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Terrorisme: attention, le sexisme nous met tous en danger

La voiture piégée de Notre-Dame. I DR

La voiture piégée de Notre-Dame. I DR

À lire la presse, les hommes djihadistes sont radicalisés, les femmes fanatisées. Quand arrêterons-nous de sous-estimer l'implication de ces dernières dans les réseaux terroristes?

Ce texte est extrait de la newsletter hebdomadaire rédigée par Titiou Lecoq chaque vendredi pour Slate. Pour s'abonner, c'est ici.

Cette semaine, je m’étais imaginée vous écrire des analyses magistrales sur le féminisme et le djihadisme mais il se trouve qu’Aude Lorriaux, ma collègue à Slate, s’en est parfaitement chargée. Alors je vais me contenter de prendre les choses par un biais lexical, parce que la lexicologie, c’est la vie.

Quand on a su que derrière les bonbonnes de gaz de la voiture piégée de Notre-Dame de Paris, il y avait des femmes, je me suis demandée comment les médias allaient traiter l’information. Mimeraient-ils l’étonnement? La réponse a été oui. Ceci étant, il est vrai que ces mouvances n’avaient pour l’instant pas trop fait appel aux femmes pour participer directement aux actions meurtrières. Le 11 septembre dernier, au Kenya, trois femmes ont été abattues alors qu’elles tentaient d’attaquer un commissariat à l’aide d’une bombe et de couteau. Or, l'État islamique a revendiqué cet attentat. D’après le journaliste spécialisé David Thomson, c’est une première pour l’organisation. Mais notons que le communiqué salue des «sympathisantes» et non des soldats du califat, faut pas non plus déconner hein.

Passif/actif

Mais en France, comment a-t-on décrit les trois femmes derrière l’attentat foiré de Notre-Dame? «Elles ont été fanatisées.» C’est ce que j’ai entendu en boucle, y compris sur France Inter (ma radio de cœur pourtant). Or, je me souviens parfaitement que pour les auteurs, hommes, des précédents attentats, la phrase phare était «ils se sont radicalisés» (sur internet évidemment). Pourtant, le ministère de l’Intérieur avait employé les deux termes «fanatisées» et «radicalisées» pour décrire les suspectes. Seul le premier a été retenu par nombre de médias. Et ce n’est pas la première fois. Rappelez-vous la cousine d’Abaaoud qui l’a aidé et qui est morte lors de l’assaut à Saint-Denis, et bien déjà à l’époque, France Info écrivait «La femme kamikaze a été fanatisée». C’était carrément le titre de l’article.

OK, on avait peut-être un peu eu tendance à sous-estimer l’importance des femmes dans ces réseaux

Vous me direz, fanatisé, radicalisé, ça ne fait pas une grosse différence. Sauf que quand on se radicalise, on est sujet dans cette action. On y met une connotation politique, alors que lorsqu'on est fanatisé, c'est par le biais de quelqu’un d’autre. On subit passivement l’action d’une personne étrangère sur notre esprit.

Défaut de surveillance

Je me demande s’il ne faut pas également y voir une vieille résurgence des associations qu’on a longtemps faites entre religion et femmes, dans lesquelles celles-ci étaient perçues comme les jouets sans conscience des religieux. Rappelez-vous, le principal argument des socialistes contre le droit de vote des femmes, c’est qu’elles allaient voter comme le curé leur disait de le faire (donc les socialistes perdraient des voix).

En apprenant les relations que ces trois femmes entretenaient avec des hommes clairement identifiés comme terroristes, tout le monde s’est interrogé sur le manque de surveillance de ces potentielles suspectes. Et on a expliqué que ok, on avait peut-être un peu eu tendance à sous-estimer l’importance des femmes dans ces réseaux. C’était la première fois que j’entendais autant d’hommes admettre que le sexisme en France en 2016 pouvait entraîner la mort, qu’il peut nous mettre tous en danger.   

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