Partager cet article

Pour de nombreux Palestiniens, Shimon Peres reste d'abord «un criminel de guerre»

Shimon Peres, le 22 mai 2016. JACK GUEZ / AFP

Shimon Peres, le 22 mai 2016. JACK GUEZ / AFP

Tout le monde ne fait pas l'éloge de l'ancien chef d'État israélien disparu dans la nuit du 27 au 28 septembre.

Shimon Pérès est décédé à l'âge de 93 ans, dans la nuit du 27 au 28 septembre 2016. L'ancien chef d'État israélien et prix Nobel de la paix avait été admis à l'hôpital deux semaines plus tôt après une grave attaque cérébrale, et se trouvait en soins intensifs depuis.

Alors que beaucoup lui rendent hommage un peu partout dans le monde, on revient surtout sur la vie d'un homme de paix, qui laisse un grand trou derrière lui. Mais si cette vision rassemble beaucoup de médias et personnalités occidentales, pour d'autres Shimon Peres ne laisse pas une image aussi positive.

Sur la version anglophone du site d'Al Jazeera, on apprend dans un premier article qu'après avoir formé une alliance clé avec des pays occidentaux comme la France et la Grande-Bretagne, qui allaient permettre de construire le réacteur nucléaire de Dimona et permettre à Israël d'obtenir la bombe nucléaire, Peres «a préparé un plan avec les deux puissances coloniales pour attaquer l'Égypte 1956 ce qui a débouché sur la crise du canal de Suez. Israël a envahi le Sinaï pour offrir un prétexte à une intervention franco-anglaise et saisir le canal de Suez. Mais ils ont dû se retirer sous la pression des États-Unis et de l'Union soviétique».

L'anecdote du «loser»

L'article évoque largement ses succès –comme son prix Nobel de la paix (tout en rappelant le lobbying qui lui a permis de l'obtenir)– mais aussi ses nombreux échecs.

«L'anecdote de la fin des années 1990 est connue. Quand Peres a fait l'erreur de demander à une convention du parti travailliste s'il était un “loser”, les délégués ont crié “oui” en retour. [...]

 

Contrairement à Rabin, et Ariel Sharon, deux personnages de sa génération qui ont profité de grands éloges politiques, Peres a souffert en partie parce qu'il ne s'était pas fait connaître dans l'armée israélienne, observe Yaron Ezrahi, professeur à l'université hébraïque de Jérusalem. Il était plus perçu comme un technocrate un peu terne qu'un guerrier pragmatique.»

Mais cela a changé avec le temps. Sur la fin de sa carrière, Al Jazeera souligne que Peres a été vu de plus en plus comme un «trésor national». Pas vraiment l'avis des Palestiniens, chez qui, «son image était plus compliqué à réhabiliter»:

«On se souvient mieux de lui comme faisant partie de l'élite du parti travailliste sioniste responsable de la création d'un État juif en 1948 sur les ruines des terres palestiniennes.»

Ce sentiment est décrit plus en longueur dans un autre article du média qatarien. Ainsi pour son analyste de Moyen-Orient, Yehia Ghanem, beaucoup de personnes vont se souvenir de l'ancien chef d'État israélien comme d'un «criminel de guerre», à la lumière du bombardement de Qana en 1996.

«Les personnes qui font l'éloge de Peres ont soutenu Israël et ses crimes tout au long de son histoire. Le fait qu'il ait ordonné le massacre de Qana était et est toujours considéré comme un crime de guerre.»

L'échec d'Oslo

Pour Diana Battu, ancienne négociatrice palestinienne pour la paix, Peres est «un homme, qui depuis le début est un criminel de guerre».

«C'est quelqu'un qui a cru dans l'épuration ethnique de la Palestine, quelqu'un qui quand il s'est retrouvé au pouvoir s'est assuré que la terre palestinienne qui était occupée –pas capturée– a été accordée aux israéliens et transformée en colonies juives israéliennes, ce qui était des crimes de guerre selon la loi internationale».

Sur un ton moins enlevé, sur Franceinfo, Leila Shahid, ancienne déléguée générale de l'Autorité palestinienne en France et ex-ambassadrice de la Palestine auprès de l'Union européenne estime que, pour les Palestiniens, «il restera l'homme qui n'a pas mis en œuvre les accords d'Oslo, celui qui n'a pas su succéder à Yitzhak Rabin après son assassinat, celui qui a d'ailleurs perdu les élections face à Netanyahu et, pour cette raison-là, il a été décevant pour les partisans de la paix palestiniens mais aussi israéliens. Et puis surtout, l'homme qui a, au lieu de continuer à défendre le parti travailliste, a choisi d'aller avec Ariel Sharon.»

Sur Twitter aussi, les voix discordantes ont pu se faire entendre. The Independent raconte ainsi que l'universitaire et écrivain palestinien Ali Abunimah a indiqué sur son compte Twitter que «Shimon Peres est mort sans affronter la justice pour ses crimes sanguinaires, en Palestine et au Liban. Une tragédie pour ses victimes, qu'elles trouvent la paix».

Un autre message largement relayé montre une photo de Peres en compagnie de responsables sud-africains du temps de l'apartheid et assure que l'ancien chef d'État israélien avait «offert la bombe nucléaire à l'Afrique du sud».

D'autres (que l'on ne reproduira pas ici) sont clairement antisémites et vont parfois obscurcir des critiques compréhensibles de l'ancien homme d'État.

Une sorte de résumé du conflit israélo-palestinien sur internet ces dernières années.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte