Monde

Après l'avoir traité de menteur pathologique, Ted Cruz annonce son soutien à Trump

Claire Levenson, mis à jour le 24.09.2016 à 15 h 30

A la convention républicaine, Cruz avait refusé de dire qu'il voterait Trump et déclaré qu'il n'était pas son «caniche». Il vient de changer d'avis.

Ted Cruz à la convention nationale républicaine, le 20 juillet 2016. Jim WATSON / AFP

Ted Cruz à la convention nationale républicaine, le 20 juillet 2016. Jim WATSON / AFP

Lorsque le sénateur du Texas Ted Cruz a refusé d'appeler à voter pour Donald Trump pendant la convention républicaine en juillet, et qu'il a quitté la scène sous les huées de la foule après avoir dit aux Américains de «voter selon leur conscience», il était presque devenu un héros. 

Beaucoup avaient trouvé le geste courageux, digne et politiquement habile, une façon de se distancier de Trump en vue d'une potentielle candidature à la présidentielle de 2020. Pourtant, deux mois après sa fronde, Cruz vient d'annoncer sur Facebook qu'au bout du compte, il voterait pour Trump:

«Après plusieurs mois de réflexion, de prières et d'examen de ma propre conscience, j'ai décidé que le jour de l'élection, je voterai pour le candidat républicain, Donald Trump», écrit Cruz.

Parmi les anciens candidats aux primaires républicaines, tous ont donc désormais annoncé qu'ils voteraient Trump, sauf Jeb Bush et John Kasich. En juillet à la convention, Cruz faisait pleinement parti du camp des anti-Trump (Jeb Bush et John Kasich avaient carrément décidé de boycotter l'événement), et sa défiance était si forte que le revirement actuel ne semblait pas envisageable

«Je n'ai pas l'habitude de soutenir les gens qui attaquent ma femme et mon père, avait dit Cruz. Ma promesse [de soutenir Trump] n'était pas une garantie que, même si vous calomniez Heidi, je serais docile comme un caniche et dirais "merci beaucoup d'avoir dénigré ma femme et mon père".»

Evidemment, la mention du chien docile s'est retournée contre lui:

«Comme un caniche servile, Ted Cruz soutient Trump, qui a calomnié sa femme et son père. Je dirais que j'ai perdu tout respect pour Cruz, mais je n'en avais aucun», écrit l'auteur Touré. 

Insultes et dénigrements

De nombreux commentateurs ont trouvé ce revirement difficile à comprendre en termes stratégiques. Pour Russell Berman dans The Atlantic, cette décision va complètement à l'encontre de l'identité politique spécifique que Cruz s'est forgée à travers les années, une identité que le journaliste résume ainsi:

«C'est un conservateur qui se bat pour ses principes, même si cela déplaît aux leaders de son parti. En s'inclinant devant un homme qui l'a attaqué si durement, Cruz dilue cette identité.»

Mais ces dernières semaines, Trump a embauché des proches de Cruz dans son équipe et un rapprochement s'est effectué. Selon le New York Times, des meilleurs sondages pour Trump pourraient aussi avoir fait changer d'avis Cruz, qui veut éviter d'être accusé de faire potentiellement perdre le candidat républicain en refusant de le soutenir. 

Ce retournement de veste ne retire pas le fait que les deux hommes s'insultent intensément depuis plus de six mois. Pendant les primaires républicaines, Cruz a acusé Trump d'être un «menteur pathologique»«complètement immoral» et «narcissique à un point que le pays n'a jamais encore vu». Il avait aussi dit qu'une présidence Trump pourrait «plonger le pays dans l'abysse» et que Trump était un «lâche».

Quant à Trump, il avait trouvé un petit surnom pour Cruz «Ted le menteur» (Lyin' Ted), avait suggéré que sa femme Melania était plus belle que Heidi Cruz, et avait insinué que le père de Cruz était complice de l'assassin de John F. Kennedy. 

Suite à l'annonce du soutien de Cruz, les journalistes politiques américains se sont amusés à ressortir les vieux tweets dédaigneux de Cruz, dont un où il dit que les politiques budgétaires de dépense de Trump sont les mêmes que celles de Clinton et un autre qui dit que nommer Trump serait un «désastre» pour le pays.

Mais dans son communiqué publié après le post Facebook de Cruz, Trump s'est dit «immensément honoré» de son soutien et a qualifié son ancien ennemi de «brillant».

Après la fronde de Cruz à la convention, Trump s'était moqué de lui en disant que de toutes façons, il finirait pas le soutenir:

«Mais je ne veux pas de son soutien, avait continué le candidat républicain. Je m'en fiche. Je ne veux pas de son soutien. Ted tu peux rester à la maison. Relax, fais toi plaisir».

Claire Levenson
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Journaliste
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