France

Usurper un numéro de téléphone est si simple que des ados peuvent provoquer une alerte attentat

Robin Panfili, mis à jour le 20.09.2016 à 10 h 24

Ce samedi 17 septembre, une partie du quartier des Halles a été bouclé. En cause, un appel de deux adolescents à la préfecture de police de Paris qui a été pris très au sérieux. Leur geste prouve que s'emparer d'un numéro de téléphone peut s'avérer d'une facilité déconcertante.

Montage Slate.fr

Montage Slate.fr

Un simple coup de téléphone aura suffi pour semer la panique dans le Ier arrondissement de Paris, samedi 17 septembre, à 15h33. En pleines journées du patrimoine, deux jeunes de 16 et 17 ans ont revendiqué l'appel téléphonique à la préfecture de police de Paris qui a provoqué une vaste opération policière autour de l'église Saint-Leu, dans le quartier des Halles. Les auteurs présumés de ce «swatting» –un canular téléphonique dont l'objectif est de provoquer une intervention de la police à un endroit où il ne se passe rien et popularisé en France par le «hacker» franco-israélien Ulcan– ont déclaré l'avoir fait «pour le buzz» et sans aucune «motivation politique ou religieuse». Selon L'Obs, qui les a interrogés, l'un d'eux écrit ainsi sur Facebook

«J'ai fait le pire SWATT, j'ai fait déplacé [sic] des hélico, le gouvernement, 50 voiture de flics j'suis passer [sic] en premier sur twitter, j'suis passer sur periscope, j'suis passer sur facebook, j'suis passer sur BFMTV et 10 journal hihi #églisefuck #flicKO [sic].»

Depuis quelques mois, les cas de swatting en France se multiplient. En janvier, peu après les attentats de Paris et Saint-Denis, plusieurs lycées d'Île-de-France ou de la région lyonnaise avaient été contraits d'évacuer leurs élèves après des alertes à la bombe successives reçues par téléphone. Mais, si ces appels provenaient de numéros localisés à l'étranger, le numéro utilisé pour lancer l'alerte dans le quartier des Halles étaient bel et bien situé en France.

Usurper une ligne en quelques clics

Les deux auteurs de la fausse alerte terroriste ont expliqué s'être fait passer pour le prêtre de l'église, le «père Mathis». «J'ai dit que j'étais caché dans la cave et que dix maghrébins (sic) étaient rentrés avec des armes dans l'église», a expliqué l'un d'entre eux à L'Obs. À RTL, lundi 19 septembre, il a précisé que le «coup» a été réalisé grâce à un «simple logiciel téléchargé sur internet». Avant d'ajouter, toujours sur RTL, que «n'importe qui est capable de le faire».

Si nos téléphones proposent une fonctionnalité d'appel en numéro masqué, il existe, par ailleurs, des logiciels très simples, téléchargeables en quelques clics, qui permettent d'usurper une ligne téléphonique grâce à une technique qui consiste à faire apparaître le numéro de téléphone que l'on désire sur le téléphone de son interlocuteur (on parle de spoofing, en anglais). Il permet ainsi de se faire passer pour quelqu'un d'autre. «Il suffit d'avoir en main le bon logiciel et d'appuyer sur le bon bouton. On parle de hackers, mais ce n'est pas, a priori, d'une technicité extrême», nous explique le journaliste Jean-Marc Manach.

Plusieurs fournisseurs en ligne de ce service d'usurpation de numéro demandent aux clients d'aller sur un site ou une appli mobile, de se connecter, d'entrer un numéro source, le numéro à appeler et les fausses informations à montrer. Le serveur lance un appel et crée un pont aux deux extrémités de la chaîne: le numéro que le client veut montrer et le numéro à appeler. Dans certains cas, ces services en ligne permettent même de changer la voix lors de l'appel ou d'envoyer des SMS. D'autres usurpateurs s'appuient sur une autre technique: la voix sur IP. Utilisée par des services comme Skype, Google Hangouts ou Viber, elle permet de communiquer par la voix, à distance et via internet. En fonction du service et du matériel utilisé, l'utilisateur peut lui-même reconfigurer les informations qu'il souhaite montrer au destinataire de l'appel.

Le procédé est prisé par les adeptes de «canulars» ou d'escroquerie téléphoniques, mais est également largement utilisé par les centres d'appels et plateformes de démarchage par téléphone. Ces sociétés usurpent des numéros de téléphone déjà attribués pour s'assurer qu'un maximum de personnes décrochent leur combiné. Et pour cause, «un numéro d’appelant qui s’affiche permet de doubler le nombre des gens qui répondent», surtout si l'indicatif téléphonique nous est familier, expliquait le sénateur Jacques Mézard au magazine En-Contact: «Le calcul est vite fait pour les prestataires spécialisés en télémarketing dont la majorité sont rémunérés au résultat.»

Robin Panfili
Robin Panfili (168 articles)
Journaliste
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