Science & santé

Jacques et Bernadette Chirac hospitalisés: comment la maladie du conjoint peut rendre vulnérable

Emeline Amétis, mis à jour le 23.09.2016 à 10 h 31

La dégradation de l'état de santé d'un des deux membres du couple peut directement affecter celle de l'autre.

Bernadette Chirac est hospitalisée pour "souffler et récupérer un peu", après l'hospitalisation de son mari, Jacques Chirac | JOEL SAGET / AFP

Bernadette Chirac est hospitalisée pour "souffler et récupérer un peu", après l'hospitalisation de son mari, Jacques Chirac | JOEL SAGET / AFP

Coup dur pour la famille Chirac. Après l’annonce de l’hospitalisation de son mari, c’était au tour de Bernadette Chirac d’être hospitalisée à la Pitié-Salpêtrière à Paris pour «souffler et récupérer un peu» ce 21 septembre, selon Europe 1

Quand la maladie s’immisce au sein d’un ménage, «toutes les sphères de la vie de couple s’en retrouvent bouleversées», explique Michel Billé, sociologue spécialisé dans les questions relatives au handicap et à la vieillesse. Tant et si bien que les conséquences pour celui qui assume le rôle d’aidant du jour au lendemain, peuvent peser pour sa santé.

D’importantes répercussions psychologiques

Quand son partenaire est atteint d’une maladie qui menace sa vie ou le prive de son autonomie, assurer la responsabilité de son bien-être n’est jamais simple. Qu’il s’agisse de la maladie d’Alzheimer, d’un cancer, ou d’un accident cardio-vasculaire, le couple s’en trouve toujours fortement bousculé: celui qui se désigne «naturellement» aidant devient ainsi une victime collatérale de la maladie de l’autre.

Tout est remis en question: faut-il faire chambre à part? Qu’advient-il du sexe? Sans parler de l’image que l’on a de l’autre...

«Quand on est malade, l’image que l’on a de soi-même change. Mais elle se transforme aussi pour l’autre: est-il encore lui-même? Plus présicément encore dans le cas de la maladie d’Alzheimer, comment peut-il m’aimer s’il ne se souvient pas de moi ?», interroge Michel Billé.

En plus d’une maladie grave, l’inquiétude et l’angoisse s’installent dans le couple. Au point qu’elles peuvent pousser l’aidant dans un état dépressif. Et malheureusement, plus la charge est lourde pour celui qui occupe ce rôle, plus le risque de dépression est élevé. Dans une étude de l'Association française des aidants publiée en 2012, 89% des aidants qui ressentent une charge lourde —selon le temps qu’ils y consacrent et l’isolement qu’elle provoque— disent connaître une fatigue morale. L’anxiété, le stress et le surmenage font partie du quotidien. Des symptômes qui ne s’expriment pas seulement psychologiquement, mais bien souvent aussi physiquement.

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«Il arrive que l'aidant meure avant l'aidé»

Le sommeil peut être perturbé, l’alimentation négligée: les conséquences de la maladie d’un partenaire peuvent être très concrètes sur la santé de l’aidant. Toujours dans l’étude de l’Association française des aidants, 62% des aidants qui ressentent une charge lourde ont des problèmes de dos et 28% disent souffrir de palpitations ou de tachycardie. «Il arrive que l’aidant meure avant l’aidé, tant ils s’épuisent physiquement», déplore Michel Billé. «D’où l’importance du répit et du repos, malgré le sentiment de culpabilité que l'on peut ressentir à se détacher de l'autre», souligne le sociologue.

D’autant plus que l’âge avancé d’un aidant a tendance à accentuer les conséquences psychologiques et physiques sur sa santé. La perspective de la mort de l'aidé et de la sienne sont très difficiles à conjuguer ensemble. Le décès du malade peut parfois provoquer un tel choc émotionnel, peu importe le nombre de jours auxquels on s'y est préparé, qu'il peut achever de menacer sérieusement la santé psychologique et physique du partenaire de couple

Véronique explique ainsi dans un article sur le sujet publié par Le Monde:

«J'ai perdu mon mari d'un cancer de la peau. Il a été foudroyé par cette maladie en trois semaines, c'était brutal. Pendant deux ans, je n'ai fait que pleurer jour et nuit et n'avais plus de goût à rien. Je suppose que j'étais en dépression.»

Mais un deuil difficile n'est pas toujours un deuil impossible.

Emeline Amétis
Emeline Amétis (55 articles)
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