Politique / Tech & internet

Comment Jacques Chirac est devenu Fuck Yeah Jacques Chirac

Temps de lecture : 3 min

Depuis son départ de l'Élysée, la mémoire de l'ancien président était célébrée par un blog de photos vintage et par une compilation sonore de ses meilleures punchlines.

Jacques Chirac, alors Premier ministre, en 1975. | Georges Bendrihem / AFP
Jacques Chirac, alors Premier ministre, en 1975. | Georges Bendrihem / AFP

Jacques Chirac est mort, mais son image devrait survivre un bon moment sur les t-shirts à son effigie –un capital sympathie que symbolise à merveille le site Fuck Yeah Jacques Chirac, créé en 2011 et qui rassemble des milliers de photos de l'ancien président.

L'idée de lui consacrer un Tumblr a émergé chez les deux créateurs, Mathieu Dozol et Jean-Philippe Djalili, au moment où la plateforme devenait populaire en France.

«C'était la mode des blogs centrés sur l'image et sur une seule thématique, raconte Mathieu Dozol. On s'est dit qu'il y avait un bon potentiel avec Jacques Chirac et toutes ses photos vintage en noir et blanc.»

«Un peu voyou, toujours charmant»

Selon lui, l'ancien président était le candidat idéal: «Il y a de belles photos de Mitterrand et de Giscard d'Estaing, mais Chirac a vraiment le physique de l'emploi. Il a une vrai dégaine de président.»

Au passage, on vous signale que Dozol et Djalili ont également lancé un Fuck Yeah Charles Pasqua, et qu'il existe aussi un Fuck Yeah François Hollande.

Fuck Yeah Jacques Chirac s'est doté d'un slogan assez évocateur: «Smooth pimping, suave gangsterism» («Marlou poli, gangster élégant»). «Ces quatre mots résument bien ce que l'on voulait donner comme image avec le blog. Un peu voyou, toujours charmant. Décontracté et homme à femmes», détaille Mathieu Dozol.

Jacques Chirac serait donc un peu le James Bond de la politique française: dandy, toujours cigarette aux lèvres et beau parleur.

Le blog est alimenté quasi quotidiennement depuis près de huit ans, ce qui montre la matière énorme qui existe, sachant que toutes les photos publiées datent d'avant l'accession de Jacques Chirac à la présidence, en 1995: «Cela a été un choix naturel, ça nous parlait le plus. Au départ, on avait l'idée d'un truc un peu lifestyle

Le but du Tumblr n'a jamais été politique. «On a voulu s'en détacher et d'ailleurs, personne n'en parle sur notre page Facebook», relève Mathieu Dozol.

L'idée a rapidement trouvé son public. Quand sont publiées les premières photos sur le blog, Jacques Chirac n'a pas encore son visage sur des tote bags –peut-être parce que son départ de l'Élysée était encore trop récent?

«Quand on l'a lancé, Chirac n'était pas hype. Pourtant, ça a tout de suite marché. C'était comme si les gens attendaient ce blog, sans même savoir qu'ils l'attendaient.»

«Presque un personnage de film»

Aujourd'hui, le site continue de faire des émules et compte plus de 45.000 fans sur Facebook. Les personnes qui suivent Fuck Yeah Jacques Chirac sont généralement jeunes et ne pouvaient voter ni en 1995, ni en 2002.

Pour Mathieu Dozol, c'est d'ailleurs l'une des raisons pour laquelle le site fonctionne: «Jacques Chirac représente une France que les jeunes n'ont pas connue et qu'ils auraient aimé connaître.»

L'ancien président incarne une époque révolue, qui suscite la nostalgie. «Bien sûr, il a eu sa période d'impopularité, il y a les affaires pas claires dans lesquelles il a trempé. Mais il y a aussi le moment où il s'est opposé à Bush sur la guerre en Irak», rappelle le cofondateur du site.

Aux oubliettes le négatif: ici, ce qui prime, c'est son côté «bonhomme», «proche des grands et des moins grands», chic, un peu beauf, parfois carrément sexiste, à l'occasion magouilleur.

«Je ne sais pas s'il incarne quelque chose, mais il est iconique. On pourrait presque parler d'un personnage de film. C'est pourquoi nous, on reste dans un Chirac d'avant la maladie, d'avant le tribunal.» Fan de l'ancien président? Pas vraiment, «plus de l'homme que du politique», admet Mathieu Dozol.

Et maintenant? «Ça fait des années qu'on alimente le blog, on aurait jamais pensé tenir aussi longtemps. On n'a pas trop réfléchi à ce qu'on ferait une fois qu'il serait mort. Mais on pense continuer.»

«Liberté de ton qui ne se fait plus»

En plus d'être un homme d'images, Chirac était aussi un homme à punchlines, que l'on peut retrouver sur la Chirac Machine, créée en février 2015 par Romain Emiel et Rémi Chanaud.

Les deux amis se sont lancés pour le fun, parce qu'ils aimaient bien «sortir ses répliques en soirée» et qu'aucun site n'en faisait la synthèse. Comme pour Fuck Yeah Jacques Chirac, le buzz a été immédiat, avec «200.000 visites le premier mois et un bouche-à-oreille chez les journalistes», explique Romain Emiel.

«Jacques Chirac incarne le Français dans sa parole, ce qu'on ne retrouve pas chez Hollande ou Sarkozy, observe-t-il. Il incarne quelque chose de classe, et c'est ce qui plaît aux jeunes. On se souvient et on se souviendra de lui parlant avec une liberté de ton qui ne se fait plus de nos jours.»

Aujourd'hui, la Chirac Machine n'est plus alimentée, mais on y trouve toujours les meilleures punchlines et quelques bonus, comme le merveilleusement kitsch clip de campagne pour la présidentielle de 1981. La hype Chirac n'est donc pas terminée et pour Romain Emiel, il était «essentiel d'apporter [leur] pierre à l'édifice».

Camille Malnory Journaliste

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