Double XTech & internet

Jennifer Aniston n'est plus avec Brad Pitt depuis longtemps, foutez-lui la paix

Pauline Thompson, mis à jour le 22.09.2016 à 12 h 56

L'actrice, ex-femme de Brad Pitt, continue de susciter la sympathie des fans sur internet, plus de 12 ans après leur séparation. Cette attention portée est à double tranchant pour la star.

Jennifer Aniston, le 17 juillet 2016 en Californie | Matt Winkelmeyer / AFP

Jennifer Aniston, le 17 juillet 2016 en Californie | Matt Winkelmeyer / AFP

Ce mardi 20 septembre dans l'après-midi, le monde des people et internet ont tremblé. La raison: Angelina Jolie a demandé le divorce, elle se sépare de Brad Pitt. Rien à foutre, me direz-vous, et je vous comprends. Ça n’a pas non plus beaucoup changé le cours de ma journée restée somme toute très triviale. J’ai quand même reçu des textos d’amis totalement déboussolés du type: «WTF, Brangelina c’est fini». J’ai mis quelques secondes à me remémorer ce qu’était le fameux «Brangelina» et puis j’ai ouvert Twitter par curiosité malsaine, forcement. Et là, à ma grande surprise, le nom de Jennifer Aniston figurait dans les trending topics aux côtés du couple, ainsi que #TeamJen. Jennifer Aniston est l’ex de Brad Pitt, qui l'avait quittée pour Angelina Jolie en 2005. Si l’actrice a depuis refait sa vie et est mariée avec Justin Theroux, les internets n'ont manifestement toujours pas digéré la «trahison» de Brad Pitt (ça fait plus de dix ans quand même mais bon chacun son rythme, je ne suis pas là pour juger). Mais pourquoi diantre un tel engouement pour l’ex? Et pourquoi personne ne se remet du Bennifer?

Jennifer Aniston, la fiancée de l’Amérique

Avant d’être la femme de Brad Pitt, «Jen» était avant tout la fiancée de l’Amérique par excellence. En incarnant le personnage de Rachel dans la série Friends, immensément populaire de 1994 à 2004, avec en moyenne plus de vingt millions d’Américains devant leurs écrans à chaque épisode, elle était devenue tout ce que l’Amérique adore: une jolie fille, sympa, drôle, sensible et qui réussit. Et totalement lisse et inoffensive. Un mélange de «girl next door» et de «self-made woman», bref le combo gagnant. L’Amérique s’entichera d’ailleurs de la même façon deux décennies plus tard de la chanteuse Taylor Swift qui joue exactement le même créneau «girl next door» / «self-made woman» / ultra lisse.

Jennifer Aniston n’avait pas besoin d’avoir une stratégie d’image très poussée puisque son personnage dans la série lui assurait une popularité incroyable. La jeune actrice, quasi-inconnue avant la série est nominée cinq fois aux Emmy Awards, transformant l’essai une fois pour le prix de la meilleure actrice dans une série de comédie, remporte en 2003 un Golden Globe dans la catégorie meilleure actrice de séries et devient, aux côtés de ses co-stars Courtney Cox et Lisa Kudrow, l’actrice de télévision la mieux payée de l’histoire avec un million de dollars par épisode, lors de la dernière saison de la série. Au départ castée pour être un personnage secondaire, le personnage de Monica devant assurer la ligne narrative principale, Rachel prend rapidement le dessus en partie grâce à son histoire d’amour avec Ross irrésolue jusqu’au 236e et dernier épisode.

Le couple Rachel-Ross devient également l’un des couples les plus populaires de la télévision avec son lot de phrases cultes comme le fameux «We were on a break» de Ross ou encore le «And that my friend, is what they call closure» de Rachel (que beaucoup de twittos ont ressorti à propos de la fin de Brangelina).

Car Rachel, dans Friends, est celle qui évolue le plus et en suivant son apprentissage de la vie, forcément on s’attache. De la jeune mariée qui s’enfuie de son mariage pour vivre sa vie, à la femme d’affaire accomplie en passant par ses histoires d’amour avec Ross et sa maternité,  on suit toutes ses étapes, assez proches de beaucoup de jeunes femmes entre 25 et 35 ans aux États-Unis.

 

Le personnage de Rachel est tellement populaire que sa coupe de cheveux dans la saison 2 devient un phénomène à lui tout seul, appelée «The Rachel» («La Rachel»). Et tous les coiffeurs ont été obligés de s’y mettre dans leurs salons à l'époque. 

En 2011, Aniston a déclaré à Allure qu’elle trouvait que c’était «la coupe de cheveux la plus horrible qu’elle ait jamais vue», mais le mal est fait. Le journal Marie Claire a estimé qu’environ onze millions de femmes ont porté cette coupe durant les années 90. La série fait d’ailleurs un clin d'œil à ce succès dans l'épisode «The One With The Lesbian Wedding» («Celui avec le mariage lesbien»). Rachel se plaignant de sa mère, qui veut à tout prix être comme elle, déclare: «Elle ne pourrait pas simplement copier ma coupe de cheveux?»

Tout le monde veut être Rachel ou est amoureux de Rachel et donc, par pure projection, de Jennifer Aniston.

Jennifer Aniston et Brad Pitt, les chouchous de l'Amérique

Au même moment, Brad Pitt est lui aussi plutôt dans une phase ascendante. Lorsque Jennifer Aniston commence Friends, lui joue dans Entretien avec un vampire puis enchaîne les succès critiques et publiques dans les années 90 avec Légendes d’Automne, Seven, L’armée des douze singes, Sleepers, Sept ans au Tibet, Rencontre avec Joe Black, Fight Club, Snatch. Bref, il devient rapidement à la fois un énorme sex-symbol et l’un des plus grands acteurs d’Hollywood. Lorsque les deux se marient en l’an 2000 après deux ans de relation, c’est donc un très beau siècle qui commence pour beaucoup d’américains ravis de voir leurs deux adorés liés par les liens sacrés du mariage. Il faut dire qu’ils incarnent à merveille ce fantasme très américain de la reine et du roi du bal de la promo du lycée: ils mettent en scène leur complicité et leur bonheur sur le moindre tapis rouge et sont vite surnommés le «golden couple» d’Hollywood. Leur mariage à un million de dollars à Malibu est un étalage de faste et de glamour, pour le plus grand plaisir des journaux people et de leurs lecteurs.

Brad Pitt est l’invité spécial d’un épisode de Friends, «The One with the Rumor» («Celui avec la rumeur») dans lequel il joue ironiquement un ancien camarade de lycée de Monica, Ross et Rachel, ancien obèse comme Monica devenu un golden boy de la finance ultra-sexy mais qui déteste Rachel, lui révélant au passage que Ross et lui avaient co-fondé le «I hate Rachel club» («le club de ceux qui détestent Rachel») au lycée.

La love story la plus lisse d’Hollywood continue de faire rêver les américains qui n’attendent plus qu’un heureux événement.

La trahison de Brad Pitt, le début du grand n’importe quoi

Mais celui-ci n’arrivera jamais, Hollywood n’aura pas son/sa dauphin(e) car, en 2005, c'est le drame. Alors que des rumeurs circulent quant à d’éventuelles infidélités de Brad sur le tournage de Mr. & Mrs Smith avec Angelina Jolie, celles-ci se confirment lorsque celui-ci quitte la pauvre Jen quelques mois plus tard. Comme l’explique la journaliste Anne Helen Petersen dans l’article «Angelina Jolie’s Perfect Game» sur Buzzfeed, Angelina Jolie représente l’exact opposé de Jennifer Aniston:

«Si Aniston était la fiancée de l’Amérique – la girl next door par excellence – Jolie était la cosmopolite, la citoyenne du monde. Si Aniston était mignonne et victimisée, Jolie était sexy, contrôlant sa sexualité et les hommes autour d’elles (…) Si Aniston était réticente à jongler entre carrière et famille, Jolie voulait une famille nombreuse et internationale, portant un tatouage témoignant de son globalisme sur le corps avec les longitudes et latitudes des lieux de naissance de ses enfants.»

Dans une réaction classique et purement sexiste, Angelina Jolie devient donc tout de suite la «briseuse de couple», des t-shirts «Team Jen» et «Team Angelina» sont édités et les amours de Brad Pitt font une fois encore le bonheur des tabloïds qui inventent une guerre sans pitié entre les deux femmes. Guerre dans laquelle Angelina Jolie est bien évidemment la méchante. En effet, contrairement à Jennifer Aniston, Angelina Jolie n’a jamais été une «petite préférée» des Américains. Anne Helen Petersen, explique ainsi la perception qu’ils ont d’elle: 

«Elle avait indéniablement du talent –en 1999, elle avait gagné un Oscar pour son interprétation d’une patiente sociopathe d’un hôpital psychiatrique  dans Girl, Interrupted– mais cette performance avait aussi placé son image au croisement de la beauté et du danger. Son mariage avec Thornton, qui était de 20 ans son ainé et leur franchise quant à leur vie sexuelle (bondage, jeu avec des couteaux) ne faisaient qu’amplifier ce message : cette fille était magnifique mais wow qu’elle était bizarre.»

Comment Brad Pitt a-t-il dont pu quitter la fiancée de l’Amérique pour cette fille étrange et probablement dangereuse?

Si le couple Brangelina se rachète une image en multipliant les voyages humanitaires et en devenant la famille la plus cool et la plus médiatisée du monde (exception faite des Kardashians bien sûr), les Américains se sentent étrangement partie prenante de cette histoire privée et des destins séparés de l’«ex-golden couple». Le tabloïd People avait ainsi publié certains des très nombreux courriers des lecteurs portant sur Brangelina vs. Bennifer en donnant la parole aux deux équipes: «Je suis dégouté par Angelina et Brad. Ils devraient avoir honte de leur romance et la cacher» face à «J’ai eu beaucoup de mal à me remettre de la rupture entre Brad Pitt et Jennifer Aniston. Cependant, après avoir lu votre histoire et vu les photos, il est évident qu’il est très amoureux d'Angelina Jolie. Je les applaudis de mettre autant d’efforts non seulement dans le fait d’élever leurs enfants dans un environnement plein d’amour mais aussi de les éduquer de façon à ce qu’ils deviennent des individus épanouis, conscients et gentils.»

Les fans veulent gérer la vie de Jennifer Aniston

Pendant ce temps, Jennifer Aniston continue de jouir d'une énorme popularité. Elle est la seule ancienne de Friends a continuer sa carrière à Hollywood en multipliant les comédies romantiques plus ou moins bonnes. Mais il y a quelque chose qui cloche et qui est de plus en plus visible chez l’actrice, non seulement elle ne semble pas retrouver de relation stable mais, en plus, elle n’est toujours pas mère. Certaines rumeurs commencent même à circuler sur le fait qu’elle ne veut pas d’enfant et que ce serait une des raisons du départ de Brad Pitt. Le refus de la maternité ne va pas du tout avec l’image lisse de Jennifer Aniston, car une femme doit être mère. C’est d’autant plus inacceptable que Rachel, elle, est devenue mère dans la série. C'est donc comme si dans un étrange mélange de projection et de réappropriation, il était totalement inenvisageable pour les fans que Jennifer Aniston ne devienne pas mère puisque Rachel, elle, l’était.

Depuis dix ans, les médias américains et les fans ont donc passé chacune de ses petites variations de poids à la loupe dans l’espoir de voir enfin arriver le bébé chéri d’Hollywood et la poussant finalement en juillet dernier à écrire une tribune sur le site Huffington Post dans laquelle elle déclare:  

«Je ne suis pas enceinte. Mais j’en ai ras-le-bol. (…) Si je suis une sorte de symbole pour certaines personnes, alors clairement je suis un exemple du prisme à travers lequel, nous, en tant que société, voyons nos mères, nos filles, nos sœurs, nos femmes, nos amies et nos collègues. L’objectivisation et l’examen permanent que nous faisons subir aux femmes sont absurdes et dérangeants. (…) Autrefois, je me disais que les tabloïds étaient simplement comme des bandes dessinées, qu’il ne fallait pas prendre au sérieux. Un soap opera que les gens suivent lorsqu’ils ont besoin de se distraire.  Mais je ne peux plus me dire ça, parce que la traque et l’objectivisation que je subis depuis des décennies reflètent la façon tordue dont on calcule la valeur d’une femme. (…) Voilà ce que j’ai à dire sur le sujet: nous sommes entières avec ou sans partenaire, avec ou sans enfant.»

Avec cette tribune, c'est la première fois que Jennifer Aniston clame haut et fort son ras-le-bol vis-à-vis des fans et des tabloïds qui se sentent dépositaires de sa vie privée et de ses choix.

Oui mais voilà, l’actrice n’est pas au bout de ses peines et devra certainement réaffirmer son ras-le-bol plusieurs fois, puisque les péripéties de ses derniers jours montrent encore que beaucoup (beaucoup) de fans et autres badauds des réseaux sociaux n’ont toujours pas digéré la fin de leur idylle. Lorsqu’Angelina Jolie a annoncé qu’elle demandait le divorce, la nouvelle a évidemment fait rapidement le tour du monde. Et Jennifer Aniston, qui n’a d’ailleurs aucun compte sur les réseaux sociaux, est arrivée en trending topic aux côtés du couple et de #TeamJen. Les memes de l’actrice la montrant ravie ou victorieuse se sont multipliés comme des Gremlins au contact de l’eau, ravivant ainsi la pseudo guerre entre les deux actrices.

«Brad Pitt & Angelina Jolie se séparent. On entend Jennifer Aniston marmonné: “Je vous l'avais dit, maintenant allez vous faire foutre”»

Le New York Post l’a même mise en une le lendemain (radieuse évidemment) au lieu de montrer le couple, comme si l'information centrale était autour d'elle.

Une réaction tout à fait sexiste encore une fois. Le fait que Jennifer Aniston, 47 ans, soit désormais mariée à Justin Theroux importe peu, elle est forcément ravie que son ex se soit séparé de «la sorcière» et est forcément encore amoureuse de Brad Pitt. Ils auront d’ailleurs forcément un enfant très prochainement. Ouf, on n’est pas passé loin de la catastrophe. Mais vous êtes surs qu'elle peut encore en avoir?

«Quand tu publies un gif sur Jennifer Aniston et que tu réalises que cela perpétue le sexisme qu'il y a à souligner la rivalité entre deux femmes à propos d'un homme.»

On aime beaucoup Jennifer Aniston, on aimera toujours parler d'elle. Mais pour ses films et sa carrière d'actrice. Pas à cause d'un mec dont elle s'est séparée il y a des années.

Pauline Thompson
Pauline Thompson (20 articles)
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