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Au cœur de la guerre de l’État islamique contre les Afghans

Extrait du documentaire Isis in Afghanistan

Extrait du documentaire Isis in Afghanistan

À l'été 2015, deux documentaristes ont rencontré les leaders de la branche afghane de l’État islamique, en guerre contre les talibans et le gouvernement de Kaboul.

L'Afghanistan n'a pas connu la paix depuis 1979. À l'invasion soviétique ont succédé la guerre civile (1989) puis l'invasion de la coalition menée par les États-Unis (2001). En 2014, un nouveau front s'est ouvert avec la création de la Wilayat Khorasan, la province afghane de l’État islamique. À l'été 2015, les journalistes Najibullah Quraishi et Jamie Doran ont pu s'entretenir avec ses leaders et ses combattants. Leur documentaire ISIS in Afghanistan, diffusé sur PBS et Al-Jazeera, a été récompensé par un Peabody Award en avril 2016.

C'est en octobre 2014 que plusieurs membres des talibans pakistanais (TTP) font défection, prêtent allégeance au «calife» al-Baghdadi et établissent la Wilayat Khorasan de l'État islamique. Ses combattants sont majoritairement des étrangers, issus de mouvements djihadistes régionaux tels Lashkar-e-Toïba. Des transfuges talibans afghans sont également présents. Selon un responsable interrogé dans le documentaire, rallier Daech en Afghanistan constitue souvent un «plan B» pour les djihadistes de la région qui ont échoué à rejoindre la Syrie ou l'Irak.

Un projet régional: le «Grand Khorasan»

L'objectif proclamé par l'État islamique en Afghanistan consiste à reconstituer la province médiévale du Grand Khorasan et à l'intégrer dans le califat. En plus de l'Afghanistan, elle inclurait des territoires de l'Iran, du Tadjikistan, du Turkménistan, du Kirghizistan et de l'Ouzbékistan. Selon le documentaire, avec ce projet, l'EI se veut «plus ambitieux et dynamique que les talibans, focalisés uniquement sur l'Afghanistan». Séduits par ce programme, d'autres groupes djihadistes comme le Mouvement Islamique d'Ouzbékistan ont fait allégeance au «calife» Baghdadi.

Contrairement à l'EI, les talibans afghans ne reconnaissent pas le califat proclamé en 2014 par Abu Bakr al-Baghdadi, ni l'autorité de ce dernier. Ils s'inscrivent dans une logique purement nationale et ne souhaitent pas mener d'opérations à l'étranger. Par ailleurs, les partisans de l'EI accusent les talibans d'être manipulés par les services secrets pakistanais, afghans et même américains. Une accusation que chaque camp se renvoie, en Afghanistan. Pour cette raison, l'EI prend les talibans pour cible.

Les talibans restent bien plus nombreux. Mais en plus de combattre le gouvernement afghan et la coalition internationale, ils doivent à présent défendre leur territoire contre les attaques militaires de l'EI. Des leaders talibans et des personnalités jugées proches d'eux ont été exécutés, leur mort mise en scène et diffusée dans des vidéos de propagande.

Enfants kamikazes

Le documentaire dévoile aussi que les combattants de l'État islamique vivent au milieu de familles entières et de nombreux enfants. Alors que les talibans afghans font étudier le Coran aux plus jeunes durant des années, les partisans de l'EI leur apprennent avant tout l'allégeance au califat et le maniement des armes. Les journalistes rencontrent lors de leur tournage deux adolescents masqués, visiblement apeurés, qui s'apprêtent à commettre un attentat-suicide contre le gouverneur de la province de Kounar.

 

L'armée afghane et les forces de sécurité subissent à la fois les attaques de l'EI et des talibans. Un commandant de police explique que lui et ses hommes achètent munitions et équipement «sur leurs propres deniers», faute de moyens. Pour contenir la menace, les États-Unis ont accru leur engagement militaire, bombardant les positions des djihadistes et ciblant leurs leaders avec des frappes de drones.

Isis in Afghanistan a été tourné en 2015. Depuis, l'État islamique en Afghanistan a subi des revers. Il contrôle moins de territoire, possède moins de combattants, mais reste présent au sud-est du pays. Quant aux civils afghans, ils sont toujours pris en étau, subissant violences et déplacements forcés. Comme depuis plus de trente-cinq ans.

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