France

Kim Kardashian était la meilleure campagne de pub pour Paris, É-T-A-I-T

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 03.10.2016 à 13 h 48

Paris peine à se relancer auprès des touristes effrayés par les attentats. Au pire moment, l’agression dont son ambassadrice involontaire a été victime en pleine Fashion Week ressemble à un complot contre l’industrie touristique parisienne.

Des caméras devant l'hôtel particulier rue Tronchet, dans le VIIIe arrondissement de Paris, où Kim Kardashian a été agressée. Thomas SAMSON / AFP

Des caméras devant l'hôtel particulier rue Tronchet, dans le VIIIe arrondissement de Paris, où Kim Kardashian a été agressée. Thomas SAMSON / AFP

Une agression est toujours traumatisante, mais celle qu’a subi Kim Kardashian dans l’hôtel particulier parisien qu’elle louait dépasse le cadre du fait divers du fait de la notoriété de la victime. Dans la nuit de dimanche à lundi, la plus célèbre du clan Kardashian a été braquée par des hommes cagoulés qui se sont fait passer pour des policiers et lui ont dérobé des bijoux d’une valeur de plusieurs millions d’euros, selon des sources citées par France Info. La star n’a pas été blessée mais est sortie «sonnée» de l’épreuve. Son mari le chanteur Kanye West a interrompu brutalement un concert à New York après avoir appris la nouvelle.

L’association entre l’égérie d’un certain glamour international, la ville du luxe et un braquage à main armée, en pleine Fashion Week, est catastrophique pour la capitale qui se démène depuis plusieurs mois pour redorer son image auprès des touristes étrangers. Mise à mal par le poids d’Airbnb à Paris, dont elle est le premier marché, l’industrie touristique traditionnelle a subi le contrecoup des attentats de Paris et de Nice, dont l’effet s’est répercuté sur les chiffres de fréquentation des grands monuments et des nuitées à l’hôtel. Même si un «effet Euro» sur la clientèle européenne masque partiellement l’ampleur de la désaffection pour la destination. Le chiffre d’affaires annuel du secteur pourrait baisser de 10% selon le cabinet de conseil KPMG.

La conjonction de ces difficultés a contraint Paris à sortir du déni et à accepter d’avoir à se battre pour conserver son rang de ville la plus désirable au monde, et ne plus considérer ce statut comme une donnée de base. Deux semaines avant l’agression de Kim Kardashian, la première manifestation visible de cette préoccupation est apparue sous la forme d’un spot de promotion présenté par la maire de Paris (qui y fait une apparition). Le clip, financé par les milieux économiques et la Ville dans le cadre d'un plan de relance pour Paris, est réalisé par Jalil Lespert et se cantonne à une visite touristique des sites incontournables: Tour Eiffel, Champs-Élysées, musée du Louvre, Montmartre. Les critiques ont trouvé la proposition trop stéréotypée, mais elle signale que c’est le cœur de cible de la ville associée au romantisme, le couple qui ne passera peut-être qu'une semaine de sa vie en Europe, qui risque de vaciller si rien n’est entrepris pour redresser la situation.

La timeline de Kim Kardashian était le «Paris je t’aime» honnête

Manque de chance, l’événement du braquage de Kim Kardashian survient quelques jours après ce lancement peu répercuté sur les réseaux sociaux d'une vidéo qui devait inonder le web, et devra s’en tenir à des canaux de diffusion institutionnels à partir de novembre comme les vols long courrier d’Air France ou les hôtels Accor. Bien loin de ces réseaux de diffusion, la star de télé-réalité connue pour avoir «cassé internet» avec une photo de ses fesses en une d’un magazine de mode est omniprésente sur les flux qui orientent l’attention médiatique. Que ce soit avec ses 48,3 millions d’abonnés à ses flux Twitter, ses 29 millions à sa page Facebook, son statut d'icone sur Snapchat (dont les chiffres ne sont pas publics), Kim Kardashian est connue pour documenter de nombreux moments de sa vie sur les réseaux sociaux, puisque son métier consiste à entretenir sa propre célébrité. Elle est tellement influente que Snapchat peut l'inviter à son siège pour tester en avant-première un filtre qui sera ensuite proposé à la masse des utilisateurs.

L’ironie suprême de la chose, c’est que l’agenda de la semaine de Kim Kardashian à Paris est le conducteur parfait de ce qu’aurait pu être un spot publicitaire qui assume la dimension de luxe ostentatoire qui, qu'on le veuille ou non, est l'image que Paris renvoie et qui motive le voyage de nombre de ses clientèles. Car que fait Kim quand elle est à Paris? Elle va dîner au restaurant L’Avenue, fait escale au Ritz avec ses copines mannequin, assiste aux défilés Balanciaga et Givenchy,  dîne chez le créateur Azzedine Alaïa, etc.

 

 

Alors que la cheffe de l'opposition municipale Nathalie Kosciusko-Morizet a sauté sur l'occasion pour évoquer une «contre-pub» pour l'image de la ville, Anne Hidalgo a publié un communiqué pour «dire [à Kim Kardashian] qu'elle sera toujours la bienvenue à Paris», tout en répondant à cette tentative de récupérer l'événement:

«Dans un contexte touristique compliqué, alors que la relance de la fréquentation doit être la priorité de tous, utiliser ce fait divers à des fins de polémique reviendrait à porter directement atteinte au secteur du tourisme et aux 500.000 emplois qu'il représente en Ile-de-France.»

Étant donné le poids que pèse la plus influente des Kardashian dans la communication mondiale et son amour pour le Paris des podiums et des soirées bling bling, on espère qu’elle se fendra d’un tweet (et d’un post Facebook, d’une photo Instagram, d’un Snap, etc.) pour réaffirmer son amour de Paris après l’expérience traumatisante qu’elle a subie.

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (977 articles)
Journaliste
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