, surtout depuis que l’administration américaine a assoupli la réglementation sur ces exportations.

En outre, une inconnue subsiste: Ryad et Bagdad respecteront-ils cette paix armée sur le front pétrolier? Même s’ils ont entériné l’accord en question, leurs antagonismes ne se sont pas dissipés pour autant. Certes, le dialogue au sein de l’Opep a su à de nombreuses reprises dans l’histoire de l’organisation passer outre les conflits entre les membres, pour préserver les intérêts de chacun. Cette sanctuarisation avait volé en éclat. Est-elle durablement restaurée?

Quoi qu’il en soit, les pays importateurs ne pouvaient imaginer que le prix du baril allait s’installer définitivement en-dessous des 50 dollars, alors que des pays producteurs totalement dépendants de leurs exportations de pétrole comme l’Algérie ou le Venezuela en souffrent.

Les prix à la pompe peu impactés dans l’immédiat

La France a connu sa période faste. Même si la facture énergétique (tous produits confondus) a profité du recul du prix du baril,  elle est restée malgré tout à un niveau très élevé, de l’ordre de 55 milliards d’euros malgré l’économie de 11 milliards enregistrée dès 2014. Et les importations qui avaient un peu reculé sont reparties à la hausse en 2016,  rendant un relèvement du prix du pétrole encore plus douloureux pour la balance du commerce extérieur déjà largement déficitaire.  Même si ces effets ne se feront pas sentir sur les comptes 2016, ceux de 2017 devraient être impactés.

Toutefois, pour les automobilistes, l’augmentation des prix à la pompe ne devrait pas être sensible dans l’immédiat. Compte tenu de la taxe intérieure qui a été relevée en 2016 et de la TVA qui s’applique aussi bien sur cette taxe que sur le produit, le prix du carburant hors taxes à la pompe n’intervient que pour un quart du montant affiché. Autrement dit, la hausse de l’or noir est amortie par le poids des taxes. Quant au cours de l’euro par rapport au dollar, il joue également un rôle éminent dans le prix payé par les automobilistes. La hausse à la pompe ne sera pas forcément très spectaculaire, ni très rapide, mais elle interviendra, mécaniquement, impactant le quart du prix affiché.

Vers une transition énergétique 

Car on voit mal le gouvernement actuel, avec la priorité donnée à la transition énergétique, compenser par une baisse des taxes la hausse qui pourrait survenir sur le produit. Au contraire: en toute logique, les pouvoirs publics vont tenter de mettre à profit ce redressement des cours du pétrole pour insister sur la nécessité d’accélérer cette transition.

Il est vrai que l’élection présidentielle de 2017 pourrait avoir une incidence sur la politique énergétique. Mais la transition ayant été voté à une large majorité à l’Assemblée nationale, une inflexion de cette politique ne serait pas cohérente. Toutefois, rien n’est certain face à la surenchère électorale à laquelle on peut s’attendre. 

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
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