Culture

Et si les introvertis n'étaient en réalité que de gros égoïstes

Temps de lecture : 2 min

Vous avez «besoin» de passer du temps seul ou d'éviter les conversations inutiles. Peut-être êtes-vous tout simplement mal élevé..

Timide | Lucas Lima 91 via Flickr CC License by
Timide | Lucas Lima 91 via Flickr CC License by

Samedi soir. Au lieu de vous rendre à l'anniversaire d'un ami dont vous n'appréciez pas vraiment l'entourage, vous choisissez de rester enfermé(e) dans le chaleur réconfortante de votre appartement. Lundi midi. Incapable de soutenir les récits de week-end de vos collègues, vous décidez de vous offrir un salutaire repas en solitaire. Mercredi matin. Vous récupérez vos enfants à la sortie de l'école sans un mot pour les autres parents agglutinés près de l'entrée. Pas le courage, non, vraiment pas le courage d'engager la conversation avec ces inconnus familiers, surtout si c'est pour se voir proposer d'intégrer une association de parents d'élève.

Et toute votre semaine pourrait se décliner ainsi, présentant à l'infini des occasions de ne pas rentrer en contact avec autrui. Êtes-vous un introverti, un timide maladif incapable de supporter des interactions sociales permanentes façon Les Émotifs anonymes? Ou alors quelqu'un de fichtrement mal élevé? KJ Dell'Antonia, une journaliste du New York Times, s'est demandé pourquoi on échappe parfois avec tant de délectation aux sollicitations des autres.

Le pouvoir des introvertis

Elle-même se décrit comme souffrant de troubles cliniques d'anxiété sociale: «Je trouve les soirées effrayantes, j'ai du mal à parler avec des inconnus et, lorsque je suis entourée de gens durant trop longtemps, je dois impérativement me retrouver seule.» Ces tracas ne l'ont pas empechée de se faire violence pour parvenir à mener une existence normale aussi professionnellement que socialement.

Mais, depuis quelques années, la journaliste a remarqué que la culture «nerd» permettait aux gens d'assumer leur caractère anti-social. Et même qu'il était de bon ton de se couper délibérément du monde. Sundar Pichai, le patron de Google, est, par exemple, un CEO particulièrement peu loquace et charismatique.


KJ Dell'Antonia s'est donc autorisée à cesser de chasser le naturel et à assumer son caractère d'introvertie. Susan Cain, auteur du livre Quiet: The Power of Introverts in a World That Can't Stop Talking (Silence: le pouvoir d'être introverti dans un monde qui ne peut s'arrêter de parler), a fini par lui expliquer qu'un tel comportement pouvait s'avérer hautement préjudiciable voir impoli:

«Au lieu de vous draper dans votre propre ressenti, il faut essayer de se mettre à la place de ceux qui vous entourent. Évidemment, vous n'êtes pas obligé de faire tout ce que les autres font. Mais l'idée que vous puissiez faire du mal à quelqu'un, le blesser en vous repliant sur vous même peut vous pousser à dépasser vos limites.»

Car s'il n'y a rien de mal à s'accorder des instants seuls, le fait de se replier délibérément sur soi fait état d'un manque cruel de savoir-vivre, conclut KJ Dell'Antonia:

«On peut se trouver beaucoup d'excuses pour se montrer discourtois et éviter les rassemblements ou les conversations que nous n'allons pas apprécier. Ou juste pour rester en pyjama chez soi. Mais toutes ces excuses nous conduisent généralement à la même conclusion. Nous nous occupons davantage de nous même que des autres. Ce n'est pas être introverti. C'est tout simplement être un égoïste.»

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