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Etre français pour vous: «Le débat est faussé dès le départ»

Etre Français, c'est quoi? , mis à jour le 06.11.2009 à 13 h 33

Il ne faut pas confondre nationalité et sentiment d'appartenance

Image de une: Supporter français en 1998, lors de la Coupe du monde de football/Reuters, Ian Waldie

Image de une: Supporter français en 1998, lors de la Coupe du monde de football/Reuters, Ian Waldie

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On confond dans un grand fourre-tout le rattachement ressenti à une culture et à des valeurs (que cet attachement soit réel, ou fantasmé pour des diasporas volontaires ou forcées), qui est de l’ordre de l’émotion, des convictions et des souvenirs personnels, avec l’élément administratif et légal qui donne des droits et oblige à des devoirs.

Sur le premier, le gouvernement ne peut que chercher à convaincre (mener des campagnes de sensibilisation ou d’influence); sur le second il peut légiférer. Sur le premier, on a le droit d’être engagé dans la discussion ou de s’en fiche complètement; sur le second tout français ou toute personne aspirant à le devenir est concernée.

Aussi, on peut se sentir français en vivant comme expatrié hors de l’Hexagone, en étant clandestin à Barbès parce que la France on l’a choisie mais qu’elle nous refuse l’entrée, parce que le grand-père canadien a participé à la campagne des Ardennes en 1944 et qu’on est venu s’installer en Dordogne, parce qu’on est francophone et que l’on a dévoré passionnément les auteurs classiques à Timisoara sous Ceauşescu. Ne prendre en compte que la dimension nationale dans le sentiment d’appartenance, c’est nier d’autres éléments de l’identité. Pour ne prendre que le plan géographique, il peut s’agir d’une appartenance locale, régionale, voire supranationale (Europe, Terre?). Autant dire que ce plan là n’est fondamentalement pas rationnel.

On peut en revanche être français en respectant la loi française et en vivant sur le sol français, avec des papiers montrant que l’on est administrativement ressortissant français, mais ne se sentir aucune attache culturelle, philosophique ou sociale avec la France mythifiée (mystifiée ?) des livres d’histoire. Français depuis des générations ou depuis quelques mois, par hasard de naissance, par naturalisation ou par régularisation: tous ont les mêmes droits et devoirs au regard de la loi. Cela ne signifie pas qu’ils participent volontairement, ni au même degré, à un supposé «destin national», ni qu’ils valorisent des «gloires communes du passé». Ils peuvent tout à fait avoir un ressenti identitaire tout à fait différent, et pas du tout lié à la France traditionnelle avec son coq gaulois et Marianne qui ne sont que des symboles.

Définir collectivement des valeurs nationales (républicaines en France, monarchiques chez nombre de nos voisins) fixe un cadre juridique et des principes, cela ne signifie pas que tous y adhérent de leur plein gré. A moins de vouloir imposer de force des croyances collectives, et de faire passer des tests de «valeurs» qui permettront d’octroyer ou de retirer la nationalité en fonction de la compatibilité des résultats.

Donc soit le débat porte sur l’attribution de la nationalité, avec des critères définis, et la taille de l'enjeu réclamerait sans doute un référendum sur la position finale, soit le débat porte sur les opinions de chacun et dans ce cas il s'agit d'un énième et galvaudé Grenelle ou autres Etats Généraux pour donner l’impression de consulter.

Enikao, blogueur et lecteur de Slate.fr

Image de une: Supporter français en 1998, lors de la Coupe du monde de football/Reuters, Ian Waldie

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