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Comment les Etats-Unis peuvent-ils se tromper de cible en Syrie?

LOUAI BESHARA / AFP

LOUAI BESHARA / AFP

Une attaque aérienne a causé la mort de plusieurs dizaines de soldats de Bachar el-Assad ce samedi.

Ce samedi 17 septembre, des attaques aériennes de la coalition internationale en Syrie, menée par les Américains, ont frappé une position de l’armée syrienne pas loin de l’aéroport de Deir ez-Zor. Bilan: 62 soldats tués, selon l’armée russe, et une crise diplomatique entre les États-Unis et la Russie alors même que les deux puissances mondiales entamaient la sixième journée du cessez-le-feu d'une semaine négocié lundi dernier. Celui-ci a pris fin ce lundi soir, a annoncé l'armée syrienne.

La bavure de samedi s'est déroulée dans une région de l’est de la Syrie qui n’était pas couverte par le cessez-le-feu. L’armée américaine admet avoir frappé des forces de l’armée syrienne, mais maintient que c’était une erreur. Elle pensait frapper une position de l’État islamique. Selon le US Central Command, la coalition internationale a immédiatement cessé les frappes lorsque ses homologues russes lui ont informé qu’il s’agissait de personnels et véhicules de l’armée de Bachar el-Assad.

Les Russes, eux, accusent la coalition occidentale d’un manque de coordination et même de soutenir l’État islamique dans le but ultime de se débarrasser d’el-Assad.

Le précédent de Kunduz

Ce n’est pas la première fois que les États Unis se trompent de cible, le dernier cas le plus emblématique étant l’hôpital de Médecins Sans Frontières de Kunduz en Afghanistan, touché par des frappes américaines et faisant la mort de 42 personnes.

Avec le niveau de technologie auquel nous avons accès aujourd’hui, les frappes aériennes comme celles qui s’organisent en Syrie ou bien en Afghanistan utilisent de bombes guidées à terminal GPS très précises. La marge d’erreur est donc minime. À condition d’avoir du personnel au sol qui copilote les avions de chasse à l’aide d’un désignateur laser. Le général Dominique Trinquand, joint par Slate.fr, est convaincu qu'en Syrie, il y a très peu de chances que les Américains aient ce type de forces spéciales sur le terrain, augmentant les possibilités d’erreur.

«Ce sont probablement des frappes qui on été faites sans guidage au sol. Tant que les Américains frappent en Irak ou des cibles syriennes où il n’y a pas de forces gouvernementales, le problème est relativement simple, mais a partir du moment où il y a imbrication, la coordination est extrêmement difficile.»

À Kunduz en Afghanistan, une enquête américaine avait conclu que des forces armées afghanes étaient bien présentes au sol, mais que celles-ci avaient donné une information erronée.

Chacun sur ses gardes

Le manque de coordination en Syrie est d’autant plus exacerbé que la coalition internationale et les forces russo-syriennes utilisent des systèmes d’information électroniques incompatibles. Franchir cet obstacle demande un «détachement de liaison» mais sans de bonnes relations diplomatiques entre les belligérants, la coopération n’est pas forcément propice.

Le journaliste britannique Chris Woods compile toutes les frappes aériennes ayant lieu en Syrie sur sa plateforme Airwars en suivant les rapports militaires des différents acteurs engagés, dont l’armée américaine. Pour cet ancien de la BBC, les États-Unis et la Russie sont plus coordonnés qu’on veut le croire, mais la rivalité et la divergence d’objectifs fait que l’échange sur la localisation de leurs forces armées reste assez superficiel. A minima, ils font en sorte que leurs avions ne se crashent pas entre eux.

 «Il y a peut être une réticence à donner ce genre d’informations. On sait que la Russie a ciblé des proxy américains en Syrie à plusieurs occasions, dont des unités qui se trouvaient avec du personnel américain. Le régime d’el-Assad a fait de même. Des deux côtés, ils s’inquiètent de donner trop d’informations par peur que ce soit utilisé pour des frappes», explique Woods à Slate.fr. 

Les civils, premières victimes

Selon la collecte de données de Airwars, depuis septembre 2014, il y a eu 24 occasions où la coalition internationale a fait des erreurs de frappe et ciblé des forces alliées, soit en Syrie ou en Irak. En Irak, les troupes de Daech se sont emparées d’uniformes et de matériel de l'armée locale, accentuant la difficulté de distinguer allié et ennemi. 

Pourtant, Woods constate que ce sont les civils qui souffrent le plus des erreurs de frappes. Airwars estime qu’environ 1.500 sont morts à la suite d’imprécisions de la part de la coalition menée par les États-Unis. La culpabilité du régime d’el-Assad n’est pas moindre mais il est plus difficile de distinguer les erreurs de cibles des frappes ayant pour but de terroriser la population.

Ces attaques aériennes sont d'autant plus complexes que Daech et d’autres groupes ont pris pour habitude de s'infiltrer au sein des populations civiles afin de se protéger des frappes.

«À partir du moment où vous frappez des zones urbanisées et que Daech s’abrite de manière systématique dans les écoles et les hôpitaux, malheureusement c’est le type de graves incidents qui peut survenir», conclut le général Trinquand.

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