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«Stranger Things» et la fabrique des enfants les plus cool d’Amérique

Gaten Matarazzo, Caleb McLaughlin et Millie Bobby Brown lors des 68ème Emmy Awards à Los Angeles, le 18 septembre 2016. ROBYN BECK / AFP

Gaten Matarazzo, Caleb McLaughlin et Millie Bobby Brown lors des 68ème Emmy Awards à Los Angeles, le 18 septembre 2016. ROBYN BECK / AFP

Ils sont trois. Ils dansent. Ils chantent. Et tout le monde les adore.

Cet article contient quelques spoilers sur la première saison de Stranger Things

Dans la nuit du dimanche 18 au lundi 19 septembre, alors que le gratin américain des séries s’installe dans la grande salle des Emmys à Los Angeles pour récupérer ses récompenses, trois gamins s’affairent sur scène pour les divertir en attendant le grand show. Gaten Matarazzo, Caleb McLaughlin et Millie Bobby Brown, quasi inconnus avant de devenir les vedettes de la série Netflix Stranger Things, interpètent avec brio le tube «Uptown Funk» (et un dab en fin de chanson) devant un public conquis qui s’empresse de partager sur les réseaux sociaux ce moment qui ne sera pas diffusé à la télévision.

Plus tard lors de la cérémonie, les trois acteurs ont fini de voler à la vedette à tout le monde en distribuant des sandwichs «peanut butter and jelly» aux vedettes d’Hollywood. 

Le plus incroyable dans toute cette histoire, c’est que la série Stranger Things n’a aucune nomination cette année et pour cause: elle a été diffusée trop tard pour être prise en considération par le jury. Et pourtant, en les regardant amuser la galerie, on ne peut s’empêcher de se dire que tous les efforts des trois acteurs mériteraient un nouvel Emmy, celui des enfants les plus cools d’Amérique.

Des héros emprunts de nostalgie et de révolte…

Le 15 juillet dernier, Netflix sert à l’Amérique et au monde entier une succulente madeleine de Proust intitulée Stranger Things. Cette série nous renvoie dans les années 1980, l’époque d’E.T. et des Goonies qui ont bercé l’enfance de bon nombre d’entre nous. Les abonnés découvrent donc avec plaisir cette nouvelle bande de gamins qui circulent à vélo, s'envoient des grands verres de lait au dîner et finissent forcément par rencontrer d’étranges être venus d’ailleurs.

Au début de la série, il y a quatre garçons: Will (Noah Schnapp), Mike (Finn Wolfhard), Dustin (Gaten Matarazzo) et Lucas (Caleb McLaughlin). Chacun représente à sa façon les «geeks» tel que les a définis Judd Apatow avec sa série Freaks & Geeks, ce cliché d’élèves «tête d'ampoule» que tout le monde considère comme des pestiférés à l’école. Will est timide et préfère dessiner, Dustin est joufflu et zozote à cause des dents qui lui manquent, Mike a du mal à tenir tête aux petites frappes et Lucas est tristement pragmatique et dénué de fantaisie. Ensemble, ils s’échappent de leur triste réalité grâce à au jeu Donjons et Dragons. Qu’on se l’avoue ou non, une grande partie d'entre nous a été l’un de ces personnages à un moment donné de notre vie. Le lien que l’on tisse avec eux est tel qu’il s’est étendu à Barb, personnage tristement secondaire mais qui évoque elle aussi notre propre adolescence.

Et puis, il y a Eleven, interprétée par Millie Bobby Brown, petite fille étrange au crâne rasé qui rejoint le groupe de garçons quand Will disparaît. Dans les jours qui ont suivi la diffusion, tout le monde a salué la performance de l’actrice qui réussit à faire passer tant d’émotions à travers les yeux d’un personnage qui n’arrive pas à parler. Plus important encore, de nombreux fans et journalistes ont estimé qu’elle donne une perspective féministe à la série.

Pour le site RedEye, par exemple, la jeune fille agit sans avoir conscience de son genre, elle ne se plie donc pas aux codes que la société pourrait lui imposer. Ses cheveux rasés, s’ils ne dépendent pas de son choix personnel, symbolisent parfaitement cet argument. Et puis, elle est le personnage le plus fort de la série et qui, in fine, sauvera le monde entier. Ce point de vue est largement débattable, comme le souligne de son côté le site Mic.com, qui explique qu’Eleven veut à tout prix «être jolie» pour ses amis, leur demandant constamment leur avis sur son apparence. Ces derniers finissent d’ailleurs par la déguiser en petite fille modèle pour l’intégrer dans la société.

Qu’importe pour le public, Eleven est l’incarnation parfaite de la femme badass, une petite fille qui ose défendre ses amis garçons contre ceux qui les martyrisent et réussit à souder leur amitié.

Rien d’étonnant donc à voir à quel point la vidéo où Millie Bobby Brown se rase les cheveux pour son rôle a provoqué une vague d'emojis de têtes-souriantes-avec-des-cœurs-à-la-place-des-yeux sur internet.

… Des comédiens talentueux qui n’ont besoin de personne pour faire leur com’…

Cette vidéo lie parfaitement les deux grandes forces des nouveaux enfants prodigues de l’Amérique: des personnages proches de nous (on vient de le voir) et des acteurs qui le sont encore plus. Une fois que le public a aimé les personnages –et pour éviter de se ronger les ongles en attendant la seconde saison–, il devait absolument en savoir plus sur les acteurs, qui représentaient chacun des prolongements logique de ce qu’ils voyaient à l’écran. Pour y arriver, ils n’ont eu aucun effort à faire: Gaten Matarazzo, Caleb McLaughlin et Millie Bobby Brown leur ont apporté ce dont ils avaient besoin sur un plateau en argent appelé «réseaux sociaux».

Millie Bobby Brown, 12 ans, a publiquement rejoint Twitter, Instagram et Snapchat fin juin, soit trois semaines à peine avant la diffusion de la série. Peut-être avait-elle des comptes privés avant, mais il fort probable que cette nouvelle présence sur les réseaux sociaux fasse partie du plan marketing de Netflix. Désormais, grâce à l'aide de sa sœur, sa vie personnelle accompagne celle de son personnage. On la voit poser avec ses amis/collègues de tournage, poster des selfies amusant et se filmer en train de danser, comme le ferait n’importe quel ado de son âge. L’admiration que l’on avait pour Eleven s’ajoute à l’affection qui se crée autour Millie Bobby Brown. L’actrice finit d’ailleurs de séduire ses centaines de milliers d’abonnés en montrant d’autres talents: le combat et le chant.

 

Back to training  #phoenixmmauk

Une vidéo publiée par Millie Bobby Brown (@milliebobby_brown) le

 

 

Gaten Matarazzo cultive également l’image dévoilée par son personnage, celle d’un enfant rigolo mais toujours présent pour son entourage. Une attitude qu’il prolonge avec ses fans lorsqu’il décide de publier une photo avec chaque personne qui l’arrête dans la rue pour lui demander de poser avec elle. «Ils comptent autant pour moi que je compte pour eux», écrit-il sous sa photo Instagram. Comment ne pas aimer une vedette capable d’une telle déclaration d’amour à ses fans? Et comme pour sa jeune collègue, on lui a aussi découvert un talent pour le chant, puisqu'il interprétait Gavroche dans la comédie musicale Les Misérables...


Caleb McLaughlin, de son côté, mise sur autre chose: le cool. S’il est moins suivi que ses deux camarades sur les réseaux sociaux (peut-être à cause de l’antagonisme que son personnage propose au début de la série), il se montre régulièrement avec un nœud papillon, avec son longboard, ou en train de faire des dabs. Et sans surprise, il ajoute à son talent d’acteur celui de chanteur et de danseur. Impossible d'être plus cool que lui. 
 

 

.#pressweek#tcas2016#lucasaakachocolatedaddy#calebmclaughlin#gatenmatarazzo#dab#strangerthings#gettyimages

Une photo publiée par Caleb McLaughlin (@therealcalebmclaughlin) le

 

Il est fascinant de suivre, jour après jour, cette génération d’ados nés après les années 2000 s’emparer d’outils qu’ils maîtrisent déjà pour redéfinir leur communication et le lien qui les unit au public. Et pour les médias, voir naître sur internet une telle addition de talents précoces s’est vite transformée en ruée vers l’or.

… Et une Amérique qui construit des enfants stars comme personne

Des late nights aux pure players comme Buzzfeed, tous les médias s’arrachent les jeunes acteurs pour donner encore plus d'ampleur à leur activité sur les réseaux sociaux. Vulture veut que Millie Bobby Brown parle de sa coupe de cheveux, Jimmy Fallon souhaite qu'elle chante sur du Nicki Minaj, et Stephen Colbert demande qu'elle apparaisse dans sa parodie de la série. Avoir trois acteurs aussi talentueux garantit deux choses: un écho gigantesque sur les réseaux sociaux pour les médias, et une campagne de promotion de la série qui dure depuis deux mois et ne semble pas s'essouffler. Jackpot. 


Notons une exception néanmoins: l’on ne voit que très rarement dans les médias et sur internet Finn Wolfhard et Noah Schnapp, les deux jeunes garçons qui interprètent Mike et Will. S'il s'explique sans doute pour de très bonnes raisons (l’école, le manque d’aisance face à la popularité, le désintérêt pour la célébrité...), ce retrait permet de mettre en avant trois acteurs appartenant à des groupes à qui la société accorde moins de visibilité: une jeune fille (aux cheveux courts, détail important), un garçon noir et un garçon légèrement enrobé.

Les États-Unis, terre d'émissions de télévision comme «America's Got Talent», a toujours eu le don de produire des enfants stars. On ne compte plus le nombre de comédiens et de chanteurs qui ont été découverts à leur plus jeune âge (ni celui de ceux qui sont tombés dans la drogue et la dépression par la suite) et qui sont capable de danser, chanter et jouer la comédie. Mais nous avons rarement vu, si ce n'est jamais, émerger trois personnalités aussi exceptionnelles et différentes que ces trois acteurs simultanément dans un temps si court. Dans tous les cas, Millie Bobby Brown, Gaten Matarazzo et Caleb McLaughlin représentent aujourd'hui le parfait antidote au climat de tension qui règne en Amérique.

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