Science & santé

Présidentielle 2017: la France va-t-elle évoluer vers une plus grande transparence médicale?

Jean-Yves Nau, mis à jour le 16.09.2016 à 12 h 08

Le débat américain pose la question, dans notre pays aussi, de l'information des électeurs sur la santé des candidats, dans le respect de leur vie privée.

Nicolas Sarkozy quitte le Val-de-Grâce, le 27 juillet 2009, après y avoir été examiné à la suite d'un malaise vagal. BORIS HORVAT / AFP.

Nicolas Sarkozy quitte le Val-de-Grâce, le 27 juillet 2009, après y avoir été examiné à la suite d'un malaise vagal. BORIS HORVAT / AFP.

Ground Zero, 11 septembre 2016. Les images du malaise d’Hillary Clinton, 68 ans, quittant précipitamment la cérémonie de commémoration des attentats de 2001 ont déjà constitué un événement de taille dans l’actuelle élection présidentielle américaine. Elles marqueront aussi une date dans la longue histoire de la santé de ceux qui gouvernent ou souhaitent gouverner. Trop vite attribué à un «coup de chaud», ce malaise a contraint l’équipe de la candidate démocrate à dire une vérité médicale qu’elle voulait cacher: l’existence d’une petite infection pulmonaire diagnostiquée peu de temps auparavant et traitée par antibiotiques.

Il n’y avait rien là d’incompatible avec la suite du programme de la candidate. Pour autant, Hillary Clinton a fait les frais de ce petit manquement à la vérité. Une nouvelle fois accusée de fragilité par le camp républicain, elle a dû faire amende honorable en faisant publier un long bulletin de santé signé de son médecin, le Dr Lisa R. Bardack. Il s’agissait en fait d’une actualisation du bulletin signé du même médecin et publié en juillet 2015. Une mise à jour au terme de laquelle ce médecin spécialiste de médecine interne croit nécessaire de préciser que sa célèbre patiente est en «excellente condition mentale».

Ces deux bulletins médicaux disent tout, ou presque, de l’état de santé de la candidate démocrate. Celle-ci a notamment été victime de plusieurs accidents thrombotiques parmi lesquels, en décembre 2012, un accident vasculaire cérébral plus grave que ce qui avait été initialement annoncé –un AVC qui impose notamment le suivi d'un traitement anticoagulant.

Le «malaise» du 11 septembre et ses suites médiatiques ont conduit Donald Trump à rendre lui aussi public un bulletin de santé assez laconique. Ce document établit, pour l’essentiel, qu’il est en bonne santé, ne souffrant que d’une surcharge pondérale (107 kilos pour 1,90 m) «comme la majeure partie des Américains». Il fait l’impasse sur le profil psychique (ou psychiatrique) du candidat républicain, profil qui fait l’objet depuis plusieurs mois de nombreux commentaires et qui alimente de vives inquiétudes au sein même de la communauté médicale américaine.

Une transparence plus grande qu'en France

Même s’ils ont leurs limites, ces deux exercices américains de transparence médicale et biologique tranchent avec la situation qui prévaut en France. Après la maladie masquée qui marqua la fin de la présidence de Georges Pompidou, il y eut le long mensonge mis en place durant deux septennats par François Mitterrand (avec l’étroite collaboration du Dr Claude Gubler, son médecin personnel). L’émotion qui suivit entraîna diverses initiatives visant à concilier le respect du secret médical et l’assurance que la santé du président de la République n’était pas incompatible avec l’exercice de cette fonction.

En France, aucun texte officiel n'encadre le suivi médical du président de la République. Seul l'article 7 de la Constitution de la Ve République prévoit, a minima, un cas «d'empêchement», qui doit être «constaté par le Conseil constitutionnel saisi par le gouvernement». Ce dispositif n'a jamais été mis en œuvre. En 1995, jugeant qu’il était totalement inadapté à la réalité, un petit groupe informel de constitutionnalistes (Georges Vedel, Olivier Duhamel, Guy Carcassonne) et de médecins (les Prs Guy Vallancien et Bernard Glorion, ancien président de l'Ordre des médecins) a élaboré un projet de commission médicale ad hoc. Composée des présidents de l'Académie de médecine, du conseil de l'ordre et de la conférence des doyens des facultés de médecine, cette structure aurait été chargée d'examiner le chef de l'État une fois par an et si des circonstances exceptionnelles le justifiaient. Seul le président du Conseil constitutionnel aurait connaissance de ses conclusions, à charge pour ce dernier, quand l'état du Président l'exigerait, de saisir les autres membres du Conseil pour décider l'empêchement.

Il s’agissait de parvenir à un système harmonieux: si les Français n'entendent parler de rien, c'est qu'il n'y a pas de problème et quand un problème survient, il est réglé en amont par la médecine et le Conseil constitutionnel. Ce système ne vit jamais le jour, tout se passant comme si la question du corps du Président constituait une forme de tabou républicain. C’est ainsi que l’on minimisa, autant que faire se pouvait, la réalité et les conséquences de l’accident vasculaire cérébral dont fut victime Jacques Chirac en 2005 et qui imposa une hospitalisation à l’hôpital du Val-de-Grâce. Il y eut aussi (nettement moins grave, mais dans l’instant très inquiétant) le «malaise vagal» de Nicolas Sarkozy, survenu en juillet 2009 alors que le président de la République s’adonnait à un exercice de jogging dans le parc du Château de Versailles. Un accident qui nécessita son transfert immédiat en hélicoptère à l’hôpital du Val-de-Grâce

Jusqu'où aller?

Outre-Atlantique, le Washington Post estime que les deux candidats à la présidentielle de novembre ne sont pas assez transparents et appelle à une «évaluation objective de leur état de santé». «Je peux attester que les Américains ont besoin de beaucoup plus d’informations médicales de la part de ces deux candidats», écrit le Dr David Scheiner, médecin signataire du bulletin de santé de Barack Obama en 2008. «La campagne présidentielle sollicite plus l’énergie physique des candidats –même en voyageant en avion privé et escorté par les agents du Secret Service– que leur intellect», observe dans le New York Times Scott Reed, en charge du républicain Bob Dole lors de la campagne présidentielle de 1996 face au sortant Bill Clinton.

Les médias français vont-ils, lors de la campagne présidentielle hexagonale, faire pression pour que les citoyens connaissent l’état de santé et les paramètres biologiques des candidats? Ces derniers vont-ils, d’eux-mêmes, faire œuvre de transparence? Et jusqu’où cette transparence doit-elle aller dans le respect de la vie privée? Une seule certitude: s’il doit être hospitalisé, le président de la République française ne le sera plus au Val-de-Grâce. Ce haut lieu de la médecine militaire française est désaffecté. Ne reste plus en place que le célèbre dôme de l’église Notre-Dame, et le remarquable musée du service de santé des armées.

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (773 articles)
Journaliste
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