Monde

Si un avion est sur le point de s'écraser, le pilote vous en tiendra-t-il informé?

Robin Panfili, mis à jour le 23.09.2016 à 14 h 40

En cas de situation de détresse ou d'atterrissage forcé, tenir les passagers informés est une étape obligée.

Un avion de la compagnie Air France au départ de Roissy-Charles-de-Gaulle, le 15 janvier 2012 | MIGUEL MEDINA/AFP

Un avion de la compagnie Air France au départ de Roissy-Charles-de-Gaulle, le 15 janvier 2012 | MIGUEL MEDINA/AFP

Imaginez-vous dans un avion de ligne, secoué par les turbulences, lorsque, soudain, le pilote prend la parole pour vous annoncer que l'avion ne pourra atteindre la destination prévue. Imaginez-vous alors, assis sur votre siège, que l'on vous annonce un «atterrissage d'urgence», sur fond de compte-à-rebours énoncé par un pilote à la voix tremblotante. L'angoisse, hein? C'est pourtant une scène similaire qu'ont vécue les passagers d'un vol de la compagnie Europe Airpost reliant la ville de Split à Nantes, le 23 août 2014. Ce jour-là, après une quinzaine de minutes de vol, l'avion a été dérouté vers Venise, non sans une certaine précipitation, racontait l'une de ses passagères, Léa, à Ouest-France:

«Le chef de cabine a ensuite pris la parole. Paniqué, il a demandé de se préparer à un atterrissage d'urgence, d'enlever les bijoux et cols de chemises, de mettre les gilets de sauvetage. Expliquant que le personnel avait été entraîné pour ce genre d'événement. D'une voix chevrotante, au lieu d'être rassurant, il a transmis son stress et sa peur aux passagers, calmes jusqu'alors. Une hôtesse était blême, les yeux exorbités. Dans l'avion, presque tout le monde pleurait. On a tous cru qu'on allait mourir!»

Avant d'atterrir, le pilote a pris la parole et a commencé un décompte: «impact dans six minutes, quatre minutes, deux minutes, imminent...». Puis l'avion s'est finalement posé violemment sur le tarmac, laissant les passagers choqués, mais sains et saufs.

En 2013, c'est lors d'un vol entre Tampa et Raleigh, aux États-Unis, qu'un pilote a perdu son sang-froid en annonçant laconiquement aux passagers que l'avion dans lequel ils venaient d'embarquer était hors de contrôle. «Nous sommes en train de chuter», a-t-il lâché avant de finalement reprendre les choses en main, quelques minutes plus tard.

Un protocole précis

Nous avons tous déjà redouté, à des degrés différents, un tel d'épisode au moment d'embarquer dans un avion. Par hasard, je suis tombé sur une question posée sur l'excellent site Quora: «Si un crash d'avion est inéluctable, les passagers en sont-ils informés?». Les réponses que l'on peut lire sur le site, et qui abordaient surtout des crashs emblématiques, n'apportent pas vraiment de précisions. Qu'en est-il sur les compagnies aériennes que nous empruntons lors de nos départs en vacances? Un pilote de ligne pour Air France, membre du syndicat des pilotes de ligne (SNPL), a accepté de nous répondre.

Il existe bien une procédure, en cas d'atterrissage ou d'amerrissage forcé, de manière à préparer l'avion et ses occupants au choc. Julien*, pilote, détaille trois étapes cruciales dans ce protocole d'urgence. «La première étape, tout à fait transparente pour le passager, c'est de préparer la cabine et de ranger tout ce qui pourrait bouger au moment de l'impact», détaille-t-il. La deuxième consiste, pour le personnel à bord (hôtesses, stewarts, chef de cabine), à préparer leurs check-lists, à préparer le matériel dont ils auront besoin en cas d'évacuation: lampe-torche, mégaphone...

Une affaire de minutes

La troisième étape, la plus cruciale et la plus sensible, consiste à préparer les passagers avec un message en cabine. «Des annonces du type: "Prenez votre gilet mais ne le gonflez pas!". En cas d'amerrissage, on rappelle les positions d'atterrissage d'urgence, on rappelle la procédure...», poursuit-il. Les pilotes ont ensuite pour consigne d'annoncer un timing en fonction du délai estimé avant l'impact.

«Deux minutes avant l'impact, on prévient l'impact imminent à venir. Trente secondes avant, on lance "Crispez-vous avant l'impact" et nous demandons aux passagers de se mettre en position d'atterrissage forcé, penchés vers l'avant, afin de pouvoir encaisser le choc à suivre».

«Crispez-vous», vous avez bien lu, il s'agit de se recroqueviller afin d'éviter le plus de chocs liés à l'impact. Lors du crash d'un Airbus A320 de la compagnie US Airways dans la baie de l'Hudson, aux États-Unis, le 15 janvier 2009, le pilote avait justement prévenu les passagers de se crisper, quelques secondes avant l'impact. Lors de l'atterrissage d'urgence à Dubaï d'un Boeing 777 de la compagnie Emirates, le 3 août 2016, les passagers ont également été avertis par le pilote, à l'approche de l'aéroport, d'un problème avec le train d'atterrissage, rapporte au Guardian Iype Vallikadan, un journaliste pour le journal indien Mathrubhumi News, qui était à bord de cet avion.

Dans ces circonstances, le ton de l'annonce est primordial, ajoute Julien, le pilote d'Air France. «Il est parfois difficile d'informer les passagers sans les inquiéter. Les consignes sont assez naturelles, il faut adopter un ton rassurant. En général, les gens se fient au ton de la voix du pilote et ça les rassure».

Il explique, par ailleurs, que les pilotes sont généralement tenus d'informer les passagers dès lors qu'un incident technique touche à l'exploitation d'un vol –défaillance d'un moteur, modification d'itinéraire... «Les passagers sont toujours mis dans la boucle», insiste-t-il. Et ce pour une raison simple: au-delà d'une exigence de transparence, les passagers doivent être en mesure de savoir quand se mettre en position de sécurité, plutôt que d'être surpris par l'impact.

* — Le prénom a été changé Retourner à l'article

 

Robin Panfili
Robin Panfili (186 articles)
Journaliste à Slate.fr
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte