Monde / Culture

Addy Walker, l'histoire de la première «poupée-esclave»

Temps de lecture : 2 min

Aux États-Unis, toutes les petites filles connaissent Addy, première poupée noire de la marque American Girls. Surnommée «la poupée-esclave», elle a longtemps porté seule sur ses épaules l'histoire des noirs-américains.

Addy Walker (capture d'écran Instagram)
Addy Walker (capture d'écran Instagram)

American Girl est une marque de poupées très réputée aux États-Unis. Elle présente une série de poupées qui incarnent chacune une époque de l'histoire de l'Amérique. De Kaya, la native américaine du XVIIIe siècle, à la blonde Julie des années 1970, celles-ci sont acompagnées d'un foule de produits dérivés (livres, films, accessoires, jeux) qui permettent aux enfants de se familiariser avec le «melting-pot» américain. Une diversité qu'il s'agit de nuancer puisque parmi les poupées-stars de la collection, aucune femme d'origine asiatique n'est représentée tandis que les films construits autour des poupées ne mettent en scène que des blanches.


Nos confrères de Slate.com ont décidé de retracer l'histoire de la fabrication d'Addy Walker, la première poupée noire de l'histoire d'American Girl, lancée en 1993. Et le récit qui accompagne la poupée n'est pas des plus anodins: Addy est, en effet, une jeune esclave qui s'enfuit avec sa mère pour conquérir sa liberté à la fin du XIXe siècle. Aisha Harris, l'auteure de l'article de Slate.com, raconte comment Addy lui a permis de construire son identité de femme noire grandissant aux États-Unis:

«Je me souviens de ses cheveux épais et texturés qui étaient similaires aux miens, raconte Aisha Harris. Je n'avais jamais possédé de poupées comme elle, et pendant un temps, je l'amenais partout avec moi [...] Ma forte connexion avec Addy n'était pas liée à la poupée en elle-même –j'étais une enfant beaucoup plus attirée par les peluches– mais à ses histoires. Les livres à propos d'Addy ont non seulement été ma première leçon à propos de l'esclavage mais aussi la seule dont je me souviens réellement.»

La fabrique de la chevelure d'Addy fut d'ailleurs un objet de débat parmi ses concepteurs au début des années 1990. Alors que les lois du marchés supposeraient que les enfants préfèrent jouer avec des cheveux soyeux, longs et lisses, le pannel d'experts réunis pour concevoir Addy s'est battu pour que ses cheveux ressemblent à ceux des Afro-américaines. Après bien des négociations, Addy s'est retrouvée «avec des cheveux qui n'étaient ni frisés, ni ultra-lisses».

Addy a longtemps été la seule poupée American Girl à représenter la communauté noire-américaine. Si Cécile, une poupée noire originaire de la Nouvelle-Orléans en 1850, a été introduite sur le marché en 2011, elle en a été retirée quelques années plus tard.

En août 2016, la poupée Melody, une aspirante chanteuse des années 1960 à la peau chocolat au lait a été introduite sur le marché. Si ses cheveux épais restent inexorablement lisses, «le plus important», selon l'auteur de l'article, «c'est qu'elle n'est pas née esclave».

Should I wear this to my first day of school?

Une photo publiée par Melody (@melody.e.ellison) le


Quant à Addy, elle demeure pour l'auteure Connie Porter:

«La voix, le visage et la représentation de la vie nos ancêtres africano-américains. Elle permet aux lecteurs de passer outre la connotation négative qu'ils placent dans le mot esclave. Ils voient en Addy ce que le monde refusait de voir: un enfant, un être humain avec ses espoirs et ses rêves, sa famille, son histoire et la potentialité de vivre une vie riche et entière –si on lui en donne la chance.»

Slate.fr

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