Santé

Pourquoi est-ce si faussement «cool» d'être surbooké?

Temps de lecture : 2 min

Et si, comme disait Pascal, notre problème était de ne pas «savoir demeurer en repos dans notre chambre»?

Josh Edelson / AFP
Josh Edelson / AFP

«Ce soir, je ne peux pas, demain soir non plus. On se prend un verre dans deux semaines?» Tout comme arriver (très) en retard en soirée pour montrer que vous faisiez des choses bien plus intéressantes avant («désolay, j'avais un diner»), il est de bon ton de montrer que vous êtes busy busy, overbooké, sur-me-né. Bref, que vous «n'avez pas une minute» à vous et que vos multiples activités professionnelles, familiales et amicales occupent tout votre temps entre deux séances d'accro-yoga et un afterwork entre collègues de l'open-space.

Pourtant, rapporte la BBC, d'après une étude de l'International Journal of Social Research Methodology datant de 2014, nous ne sommes pas particulièrement plus occupés que la génération précédente. Le temps total de travail –rémunéré ou non– n'a pas changé de façon significative.

«La principale transformation sur les cinquante dernières années, c'est que les femmes font moins de travail non-rémunéré et que les hommes font un peu moins de travail rémunéré et un peu plus de travail non payé», décrit à la BBC Jonathan Gershuny de l'université d'Oxford.

Mais, «le total de ce temps de travail est le même».

L'hyperactivité comme symbole de réussite

Tout d'abord, explique la BBC, l'ère du numérique, le développement des loisirs et l'abondance d'informations nous donnent la sensation que nous n'avons jamais fini: d'apprendre, de lire, de partager, de nous distraire, de répondre aux e-mails qui s'accumulent en temps réel dans notre boîte de réception.

Mais cette frénésie d'activités est davantage expliquée par des raisons qui sont sociologiques avant d'être effectives. Autrefois, le symbole de richesse et de réussite reposait sur la liberté de ne pas travailler –à l'instar des personnages de romans de la bourgeoisie balzacienne qui voient leur vie rythmée par les sorties à l'opéra et les réceptions hebdomadaires tandis que les arrivistes tel Eugène de Rastignac ou Lucien de Rubempré s'éreintent à atteindre leur mode de vie oisif.

Mais aujourd'hui, l'hyperactivité –professionnelle ou non– est devenue le signe de la réussite sociale. Il faut être demandé, sollicité et considérer chaque échange relationnel ou temps pris pour soi comme un investissement.

«Les puissants dans notre société sont souvent très occupés et doivent l'être, explique Gershuny. Si on me demande, je suis occupé et bien sûr j'affirme: “Évidemment que je suis très occupé, je suis une personne importante!”».

Si bien que, développe la BBC, «nous mesurons notre travail non en termes de résultats mais en calculant combien de temps nous y passons. Nous vivons des vies faussement agitées parce que –en grande partie– cela nous valorise.» Un comportement, analyse la BBC, qui n'est bon ni pour le bien-être, ni pour la santé.

Ou peut-être essayons nous de donner raison à Blaise Pascal qui écrivait dans ses Pensées: «Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.»

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