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Slate fête ses vingt ans

Temps de lecture : 4 min

Slate.com est le média numérique dont le succès est le plus long et dont le modèle est le moins soumis aux modes et aux illusions, technologiques comme commerciales.

Vue sur Manhattan et le One World Trade Center.  | John Cunniff via Flickr CC License by
Vue sur Manhattan et le One World Trade Center. | John Cunniff via Flickr CC License by

Notre grand frère Slate.com a fêté, jeudi 22 septembre à New York, au sommet du One World Trade Center, son vingtième anniversaire. Nous y étions avec ceux qui, aux États-Unis, ont permis cette aventure unique: Michael Kinsley, Jacob Weisberg, Don Graham, David Plotz, Julia Turner

Vingt ans, une éternité et une réussite sans équivalent dans le monde de l’internet. Cet anniversaire fait tout simplement de Slate.com le média numérique dont le succès est le plus long et le plus durable et dont le modèle est le moins éphémère et le moins soumis aux modes et aux illusions, technologiques comme commerciales.

Comme l'expliquait jeudi soir Jacob Weisberg, président de Slate Group, «quand Slate a été créé, ni Google, ni Facebook, ni Twitter n'existaient. On nous prenait alors pour des gens sympathiques mais un peu fous. Faire du journalisme sur internet, quelle idée!»

En 1996, quand Michael Kinsley et Jacob Weisberg ont lancé Slate avec l’aide de Microsoft et de Bill Gates, la révolution s’appelait World Wide Web. Il fallait inventer un nouveau mode de communication, une nouvelle façon de faire du journalisme, un nouveau langage. Slate a expérimenté, s’est fourvoyé, mais a sans cesse innové et a trouvé sa voix et sa voie. Slate a prouvé que le numérique n’était pas seulement l’instantanéité offerte par l’outil mais aussi la réflexion, le recul et la valeur ajoutée journalistique. Au passage, Slate avait commencé par inventer le blog… sans le savoir. En deux décennies, il a publié 152.734 articles, que l’on peut retrouver chacun représenté par un pixel dans cette image interactive (à condition de la regarder sur l’écran d’un ordinateur).

Exigence éditoriale

La constance de Slate, c’est celle de la qualité éditoriale, de l’originalité, des opinions contradictoires et contrariantes et des débats. C’est le principe inébranlable de s’adresser à l’intelligence, à la curiosité et à l’esprit critique des lecteurs. Ne pas céder aux sirènes de l’audience à tout prix et par tous les moyens, ne pas simplifier à outrance, ne pas user et abuser de la facilité du journalisme de dénonciation et des bons sentiments n’ont pas empêché Slate d’approcher aujourd’hui les 30 millions de visiteurs uniques par mois…

«Les vingt années de l’existence de Slate ont été marquées par des changements extraordinaires –dans la façon dont nous pensons aux droits des homosexuels et aux discriminations raciales en Amérique, dans la façon dont nous pensons au terrorisme, à la torture, à la guerre en Amérique, dans la façon dont nous nous rencontrons, dont les couples se forment, dont nous vivons, dont nous regardons, dont nous apprenons, dont nous jouons», souligne Julia Turner, la directrice de la rédaction de Slate.com. Elle ajoute: «Une clé de la pérennité de Slate au fil des années est que, dans le journalisme comme dans les affaires, nous avons pris l’habitude de voir à long terme.»

Slate France a, modestement mais avec ambition, emboîté le pas, en février 2009, à son modèle américain. Nous fêterons dans cinq mois notre huitième anniversaire, indépendants des grands groupes comme des lois fiscales votées dans l’urgence en notre faveur.

Je me souviens du bonheur qu'a été pour moi, en 2001, alors correspondant du Monde aux États-Unis, la plongée dans Slate.com, un magazine différent avec un ton, une liberté et une approche uniques. Ce ton définit encore aujourd’hui Slate qui, pour le public américain, est surtout et avant tout contrariant. Slate n’est pas moutonnier et pavlovien. Il n’a pas peur de la contradiction et de la complexité. Il ne traite pas d’un sujet parce que les autres le font et n’est pas prévisible dans son approche et sa lecture de l’actualité et de la société. Slate n’est pas forcément là où on l’attend. Cela s’appelle la liberté intellectuelle.

Slate France, bientôt huit ans

À mon retour en France, l’idée a mûri. Faire un Slate en France et en français avec Le Monde. Jacob Weisberg était partant et, comme tout au long des années qui allaient suivre, apportait un soutien sans faille fait d’un mélange de confiance, de conseils judicieux et d’optimisme raisonné.

Un partenariat avec le Washington Post pour créer un Slate en France reçut alors au Monde un accueil mitigé. Certains y voyaient la possibilité d’une association prestigieuse et d’un modèle nouveau et d’autres une menace pour leurs pouvoirs et leurs prérogatives. Le quotidien en crise était alors incapable de prendre des initiatives et de surmonter les inerties.

Slate France se ferait donc hors du Monde avec nos propres forces, celles regroupées de ses cinq fondateurs: Jean-Marie Colombani, Éric le Boucher, Jacques Attali, Johan Hufnagel et moi-même. L’aventure n’en sera que plus belle. La première transposition en Europe d’un modèle numérique américain. Le vrai point de départ sera un déjeuner un peu surréaliste à Tours en juillet 2008 avec Jacob Weisberg, venu en famille visiter les châteaux de la Loire, avec Jean-Marie Colombani, Éric le Boucher et moi-même.

Et l’aventure pourra commencer. Elle connaîtra à ses débuts des vicissitudes financières nées de la crise du même nom qui s’abattait sur les marchés et les économies à l’été 2008. Elle fit reculer des partenaires potentiels comme Les Échos et le groupe Lagardère. Mais Slate France surmontera ce premier obstacle comme les suivants et vit le jour en février 2009. Il n’a cessé depuis de grandir et de se réinventer… à l’image de son grand frère américain.

Ce dernier avait depuis quelques mois un problème de taille. Fêter le vingtième anniversaire d’un média numérique nécessite encore d’innover. Il n’y a pas de passage obligé et de rituels établis. Il n’est pas question de publier une collection de unes historiques… Ce que sait faire Slate depuis 20 ans, c’est imaginer et construire l’avenir plutôt que célébrer le passé et cultiver la nostalgie. Il se projette donc aujourd’hui dans les deux prochaines décennies à travers une nouvelle rubrique baptisée The Next20 («Les vingt prochaines»).

Longue vie à Slate!

Eric Leser Journaliste

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