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Non, les terroristes ne sont pas forcément des malades mentaux

La Promenade des anglais ensanglantée à Nice, le 16 juillet 2016. GIUSEPPE CACACE / AFP.

La Promenade des anglais ensanglantée à Nice, le 16 juillet 2016. GIUSEPPE CACACE / AFP.

Associer automatiquement des actes terroristes avec des troubles psychiatriques stigmatise non seulement les malades, mais entrave aussi et surtout la lutte contre le terrorisme, selon trois experts britanniques

Déséquilibré, fou, malade, fragile, perturbé... les termes d'inspiration psychiatrique qualifiant les terroristes ne manquent pas. Dans un éditorial de la revue médicale BMJ, trois psychiatres tirent la sonnette d'alarme: non seulement il est maladroit d'invoquer le terrorisme lorsqu'un individu se rend coupable d'une flambée soudaine et spontanée de violence, mais il est surtout dangereux d'expliquer automatiquement son geste par une maladie mentale.

Comme le rappellent Kamaldeep Bhui, Adrian James et Simon Wessely, en l'état actuel des connaissances scientifiques, nous en savons trop peu sur les antécédents des individus «radicalisés», et sur la manière dont ils en viennent à cette radicalisation, pour déterminer avec précision et fiabilité les causes du terrorisme. Les terroristes semblent en effet appartenir à des typologies très variées, où le fait d'avoir été soumis à des difficultés socio-économiques ou des discriminations est loin d'être omniprésent.

Idem pour les maladies mentales: contrairement aux idées reçues, les individus dépressifs, schizophrènes ou encore autistes ne sont pas du tout représentatifs des bataillons terroristes, notamment parce que les recruteurs s'en méfient comme de la peste en les estimant peu fiables, difficiles à former et risquant de mettre en péril le succès de leurs opérations. Les chercheurs soulignent ici que les cadres des organisations terroristes ne sont pas hermétiques aux préjugés et autres tropes culturels que véhicule la société. Ils n'ont donc aucune raison de ne pas stigmatiser les malades mentaux comme tout le monde et, la preuve, c'est ce qu'ils font.

Intervenant dans un podcast du BMJ, Simon Wessely précise que le premier objectif à avoir est de faciliter l'accès aux soins psychiatriques des populations et des individus les plus vulnérables. Fustiger encore davantage les malades mentaux en les associant au terrorisme, c'est tout simplement partir dans la direction opposée.

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