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Comment l’Iran se construit un internet adapté à la censure

Temps de lecture : 2 min

Le mois dernier, l’Iran a sorti une première phase de son internet national.

Un Iranien surfe sur internet dans un cybercafé à Téhéran, le 24 janvier 2011
ATTA KENARE / AFP
Un Iranien surfe sur internet dans un cybercafé à Téhéran, le 24 janvier 2011 ATTA KENARE / AFP

Depuis 2011, l’Iran n’a cessé de réaffirmer le contrôle du gouvernement sur internet. Au fil du temps a fini par émerger l’idée d’un réseau nettoyé de toute forme d’immoralité et déconnecté du web du monde entier. Un internet censuré donc. Mais quand est-il aujourd’hui? C’est la question à laquelle tente de répondre un article de Backchannel.

Sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, la liberté d’utiliser internet était fréquemment mise à mal. L’idée était de créer un vrai internet national, «un authentique réseau halal, visant les Musulmans sur le plan moral et éthique». En 2013, arrive au pouvoir l’actuel président, Hassan Rohani, plus modéré, qui lance vraiment cet internet local.

Géré par une seule compagnie, propriété de l’État, le réseau est pour le moins instable. Surtout, le gouvernement peut décider à loisir de bloquer des services ou de ralentir le débit. Et ce monopole n’aide pas les avancées technologiques. Les infrastructures sont si pauvres, que plusieurs sites sont hébergés à l’étranger.

Régler ce problème a été un point phare des politiques les plus récentes. Le pouvoir a investi beaucoup d’argent pour créer des bases de données, ainsi que des Internet Exchange points, à travers tout le pays, ce qui a largement contribué à améliorer le réseau.

Mais comme le rappelle Backchannel, ce nouvel internet est aussi devenu un outil de contrôle. Les fournisseurs d’accès ont commencé à offrir des forfaits haut débit moins chers qui ne permettent de surfer que sur les sites locaux. Le pouvoir a également largement subventionné des centres de données et le développement version locale de plateformes comme Facebook ou YouTube. Résultat, il est devenu beaucoup plus plaisant de naviguer sur des sites hébergés en Iran qu’à l’étranger. Voilà, la première étape de l’internet iranien, annoncé en grande pompe fin août 2016.

Les versions iraniennes de ces plateformes sont beaucoup plus complaisantes avec la loi de contrôle. Aparat, version iranienne de YouTube, ne subit pas le filtrage par le gouvernement et peut diffuser des vidéos en haut débit –ce qui compose la phase 2 de l’internet iranien. Mais elle subit tout de même la censure. Au début 2016, la plateforme a dû supprimer une chaîne d’opposants sous couvert de la loi contre la cybercriminalité.

Mais pour l’instant, ce n’est pas très concluant. Les versions nationales de réseaux sociaux, d’applications de chat ou autres pataugent. Rohani n’a pas tenu ses promesses d’avancées sociales sur l’accès à internet. Les décisions concernant son contrôle ne sont pas totalement en son pouvoir, puisque la plus haute autorité du pays n’est pas le président mais le leader suprême, l'Ayathollah Khomeini. En 2012, ce dernier avait lancé une directive au gouvernement pour l’enjoindre de ralentir le débit d’internet tant que la version nationale ne serait pas lancée. L'affaire a contribué à politisé le débat, jusqu'à cette injonction du parlement en 2015.

Les problèmes concernant l’internet iranien servent surtout à nous rappeler que rien n’est acquis. Internet demande des infrastructures qui conduisent forcément à des enjeux politiques. Dans un internet national, la non-conformité est facilement gérable: il suffit de fermer les serveurs et d’arrêter les administrateurs. Mais l’Iran n’est pas le seul pays concerné par de tels enjeux concernant la liberté. Comme le conclut Backchannel:

«Pour beaucoup, l’internet national va amener des effets positifs sur l’économie, en contrepartie d’une liberté individuelle moins concrète. Ce compromis est un modèle que d’autres pays sont tenus de suivre, un problème pour l’internet qui dépasse l’Iran.»

Slate.fr

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