Monde

Un premier débat Clinton-Trump émaillé d'attaques personnelles

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 27.09.2016 à 6 h 14

Trump: «Je ne crois pas qu'Hillary ait l'endurance». Clinton: «Quand il aura voyagé dans 112 pays, il pourra me parler d'endurance».

Hillary Clinton et Donald Trump lors du débat à Hampstead, le 26 septembre 2016. JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Hillary Clinton et Donald Trump lors du débat à Hampstead, le 26 septembre 2016. JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Alors que les sondages entre Hillary Clinton et Donald Trump se sont fortement resserrés ces derniers temps, même s'ils restent à l'avantage de la première, la candidate démocrate et son adversaire républicain se sont livrés un âpre débat, lundi 26 septembre, pour leur premier face-à-face de la campagne, à l'université Hofstra à Hampstead (état de New York).

Un débat balayant un grand nombre de sujets, de l'économie à la sécurité nationale en passant par les questions raciales. Un débat décousu, souvent acrimonieux, parfois scandé par des applaudissements du public dans les deux camps –en faveur de Trump quand il a évoqué l'affaire des emails de sa rivale, en faveur de Clinton quand elle a évoqué les talents d'optimisation fiscale de son adversaire. Un débat marqué, également, par de nombreuses interruptions, qui ont penché plutôt du côté de Trump.


Un débat tellement atypique qu'on a pu voir un ancien candidat à la primaire démocrate, Howard Dean, blaguer sur Twitter sur l'usage supposé de cocaïne de Donald Trump, la faute à des «snif» intempestifs.

Au point qu'Hillary Clinton s'est franchement lâchée à un moment.

Tentons néanmoins de le résumer en quelques phrases ou moments clef.

Hillary Clinton: «Donald, c'est bien d'être avec vous.»

Un moment de civilité au début du débat. Rassurez-vous, ça n'a pas duré.

Hillary Clinton: «Il pense que le changement climatique est un mensonge inventé par les Chinois»
Donald Trump: «Je ne dis pas cela»

Il l'a dit. Mieux, il l'a tweeté, à la veille de la réélection de Barack Obama.

Donald Trump: «Regardez le Michigan, regardez l'Ohio...»

Au début du débat, le candidat républicain a largement centré son discours sur les pertes d'emploi dans l'industrie américaine, qu'il a notamment attribuées à l'Alena, l'accord de libre-échange signé en 1994 par l'administration Clinton avec le Canada et le Mexique (suscitant une réponse de la candidate démocrate comme quoi son mari avait fait «un plutôt bon boulot» de défense des emplois américains). Un propos qu'il a notamment illustré à plusieurs reprises en mentionnant les swing states des Grands Lacs (Ohio, Michigan, Pennsylvanie...), qui seront décisifs dans sa possible conquête de la Maison Blanche.

Donald Trump: «Elle vous explique comment combattre l'État islamique sur son site internet. Je ne pense pas que le général Douglas McArthur aimerait beaucoup ça. Vous dites à l'ennemi tout ce que vous voulez faire. Pas étonnant que vous ayez combattu l'État islamique toute votre vie adulte.»

Une attaque du candidat républicain sur les plans anti-Daech de son adversaire, secrétaire d'État de Barack Obama entre 2009 et 2013. Pour la petite référence historique, le général McArthur commandait l'armée américaine dans le Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale, et est un des modèles de Trump.

Donald Trump: «Je rendrais public mes avis d'imposition, contre l'avis de mes avocats, quand elle publiera les 33.000 emails qui ont été effacés.»

Un prêté pour un rendu, une affaire contre une autre. Hillary Clinton a reconnu lors du débat qu'elle avait commis une «erreur» dans le scandale de ses emails.

Hillary Clinton: «Si votre principal argument pour devenir président des États-Unis est votre business, parlons-en... J'ai rencontré beaucoup de gens qui ont été lésés par vous et vos entreprises... Je suis assurément heureuse que mon regretté père n'ait pas fait affaire avec vous.»

Un double argument de la candidate démocrate, qui a beaucoup insisté sur les casseroles de son adversaire et en profite au passage, en rendant hommage à son père, petit entrepreneur textile, pour souligner leur différence d'origine sociale.

Hillary Clinton: «Chacun devrait bénéficier du respect de la loi et chacun devrait respecter la loi.»

Une réponse apportée par la candidate démocrate au sujet des récents troubles à Charlotte. Donald Trump a répliqué en affirmant qu'il y avait deux mots que son adversaire n'osait pas prononcer: «loi» et «ordre».

Hillary Clinton: «Donald a commencé sa carrière, en 1973, en étant poursuivi par le département de la Justice pour discrimination raciale, car il ne louait pas d'appartements dans un de ses immeubles à des Afro-Américains et s'assurait que cette politique était suivie par ceux qui travaillaient pour lui. En fait, il a été poursuivi à deux reprises par le département de la Justice, donc il a un lourd passé en matière de comportement raciste. Et le mensonge sur l'acte de naissance était très blessant.»

Donald Trump a longtemps été un des plus assidus soutiens de la théorie selon laquelle Barack Obama était né au Kenya, et en conséquence inéligible à la présidence des États-Unis. Il a fini par abandonner définitivement cette position début septembre, lors d'une conférence de presse surréaliste, et estime aujourd'hui avoir rendu un «grand service» à son pays en forçant la Maison-Blanche à produire ce certificat de naissance.

Hillary Clinton: «Donald a soutenu l'intervention en Irak.»
Donald Trump: «Faux. Faux. Faux.»

Alors que le candidat républicain accuse Obama et Clinton d'avoir, par leur politique, donné naissance à l'organisation État islamique en créant un vide dans la région, cet échange fait référence à une des polémiques les plus durables de la campagne: oui ou non, le candidat républicain a-t-il soutenu le projet de George W. Bush d'envahir l'Irak en 2002-2003? Les médias ont à plusieurs reprises souligné qu'il avait soutenu l'intervention avant qu'elle ne commence, et qu'il avait fallu attendre plus d'un an après pour qu'il change de position.

Donald Trump: «Il y a tellement de choses différentes qu'il faut être capable de faire, et je ne crois pas qu'Hillary ait l'endurance.»
Hillary Clinton: «Eh bien, une fois qu'il aura voyagé dans 112 pays et négocié un accord de paix, un cessez-le-feu, une libération de dissidents, l'ouverture de nouvelles opportunités et nations dans le monde, ou même passé onze heures à déposer devant une commission du Congrès, je pense qu'il pourra me parler d'endurance.»

Une allusion transparente (et qui n'a évidemment pas échappé à Clinton) à ses récents ennuis de santé.

Hillary Clinton: «Je soutiens notre démocratie. Parfois vous gagnez, parfois vous perdez. J'accepterai évidemment le résultat de cette élection. [...]»
Donald Trump: «[...] Si elle gagne, absolument, j'accepterai le résultat.»

La conclusion des deux adversaires quand le modérateur Lester Holt leur a demandé s'ils étaient prêts à accepter une éventuelle défaite. Prochain débat le 9 octobre à St. Louis (Missouri): il restera alors moins d'un mois avant le scrutin.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (925 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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