Monde

[VIDÉOS] Quand Obama raconte les moments décisifs de sa présidence

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 29.09.2016 à 9 h 09

Découvrez en exclusivité cinq extraits du documentaire d'Arte «Les années Obama».

Barack Obama (Pete Souza/The White House).

Barack Obama (Pete Souza/The White House).

«Yes, we can» («Oui, nous pouvons»), disait le slogan de Barack Obama lors de sa campagne victorieuse de 2008. «No, I can't» («Non, je ne peux pas»), lui répond, en écho, le titre du quatrième et dernier épisode de la série documentaire d'Arte Les Années Obama, diffusé le 4 octobre et dont nous vous proposons de découvrir en exclusivité cinq extraits.

Entre ces deux phrases, l'une outrageusement optimiste, l'autre exagérémement pessimiste, se dessine l'enjeu de ce film: comment peut «faire» l'homme le plus puissant du monde? Il y répond face caméra d'un ton pesant soigneusement le pour et le contre, les différents arguments –le ton du juriste qu'il a commencé par être. Un ton différent de celui parfois charmeur ou blagueur qu'il adopte en public, différent aussi du ton, on le devine, plus sec ou exaspéré que peut utiliser avec ses conseillers celui qui a longtemps été privé d'une majorité parlementaire et s'avoue frustré par le processus politique américain («que des tactiques, qui ne résolvent pas de problème»).

Ses principaux conseillers et ministres (mais pas sa possible successeure Hillary Clinton) revisitent aussi, chacun avec leur ton, enthousiaste, juvénile, cynique, prudent, les épisodes décisifs de ses deux mandats: les cent premiers jours en pleine bourrasque financière, le débat sur la réforme de la santé, la gestion des multiples crises au Moyen-Orient (Printemps arabe, Syrie, Libye, Iran...), le face-à-face avec une Amérique malade du racisme ou de la violence...

À un moment du documentaire, son conseiller Jim Messina compare le travail de l'équipe de la Maison-Blanche à celui d'un groupe de contrôleurs aériens: à tout instant, il faut décider quels avions, quelles réformes, il faut faire décoller, et lesquels faire atterrir. On devinera, à la vision de ces quatre heures, que beaucoup n'ont pas exactement parcouru le trajet défini par le plan de vol.

1.«On n'aura pas un putain de centime de plus»

Le 15 mars 2009, Obama convoque à la Maison-Blanche ses principaux conseillers économiques et son secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, pour débattre du plan de stabilité financière annoncé le mois précédent, qui n'a pas convaincu. Six mois après la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers, l'option nucléaire est sur la table: une nationalisation partielle du secteur bancaire. Face aux divisions de ses conseillers, Obama les abandonne pour aller dîner en leur intimant de s'accorder sur une solution, qui leur sera fournie crûment par son chef de cabinet Rahm Emanuel: «On n'aura pas un putain de centime de plus du Congrès.» Exit la nationalisation.

 

2.«Je me sens chanceux tous les jours»

Dès le début de son mandat, Obama annonce son intention de faire débattre le Congrès d'une ambitieuse réforme de la couverture santé, l'Affordable Care Act, alias l'«Obamacare». Le texte déclenche une tempête politique, avec des réactions violentes du côté des Républicains. Le responsable des affaires législatives de la Maison-Blanche, Phil Schiliro, s'inquiète auprès d'Obama de ses chances de succès au Congrès, s'attirant la réplique suivante:

«Phil, où sommes-nous?
–Dans le Bureau ovale, monsieur.
–Et comment je m'appelle?
–Vous vous appelez Barack Obama.
–Alors, bien sûr que je suis chanceux. Je suis un noir qui s'appelle Barack Obama et je suis président, donc je me sens chanceux tous les jours.»

Après un patient travail de compromis, la réforme finira par être adoptée en 2010, avant de survivre aux recours devant la Cour suprême.

 

 

3.«Il y avait une chance sur deux que Ben Laden soit là»

Depuis neuf ans, Oussama Ben Laden échappe à la traque des services secrets américains quand, à l'automne 2010, ceux-ci identifient une résidence suspecte où pourrait se cacher le leader d'al-Qaïda, à Abbottabad, au Pakistan. Les conseillers d'Obama sont divisés sur l'opportunité de lancer une opération qui pourrait se transformer en énorme revers politique en cas d'échec.

«Il y avait une chance sur deux que Ben Laden soit là, mais cela valait la peine d'essayer», explique aujourd'hui Obama, qui décide finalement de donner son feu vert.

À l'issue d'une nuit de tension, «Geronimo», son surnom lors de l'opération, est abattu chez lui par les forces spéciales de l'armée américaine le 2 mai 2011.

 

 

4.«Prendre soin de nos enfants est notre première tâche»

Un peu plus d'un mois après sa réélection, Obama vit un des drames les plus sanglants de sa présidence: le 17 décembre 2012, un homme armé fait irruption dans l'école primaire de Sandy Hook à Newtown (Connecticut) et tue vingt enfants et six adultes. Deux jours plus tard, Obama se rend sur place à la rencontre des familles. Dans le convoi présidentiel, aux côtés de sa conseillère Valerie Jarrett, il réécrit entièrement le discours qu'on lui a préparé, où il revient sur la faillite de son pays face à la violence des armes à feu:

«Prendre soin de nos enfants est notre première tâche. C'est notre première mission. Si nous ratons cela, nous ratons tout. Nous serons jugés là-dessus en tant que société.»

 

5.

En Syrie, «c'était un choix d'intervenir, pas une nécessité»

En 2008, Obama avait largement fait campagne sur les échecs de politique étrangère de l'administration Bush, affirmant vouloir retirer les troupes américaines d'Afghanistan et d'Irak. Après l'attaque chimique menée par le régime syrien dans la Ghouta, à l'été 2013, il se voit pourtant confronté à l'éventualité de frappes aériennes punitives contre le régime de Bachar el-Assad, en association avec la France. «C'était un choix d'intervenir, pas une nécessité. Nous n'étions pas menacés», souligne aujourd'hui Obama.

Tout est prêt pour les frappes quand le Premier ministre britannique David Cameron demande, et échoue à obtenir, le soutien de son Parlement, forçant Obama à réclamer à son tour l'accord du Congrès aux frappes. Un délai qui permettra à Assad, avec le soutien de Poutine, de négocier sa survie en échange d'une solution de désarmement.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (917 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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