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Mais pourquoi tant de centenaires comme Kirk Douglas votent-ils Démocrate?

Kirk Douglas, à Beverly Hills, en mai 2013. Alberto E. Rodriguez / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Kirk Douglas, à Beverly Hills, en mai 2013. Alberto E. Rodriguez / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Les histoires se multiplient un peu partout à l'approche de l'élection.

Kirk Douglas doit fêter ses 100 ans le 9 décembre prochain: un mois et un jour après le résultat de l'élection présidentielle américaine. Et si possible, l'ancien acteur aimerait bien faire en sorte de fêter son centenaire sans Donald Trump au pouvoir, a-t-il fait savoir dans une tribune publiée dans le Huffington Post, où il compare notamment les propos du candidat républicain à ceux d'Adolf Hitler.

«Jusqu'à maintenant je pensais avoir tout vu. Mais c'est la première fois que je suis témoin de ce genre de campagne de peur lancée par un candidat à la présidentielle américaine. J'ai vécu une longue et belle vie. Je ne serai pas ici pour en voir les conséquences si ce mal prend racines dans notre pays. Mais vos enfants et les miens si. Et leurs enfants. Et les enfants de leurs enfants.

 

Nous aspirons tous à rester libre. Nous nous battons pour ça dans ce pays. J'ai toujours été profondément fier d'être américain. Jusqu'à ma mort, je prie pour que ça ne change pas. Dans notre démocratie, la décision de rester libre est entre nos mains.»

Kirk Douglas est loin d'être le seul centenaire ou presque à refuser le discours de Trump et d'appeler à voter en faveur d'Hillary Clinton. Ces derniers mois, on a vu apparaitre plusieurs histoires de centenaires (ou quasi-centenaires) à en faire de même.

En juillet, plusieurs médias ont repris l'histoire de Jerry Emmet, 102 ans, grande supportrice d'Hillary Clinton, qui avait annoncé que la délégation de l'Arizona attribuait 51 de ses 85 voix à l'ancienne secrétaire d'État lors de la convention démocrate.

 

Il y a quelques jours, c'est le Daily Kos qui racontait l'histoire de Menia Perelman, une centenaire, qui a survécu à l'Holocauste et qui prévoit de voter pour Hillary Clinton, le 8 novembre prochain. En juillet, un journal local d'Arizona rencontrait une autre centenaire qui compte voter pour la «première femme présidente des États-Unis».

Obama aussi avait un certain succès

Ce n'est cependant pas vraiment lié à cette élection. Lors de la dernière élection, plusieurs centenaires étaient venues prêter main forte à Barack Obama en l'assurant de leur soutien lors de meetings en Floride, dans le Nevada, ou encore dans le Kansas.

Des propos qui vont contre l'idée reçue que plus on vieillit, plus on a tendance à voter à droite, et quand on est jeune on vote forcément à gauche. En fait, le phénomène est un peu plus compliqué que cela et le Guardian l'avait analysé après l'élection présidentielle de 2012 et la réélection de Barack Obama.

Une étude du Pew Research Center montrait qu'entre 1994 et 2004, la génération à avoir voté pour la première fois sous Franklin Delano Roosevelt, président démocrate entre 1932 et 1945 (et dont certains sont aujourd'hui centenaires) était la seule à avoir continuellement voté démocrate. Lors de l'élection présidentielle 2004, cette génération avait d'ailleurs voté avec jusqu'à 14 points d'avance sur la moyenne nationale pour John Kerry, face à George W. Bush. Les seuls à voter aussi fortement et régulièrement à gauche (sur le spectrum américain), ce sont ceux qui ont voté pour la première fois sous les présidences Bush et Obama.

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Ces graphiques montrent comment chaque génération ayant eu 18 ans sous un président a ensuite voté lors des élections de 1994 à 2010 par rapport à la moyenne nationale. Le centre de recherches américain indique que si certaines périodes ne sont pas couvertes dans cette étude pour ces échantillons, c'est parce que l'échantillon était trop faible ou inexistant.

Le centre de recherches américain expliquait ainsi que «la plupart ont pu commencer à voter sous la présidence de FDR, et ont été des soutiens plutôt fiables des Démocrates jusque dans leurs dernières années».

Deux raisons principales

Yves-Marie Péréon, maître de conférences à l'université de Rouen, et auteur d'une biographie de Franklin Roosevelt, indique que plusieurs raisons peuvent l'expliquer mais qu'il y en a deux principales:

«Ce sont vraisemblablement des gens qui font partie de ce que les Américains appellent “The Greatest Generation”, cette génération qui a combattu ou qui ont connu leur jeunesse sous la présidence de Roosevelt, et il y a cette fidélité à celui qui a mené l'Amérique à la victoire.

L'autre raison, c'est que la société américaine de l'époque a été profondément transformée par le New Deal. Pour ces gens-là, ça a été le moment où leur famille a pu accéder à une sorte de protection sociale et par la suite sous son successeur, mais dans la même tradition, ils ont bénéficié à leur retour du GI Bill, et la possibilité d'étudier à l'université et d'obtenir ainsi une formation professionnelle qui les a portés pendant toutes les décennies de l'après-guerre.»

Et toute une partie de cette génération a ensuite pu profiter de l'avènement de la classe moyenne, aux États-Unis. Yves-Marie Péréon tient cependant à souligner que tous les électeurs de Roosevelt n'ont pas voté démocrate toute leur vie. La coalition qui a permis à Roosevelt d'être élu en 1932 et 1936 s'est effritée à la fin des années 60 (avec notamment la fin du soutien du sud du pays et des cols bleus).

«Il y a une fidélité à la mémoire du président Roosevelt, mais je ne suis pas certain que cette fidélité ait perduré pour tout le monde au-delà des années 70.»

Lors de l'élection 2012, le Houston Chronicle avait rencontré un homme de 102 ans, qui explique voter désormais Républicain. Mais le meilleur exemple que l'on ne vote pas de la même façon toute sa vie, est Ronald Reagan, qui avant de devenir le candidat républicain élu président de 1980 à 1988, avait été un fervent démocrate.

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Pas spécifique à la «Greatest Generation»

Le Guardian explique néanmoins que cette façon de voter n'est pas spécifique à une seule génération:

«La génération Gipper est conservatrice pour la même raison avec Reagan. À l'inverse, la présidence de George W. Bush est vue comme un échec, et par conséquent les jeunes se sont révoltés.»

Et si le Pew Research Center a bien raison et que «les générations portent avec elle l'empreinte de leurs premières expériences politiques», alors pas sûr que les centenaires votent encore majoritairement démocrate encore longtemps. ABC rappelait ainsi lors de la dernière élection qu'ils risquent de pencher de plus en plus vers le camp républicain, avec l'arrivée d'une nouvelle génération, la Génération Silencieuse, qui a grandi sous Truman et (surtout) sous Eisenhower, et qui a tendance à voter plus à droite que la moyenne nationale.

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