Allemagne

Le passé d'Erich Honecker, qui dirigea l'ex-RDA pendant treize ans, à l'époque nazie

Temps de lecture : 2 min

Il donnait au directeur l'impression d'être devenu loyal vis-à-vis du «troisième Reich"».

Erich Honecker (troisième en partant de la droite) en 1946. ZENTRALBILD / AFP
Erich Honecker (troisième en partant de la droite) en 1946. ZENTRALBILD / AFP

Un teint de cire au front dégarni, d'épaisses lunettes et un veston triste: voilà à quoi ressemble Erich Honecker dans la mémoire collective allemande. De l'immuable secrétaire général du Parti socialiste unifié d'Allemagne, qui dirigea l'ex-RDA durant treize ans, jusqu'à ce que le Mur ne s'effondre, on connaît surtout la deuxième vie, celle qui débuta en 1949, lors de la naissance de l'Allemagne communiste.

La première vie d'Honecker, sa jeunesse dans l'Allemagne nazie, mérite pourtant d'être mieux connue, estime l'historien allemand Martin Sabrow, directeur du Centre de recherche sur l'histoire du temps présent, à Potsdam. Il vient de publier le premier volume d'une longue biographie de l'homme politique d'Allemagne de l'Est, intitulée Le pâle directeur, dédiée aux 33 premières années de son existence, rapporte l'hebdomadaire Der Spiegel dans son édition papier (version payante en ligne ici).

Né en 1912 dans une famille d'agriculteurs suisses communistes qui avait émigré en Sarre, Erich Honecker n'est pas devenu communiste par conviction mais par tradition familiale, selon Martin Sabrow. Tout éloignement idéologique vis-à-vis des siens aurait abouti à un «déracinement total». En 1928, à l'âge de seize ans, il devient responsable du mouvement de jeunesse du KPD, le parti communiste allemand, et est envoyé deux ans plus tard à Moscou pour étudier à l'École internationale Lénine. Au cours de son séjour, il croisera Staline par deux fois, rapportant que «c'est la plus grande chose que j'ai jamais vécu».

Les traces de l'emprisonnement

De retour en Allemagne en 1931, Erich Honecker met à profit ce qu'il a appris en URSS et recrute de nouveaux membres pour remplacer ceux qui ont entre-temps été jetés en prison, organise la résistance pour contrecarrer l'ascension d'Hitler. Il participe à l'organisation d'un attentat à la bombe dans la Sarre, qui fait un blessé. Martin Sabrow déplore que l'implication du jeune militant communiste soit aujourd'hui «bannie à la marge de la mémoire collective». En 1935, il est arrêté par la Gestapo. Il passera neuf ans en prison. Selon l'auteur de la biographie, ce séjour en prison jouera un rôle déterminant dans la conception du monde qu'avait Honecker, en cela qu'il fut coupé du monde extérieur jusqu'à ses 33 ans:

«Au lieu d'évoluer, à l'instar de Willy Brandt, qui avait à peu près le même âge, durant son exil, le détenu 523/37 resta bloqué dans un vieux mode de pensée.»

Mais surtout, cette biographie met en doute l'image qu'Erich Honecker, numéro un du régime d'ex-RDA, donnait d'avoir été dans sa jeunesse un militant communiste qui ne s'était jamais départi de sa droiture:

«Martin Sabrow présente des indices d'une "importante disposition à coopérer avec la justice nazie". Le camarade emprisonné gardait également ses distances vis-à-vis des autres prisonniers communistes. Il donnait au directeur l'impression d'être devenu loyal vis-à-vis du "troisième Reich". Et il a témoigné contre l'ancien directeur de district du mouvement de jeunesse du KPD, Hans Jennes, lorsqu'il comparut face au Tribunal du peuple.»

Slate.fr

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